L'ouvrage d'Elena Favilli et de Francesca Cavallo, sorti en 2016, "Histoires du soir pour filles rebelles" raconte "100 destins de femmes extraordinaires" allant de la peintre mexicaine Frida Kahlo à la physicienne et chimiste Marie Curie ou encore à l'icône française de la mode Coco Chanel. Il a été traduit en 46 langues, dont le turc.

"Quand un gouvernement a peur d'un livre pour enfants qui promeut l'égalité, cela signifie que promouvoir ces idées dans la littérature jeunesse peut avoir et a un impact", a déclaré Mme Cavallo à l'AFP par messagerie téléphonique. "Cela me motive encore plus pour continuer à me battre tous les jours."

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Dans une décision rendue publique la semaine dernière, le Conseil turc chargé de la protection des mineurs des publications obscènes a déclaré que "certains des passages du livre auraient une mauvaise influence sur les esprits des personnes de moins de 18 ans". L'ouvrage ne peut donc désormais être vendu qu'aux personnes majeures et doit être dissimulé dans les magasins.

Les filles méritent de grandir entourées par plus de modèles féminins. Elles méritent de grandir avec l'idée qu'elles peuvent être ce qu'elles veulent", a déploré Mme Cavallo

Illustré de portraits colorés, son livre raconte à la façon d'un conte de fées la vie de 100 femmes connues (y compris la chanteuse Beyoncé et l'animatrice et productrice de télévision américaine Oprah Winfrey).

Les fonds ayant permis sa publication, qui a généré plusieurs suites, imitations et produits dérivés, ont été collectés grâce à l'une des campagnes de financement participatif les plus couronnées de succès.

La seule difficulté à laquelle les auteures avaient jusqu'alors été confrontées avait été une décision russe de censurer l'histoire d'une femme transgenre, selon Mme Cavallo.

L'association des maisons d'édition turques a diffusé un communiqué cette semaine qualifiant la décision du gouvernement de "danger du point de vue de la liberté d'expression et de publication et de menace pesant sur les principes d'une société démocratique".

Pour Murat Celikkan, de l'Association des droits de l'homme à Istanbul, "trouver dangereux que des femmes aient surmonté les obstacles d'un monde" dominé par les hommes "traduit l'état d'esprit des dirigeants en Turquie".

"Maintenant, je m'inquiète beaucoup plus de l'avenir de ma fille de cinq ans dans ce pays", poursuit-il.

L'éditeur turc de l'ouvrage, Hep Kitap, a dit à l'AFP attendre qu'une décision soit officiellement communiquée à ce sujet avant de faire des commentaires.