Quand il visite la Californie, l'amateur de vin met généralement le cap sur Napa Valley. Résultat, les domaines sont au fil des ans devenus plus touristiques, au point qu'il est désormais compliqué de dénicher une dégustation à moins de 50 dollars par personne. La région voisine de Sonoma reste un peu plus abordable mais, là aussi, les prix ne cessent d'augmenter et l'accessibilité de diminuer.
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Quand il visite la Californie, l'amateur de vin met généralement le cap sur Napa Valley. Résultat, les domaines sont au fil des ans devenus plus touristiques, au point qu'il est désormais compliqué de dénicher une dégustation à moins de 50 dollars par personne. La région voisine de Sonoma reste un peu plus abordable mais, là aussi, les prix ne cessent d'augmenter et l'accessibilité de diminuer. Heureusement, l'Etat recèle encore bien d'autres spots vinicoles. C'est le cas de Paso Robles, à mi-chemin entre Los Angeles et San Francisco. Sa proximité avec de hauts lieux touristiques, tels que Hearst Castle - propriété somptueuse du magnat de la presse William Randolph Hearst - et la panoramique côte de Big Sur, en fait un endroit idéal pour une escale entre les deux métropoles. Mais au-delà de cet emplacement géographique intéressant, Paso Robles offre aussi une foule d'atouts pour les amateurs de bons crus. "Nos vins sont bien plus intéressants que ceux de Napa. Nos producteurs n'ont pas peur de tester différents styles et cépages, et vous trouverez ici deux fois plus de variétés de raisins qu'à Napa", affirme le Néerlandais Lars Bruinink de Toast Tours (*), qui organise des parcours à la découverte du coin, avec son épouse américaine Kristina Horton. Tandis que notre homme négocie les étroits chemins du spectaculaire chaînon de Santa Lucia au volant du minibus où nous avons pris place pour une excursion privée, sa compagne égraine les spécificités de ce territoire. "C'est une région vinicole unique aux Etats-Unis à plusieurs égards, à commencer par un écart exceptionnel entre les températures diurnes et nocturnes, affirme-t-elle. Les vignes y poussent en outre sur de la roche calcaire, comme dans certaines régions de France, alors que le sol de Napa est en grande partie d'origine volcanique." Ce terrain calcaire agit comme une véritable éponge qui retient l'eau et présente un pH et un taux de nitrates élevés - des spécificités qui facilitent l'aridoculture - soit l'approche généralement pratiquée en Europe, qui consiste à irriguer peu voire pas du tout en cours de saison - et contribuent à réguler le niveau d'acidité des raisins. "Cette combinaison d'un sol calcaire et d'écarts de température marqués nous permet de produire ici des vins frais et joliment équilibrés", poursuit Kristina. Si Napa se focalise principalement sur les chardonnays et cabernets sauvignons, c'est surtout à cause du Jugement de Paris, une dégustation à l'aveugle qui eut lieu en 1976, et où les flacons américains furent mieux cotés que leurs équivalents français. Ce concours pour le moins historique a été reçu comme une confirmation que l'Hexagone n'avait pas le monopole et que le Nouveau Monde, en particulier, avait sa place dans la cour des grands... Mais dès lors, c'est aussi à ces vins bien spécifiques que Napa Valley doit sa réputation. "C'est ce que les visiteurs attendent et donc ce qui rapporte le plus", résume Lars Bruinink. Suscitant moins d'attentes précises, les producteurs de Paso Robles sont donc plus libres d'expérimenter. Sans forcément bouder les chardonnays et cabernets sauvignons, la région propose une large gamme d'autres possibilités. Elle est notamment réputée pour ses vins de Rhône, qui ont fait leur apparition aux Etats-Unis grâce au domaine de Tablas Creek et à la collaboration nouée, dès les années 60, entre l'importateur américain Robert Haas et la famille Perrin du célèbre Château de Beaucastel, dans le Vaucluse. Convaincus