Une simili-dinde aux pois chiches, fourrée à la tomate, au bouillon de champignons et au vin rouge... Seules les tartes aux pommes et à la citrouille rappelleront aux invités de la cheffe Elysabeth Alfano, le goût de cette fête familiale durant laquelle le pays est à l'arrêt.

Seulement 3% des Américains déclarent aujourd'hui suivre un régime vegan - sans lait, oeuf, viande ou poisson - et 6% se disent végétariens. Mais les aliments étiquetés "à base de plantes", appellation plus séduisante quoique complètement équivalente, commencent à s'installer dans leurs assiettes.

"La nourriture à base de plantes est souvent associée aux bienfaits que procurent les plantes", estime Michael Robbins, porte-parole de l'Association américaine des aliments à base de plantes (Plant Based Foods Association), qui représente plus de 100 entreprises, dont la célèbre Campbell Soup Company, immortalisée par Andy Warhol. "Il a été prouvé que (cette dénomination) est mieux acceptée par un plus grand nombre de consommateurs", analyse-t-il pour l'AFP.

Le menu d'Elysabeth Alfano, inimaginable il y a seulement dix ans dans un pays profondément attaché à ses traditions gastronomiques pendant la période de fêtes, est la preuve que les a priori autour des non-carnivores s'estompent peu à peu.

"Pas psycho-rigide"

Tammy Kohl fêtera Thanksgiving avec sa famille d'éleveurs, une profession peu compatible avec ses préférences alimentaires, mais ne prévoit pas de remous. "Normalement, j'apporte ma propre assiette et je la remplis très discrètement", confie-t-elle, assurant ne pas être une de ces "vegans moralisatrices".

Jean Johnson a adopté un régime à base de plantes pour des raisons de santé. Elle estime que celui-ci l'a aidée à vaincre son cancer. Elle rejette le terme "vegan" qui reflète selon elle une image à laquelle elle n'adhère pas, mais dans son assiette, c'est tout comme.

Pour Thanksgiving, la consultante du Colorado se contentera de manger les accompagnements et garnitures sans viande de son repas, mais n'a pas peur de consommer un ou deux produits animaliers de temps en temps. "Je suis pas non plus psychorigide au point de ne pas pouvoir manger des pommes de terre avec du beurre dedans, ce sont de si petites quantités", indique-t-elle.

Mme Johnson est aussi satisfaite des économies qu'elle réalise depuis qu'elle a abandonné la viande. "La viande et les produits laitiers, c'est pas donné, alors que le riz, les haricots, les lentilles et les pommes de terre, ce n'est pas cher", pointe-t-elle.

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Les économies se font aussi dans le domaine de la santé, abonde Elysabeth Alfano, estimant qu'une alimentation plus saine permettrait aux Américains d'arrêter de prendre certains médicaments comme ceux contre le cholestérol.

Signe d'une possible tendance de fond, de nombreux géants des fast-food dont les Américains sont friands ont ajouté un steak sans viande à leur carte, à l'image des "Impossible Whoppers" de Burger King.

Elysabeth Alfano remarque qu'"au premier semestre 2019, 48 millions de hamburgers à base de plantes ont été vendus, dont 95% ont été achetés par des carnivores". "Tout comme la voiture a remplacé la calèche, et l'ordinateur la machine à écrire, de plus en plus de personnes adoptent un régime à base de plantes", assure-t-elle.