Me lancer dans l'entrepreneuriat m'a rendue plus forte. Avant, je travaillais dans de grands bureaux, avec des collègues toujours disponibles pour me conseiller ainsi qu'une secrétaire pour m'aider en cas de besoin. Quand j'ai fondé Copenhagency et Nordikk, j'ai renoncé à tout cela. J'étais nouvelle dans le secteur, j'ai dû rédiger mon premier plan d'affaires, et je me suis formée petit à petit. C'était une vraie aventure, même si j'ai commis des erreurs de débutant, pleuré quelques fois et passé énormément de temps sur des projets voués à l'échec. J'ai beaucoup appris. Tenir bon, ne pas baisser les bras, retomber sur ses pieds, cela demande une certaine expérience.
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Me lancer dans l'entrepreneuriat m'a rendue plus forte. Avant, je travaillais dans de grands bureaux, avec des collègues toujours disponibles pour me conseiller ainsi qu'une secrétaire pour m'aider en cas de besoin. Quand j'ai fondé Copenhagency et Nordikk, j'ai renoncé à tout cela. J'étais nouvelle dans le secteur, j'ai dû rédiger mon premier plan d'affaires, et je me suis formée petit à petit. C'était une vraie aventure, même si j'ai commis des erreurs de débutant, pleuré quelques fois et passé énormément de temps sur des projets voués à l'échec. J'ai beaucoup appris. Tenir bon, ne pas baisser les bras, retomber sur ses pieds, cela demande une certaine expérience. Ce sont souvent les autres qui nous font grandir. Je pense ici aux conversations entre amis, mais également aux clients que j'ai accueillis dans la boutique Nordikk, à Bruxelles. Les histoires qu'ils me racontaient et leur vision de la vie servaient souvent de miroir et m'aidaient à me remettre en question. Ecouter apporte bien plus que parler. A la maison, j'entendais souvent dire que si nous n'avons qu'une bouche, mais deux oreilles, il y a une raison, et j'ai retenu cette image. Je suis convaincue qu'ensemble, on va plus loin et j'aime rassembler les gens. Mais tout commence par l'écoute. Sans elle, pas de dialogue possible. S'accrocher à son passé empêche d'aller de l'avant. Je le remarque dans mon travail pour la Biennale Interieur : ces derniers mois, j'ai rencontré différents acteurs du secteur, et évidemment, de temps en temps, je suis tombée sur quelqu'un qui ne cesse de ressasser l'âge d'or du design belge. C'est humain, mais ce n'est pas comme cela que nous pourrons conserver notre position. Je préfère consacrer mon énergie à résoudre les problèmes et à prendre des initiatives concrètes. Mon compagnon me dit souvent que je suis trop dure, mais j'ai été élevée en apprenant à ne jamais me plaindre et à toujours regarder vers l'avenir. Les autres cultures peuvent nous en apprendre sur nous-mêmes. Mon époux, qui est danois, m'a fait découvrir la culture et le mode de vie de son pays, et c'est très enrichissant. Là-bas, les moments de partage en famille ou entre amis sont essentiels. Avant, il m'arrivait de vouloir régler quelque chose avec un fabricant danois un vendredi à 17 h 30, mais c'était impossible : plus personne n'est joignable à cette heure-là. Quand je partage un thé ou un café avec ma belle-famille, je suis également ébahie par leur rapport à ce rituel, ils s'y consacrent pleinement, alors que mon esprit vagabonde rapidement vers les courriels que je dois encore envoyer. C'est une confrontation avec soi-même qui n'est pas toujours agréable, mais dont on ressort grandi. Les designers ont de plus en plus de difficultés à être créatifs. Les stylistes que je rencontrais pour Copenhagency ou Nordikk me confiaient parfois qu'ils étaient épuisés parce que les collections se suivent tellement rapidement qu'ils n'ont plus le temps de lire un livre, d'aller voir des expositions ou de voyager pour trouver l'inspiration. J'ai bien peur que le monde du design soit touché par la même maladie. Les designers doivent aussi répondre à des délais toujours plus courts et produire sans cesse, ce qui, à terme, peut avoir des conséquences sur la crédibilité de tout le secteur. Il existe plus d'une manière d'apporter sa pierre à l'édifice. J'admire ceux et celles qui se lancent dans des projets sociaux en plus de leur vie de famille et de leur travail, mais il existe de nombreuses autres façons, à plus petite échelle, de faire la différence. Si chacun, dans son petit univers, était un peu plus empathique et respectueux, et essayait d'être là pour les autres, alors nous aurions déjà parcouru un bon bout de chemin. La crise du coronavirus nous offre la chance de recommencer à zéro. Beaucoup se posent des questions sur ce qu'ils faisaient avant le confinement, et je pense que cette réflexion est également bienvenue dans la mode et le design. Je ne ferme pas les yeux sur les conséquences sociales et économiques de la situation, et mon esprit d'entrepreneuse me pousse à me remettre au travail le plus vite possible, mais rien ne dit que ces derniers mois sont des mois perdus. Faisons de cette crise un moment de réflexion et osons penser à ce que nous ferons différemment à l'avenir.