"T'as pas de famille ; t'as pas d'amis ; les mecs, tu ne sais pas les choisir... " C'est par ces mots durs que la pétillante Aude, interprétée par Jenna Thiam, met fin à sa relation avec la sage Clothilde, jouée par Constance Rousseau. Et ce, au terme d'une année de fac où les deux comparses, juste sorties de l'adolescence, ont petit à petit emprunté des routes différentes après avoir tout partagé au lycée. C'est cette attirance fusionnelle, entre passion, haine, naïveté, joie et désillusion, que la réalisatrice belge Vania Leturcq a voulu dépeindre dans L'année prochaine, son premier long-métrage qui sortira sur grand écran dans quelques semaines (lire par ailleurs). " Je désirais parler d'une rupture d'amitié, un peu comme s'il s'agissait de la fin d'une histoire d'amour, explique la cinéaste. Mais je voulais par ailleurs qu'il y ait un message positif. Avec mes deux personnages, je joue sur les ressemblances et les dissonances : Aude, spontanée et joyeuse, qui passe par une phase destructrice ; Clothilde, fragile mais en réalité très décidée. Il y a des vases communicants entre ces filles et il n'y a pas vraiment un caractère faible et l'autre fort. " La trentenaire, originaire d'Andenne et diplômée de l'IAD, poursuit son analyse : " Je suis persuadée que, comme pour les couples, les rapports d'amitié ne fonctionnent que dans un lieu déterminé et des circonstances précises. Loin de ce contexte, comme ici lorsque les copines partent à Paris pour leurs études et quittent leur petit microcosme villageois, les protagonistes ne parviennent pas à réinvente...

"T'as pas de famille ; t'as pas d'amis ; les mecs, tu ne sais pas les choisir... " C'est par ces mots durs que la pétillante Aude, interprétée par Jenna Thiam, met fin à sa relation avec la sage Clothilde, jouée par Constance Rousseau. Et ce, au terme d'une année de fac où les deux comparses, juste sorties de l'adolescence, ont petit à petit emprunté des routes différentes après avoir tout partagé au lycée. C'est cette attirance fusionnelle, entre passion, haine, naïveté, joie et désillusion, que la réalisatrice belge Vania Leturcq a voulu dépeindre dans L'année prochaine, son premier long-métrage qui sortira sur grand écran dans quelques semaines (lire par ailleurs). " Je désirais parler d'une rupture d'amitié, un peu comme s'il s'agissait de la fin d'une histoire d'amour, explique la cinéaste. Mais je voulais par ailleurs qu'il y ait un message positif. Avec mes deux personnages, je joue sur les ressemblances et les dissonances : Aude, spontanée et joyeuse, qui passe par une phase destructrice ; Clothilde, fragile mais en réalité très décidée. Il y a des vases communicants entre ces filles et il n'y a pas vraiment un caractère faible et l'autre fort. " La trentenaire, originaire d'Andenne et diplômée de l'IAD, poursuit son analyse : " Je suis persuadée que, comme pour les couples, les rapports d'amitié ne fonctionnent que dans un lieu déterminé et des circonstances précises. Loin de ce contexte, comme ici lorsque les copines partent à Paris pour leurs études et quittent leur petit microcosme villageois, les protagonistes ne parviennent pas à réinventer le lien qui les unissait. " Avec finesse, Vania Leturcq aborde ainsi un sujet complexe, typique de l'adolescence. Une thématique qui est certes au coeur des préoccupations des parents des 12-18 ans mais qui peut aussi résonner en chacun de nous, afin de mieux décrypter ce que nous avons, un jour ou l'autre, à des degrés divers, peut-être vécu. " Le passage de l'enfance à l'âge adulte est une période si particulière et parfois si difficile à traverser, souligne Alexandra Janssens, psychologue clinicienne au centre paramédical Take Care à Bruxelles (*). L'individu ne prend plus comme référence principale son père et sa mère mais ses pairs. Il rejette les figures parentales et tente de s'affirmer autrement qu'à travers elles. Dans cette crise identitaire, ou peut-être devrais-je dire "ce vide identitaire", l'ami est un miroir dans lequel le jeune se retrouve et s'apprivoise. " Cette phase où l'affection entre potes est amplifiée s'avère donc normale, et même formatrice... Rien ne sert donc de paniquer en voyant sa fille ou son fils ne jurer que par un copain, au point d'en perdre toute objectivité. Et même de flirter avec l'homosexualité. " Il y a un regain pulsionnel à cet âge et il peut y avoir des "expériences", il ne faut pas y voir pour autant une orientation sexuelle future ", insiste la psychologue du centre Take Care. Néanmoins, cette camaraderie poussée à l'extrême est souvent vouée à l'échec. " Ces amitiés adolescentaires, tout comme les amours passionnelles, s'inscrivent difficilement dans la durée car elles soulèvent beaucoup d'émotions