que le climat méditerranéen de la Californie conviendrait parfaitement aux cépages qui avaient fait le renom de Beaucastel, Robert Haas et les frères Jean-Pierre et François Perrin ont décidé en 1985 de chercher l'endroit idéal pour tenter l'expérience. Ils ont trouvé leur bonheur dans les collines à l'ouest de Paso Robles, où ils ont créé en 1989 le domaine de Tablas Creek. Importés directement au départ du sud de la France, les plants de vigne ont été soumis à une quarantaine de plusieurs années avant de pouvoir entamer leur croissance outre-Atlantique. Ils sont destinés à la production des vins du domaine, mais aussi à la vente. "Je dirais que notre pépinière a déjà dû produire au moins cinq millions de pieds de vigne qui, tous, descendent de ceux de Beaucastel", précise Ian Consoli, le gestionnaire du domaine. La première bouteille de son Esprit de Tablas a été débouchée en 1997. Il s'agit d'un mélange de plusieurs cépages que le vignoble continue à produire chaque année dans le respect des traditions du Châteauneuf-du-Pape - comprenez, avec des raisins issus de l'aridoculture, une fermentation à base de levures locales (et donc sans ajouts) et une maturation en fûts de chêne français neutre. L'Esprit 2016 est un joli vin polyvalent dont les arômes de cerise et de fraise acide cèdent rapidement la place à une texture tout en douceur. Outre ses mélanges, Tablas Creek produit également des vins mono-cépage. A la fois fruité et sec, son Grenache 2017 évoque par exemple irrésistiblement le souvenir d'une boulangerie au petit matin. La visite se poursuit chez Thacher, un domaine boutique qui produit chaque année environ 5.000 caisses... de pas moins de 23 vins, tous disponibles en quantités extrêmement limitées. "C'est assez typique pour la région de Paso Robles, observe Kristina Horton. Comme des enfants dans un magasin de bonbons, les producteurs locaux multiplient les cépages pour tester un peu de tout." Les flacons qui en résultent ne sont d'ailleurs pas sans intérêt. Tony Quealy, le gestionnaire du domaine, nous fait goûter son 2019 Nouveau, une création récente qui fait le bonheur des amateurs lors des dégustations. On comprend aisément pourquoi: raffiné, pur et avec une agréable note d'acidité finale, il doit être parfait pour les belles soirées d'été, servi frais comme un rosé, la personnalité en plus. Il ne nous déçoit du reste pas non plus au déjeuner, que nous prenons sur la terrasse ombragée du domaine, installé dans un ancien ranch. "Le Nouveau était vraiment une expérience. Notre propriétaire Sherman Thacher, brasseur de formation, cherche avant tout à produire des vins qu'il aime, explique Tony Quealy. Nous n'en avons eu que 44 caisses, mais je soupçonne que ce ne seront pas les dernières." Notre prochaine étape est Giornata à Tin City, un district de Paso Robles sensiblement plus industriel où se concentrent producteurs de vins, brasseries, distilleries et restaurants. Brian Terrizzi, le propriétaire des lieux, nous fait goûter ses vins d'inspiration italienne... Son Barbera semblera très familier aux Européens, bien que les raisins proviennent bel et bien de Paso Robles. Ce passionné nous fait également découvrir son Falanghina 2017, un "vin orange" entièrement fermenté dans des amphores en terre cuite - d'abord avec la peau pendant trois mois (c'est ce qui donne sa couleur au produit fini), puis une seconde fois jusqu'à maturation après pressurage. "Autrefois, tous les vins blancs du nord de l'Italie étaient produits de cette manière, et on voit que les viticulteurs y reviennent", souligne notre hôte. C'est sur ce clin d'oeil à la Botte que se termine notre visite viticole à Paso Robles. Elle pourra se poursuivre plus tard, dans la série de brasseries et distilleries du centre-ville, qui méritent, elles aussi, le détour. Car, comme le précise notre guide: "De tout le pays, Paso Robles est la ville qui produit le plus de litres d'alcool par habitant!"