contradictoires - on s'aime, on se déteste, on se réconcilie - c'est tout ou rien. La fusion est quelque chose de fragile, elle supporte difficilement les grains de sable. Et lorsqu'il y a rupture, elle fait beaucoup de bruit car c'est tout un idéal greffé sur la personne qui s'écroule ", continue l'experte bruxelloise. Ce que confirme la psychanalyste Danièle Brun qui, il y a quelques années, a écrit La passion dans l'amitié (Odile Jacobs). Selon elle, lorsque cette dernière se brise, " ça n'est jamais de commun accord, comme ça se passe pour les couples raisonnables. La rupture relève d'une ambivalence profonde, de l'hostilité, de l'empiètement de l'une sur l'identité de l'autre ". Et d'asséner : " La dé-fusion est irrémédiable. " Les parents doivent également rester très attentifs pour s'assurer que leur progéniture ne soit pas sur une pente glissante. On se souvient du film Thirteen, sorti en 2004, où Tracy, pour intégrer la bande du collège et devenir la protégée d'Evie, coqueluche de l'établissement, commence par voler un sac avant de sombrer peu à peu dans une spirale négative, faisant fi de tous les interdits - alcool, tatouages, piercings... Jusqu'à ce que sa mère tente de mettre un terme à cette descente aux enfers. " Dans un instinct de bravade et avec l'illusion de toute-puissance que peut ressentir le jeune, il n'est pas à l'abri d'une influence qui le mène un peu trop loin, confirme Alexandra Janssens. Mais le caractère éphémère de ces attachements réduit cette impact. De plus, les réseaux sociaux ont l'avantage, malgré les débordements fâcheux qu'ils peuvent engendrer, d'offrir un groupe de référence et donc un idéal collectif plus large ", rassure la psychologue clinicienne. Et de suggérer une clé pour pouvoir percevoir les cas problématiques : " S'il fallait donner un signe d'inquiétude, ce serait plutôt une identification qui perdurerait au-delà d'un certain temps. Normalement, cette période n'est qu'un tremplin vers l'émergence d'une personnalité propre et différenciée, mais elle ne doit pas être une fuite du "monde réel". " L'autre risque de ces liaisons sans concessions, c'est qu'un des comparses se sente lésé. Ainsi, dans Respire de Mélanie Laurent, sorti fin 2014, Charlie, une gosse un peu effacée et sympathique, tombe sous le charme de Sarah, la nouvelle de la classe. Très vite, les deux condisciples basculent dans un binôme dominant-dominé aliénant. La timide élève plonge dans une relation toxique, face à sa camarade, sûre d'elle et manipulatrice. Dans une interview sur Canal +, diffusée à l'époque du lancement du film, la réalisatrice explique avoir été particulièrement " choquée et troublée " lors de projections de son long-métrage auxquelles elle a assisté, dans diverses villes de France. " Il y a des lycéens qui vivent d'énormes souffrances. Il y a beaucoup de détresse. A la fin des séances, des spectateurs se levaient et nous racontaient leur histoire, se souvient la cinéaste. On a tous rencontré, à l'école, des gens qui font plus de bruit dans les couloirs, on a eu envie d'être eux, de faire partie du groupe. Quand on est rejeté, c'est terrible ! " Alexandra Janssens rencontre en effet parfois des patientes - souvent des filles, même si le phénomène n'est pas exclusivement féminin - qui ont l'impression que leur alter ego ne peut jamais être satisfait, qu'elles doivent sans arrêt aller vers cette amie pour la rassurer. " Tout cela prend indéniablement de l'énergie ", concède-t-elle. La praticienne est également confrontée de temps à autre à des mômes qui rejouent avec leur copain ou copine la figure maternelle : " Si celle-ci est vécue comme fusionnelle et envahissante par l'adolescent, il se peut qu'il se lie avec une personne qu'il décrit lui-même comme intrusive et qu'il expérimente avec elle des tentatives de mise à distance. Ces relations prennent une forme pathologique dans la mesure où elles se font sur un mode passif-agressif, l'un restant dans le rôle de bourreau et l'autre de victime. " Ce qu'appuie également Danièle Brun dans son livre : " Du fait de sa relation avec sa mère, l'enfant connaît l'amour avant l'amitié, et cette première expérience le guidera toute sa vie, à son insu, dans ses choix amoureux et amicaux. " Reste qu'au-delà de la famille, de l'éducation, du travail, des obstacles de la vie, la camaraderie apparaît comme l'un des fondements de l'individu. Si elle peut être dévastatrice, elle est aussi le plus souvent positive, voire indispensable... " Bien qu'épuisante pour les parents, cette crise d'identité est bénéfique ! ", rappelle en conclusion Alexandra Janssens. (*) www.centretakecare.comPAR FANNY BOUVRY" La fusion est quelque chose de fragile, elle supporte difficilement les grains de sable. "