Aujourd'hui, les volumes et les façades de la villa d'origine, bâtie en 2000, sont à peine reconnaissables. C'est pourtant Joris Van Apers, l'habitant des lieux, qui les a dessinés à l'époque. "A vrai dire, le résultat ne me plaisait qu'à moitié", avoue-t-il à propos de cette maison qui devait être une interprétation libre du country style du grand architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959). L'extérieur a en effet un petit quelque chose de sa Coonley House à Riverside et de sa Martin House à Buffalo. "Mais l'intérieur manquait de charme, les matériaux étaient froids. C'était un espace très emblématique des années 90, débordant de surfaces luisantes en Inox", ajoute Joris en riant.
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Aujourd'hui, les volumes et les façades de la villa d'origine, bâtie en 2000, sont à peine reconnaissables. C'est pourtant Joris Van Apers, l'habitant des lieux, qui les a dessinés à l'époque. "A vrai dire, le résultat ne me plaisait qu'à moitié", avoue-t-il à propos de cette maison qui devait être une interprétation libre du country style du grand architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959). L'extérieur a en effet un petit quelque chose de sa Coonley House à Riverside et de sa Martin House à Buffalo. "Mais l'intérieur manquait de charme, les matériaux étaient froids. C'était un espace très emblématique des années 90, débordant de surfaces luisantes en Inox", ajoute Joris en riant. Depuis lors, les goûts de l'ancien ingénieur ont évolué considérablement. En 2008, il reprend l'entreprise de ses parents, spécialisée dans les matériaux de construction de récupération, ainsi que l'atelier de menuiserie et celui de taille de pierre qui en font partie. Deux ans plus tard, Caroline De Wolf, sa compagne, troque sa blouse de docteur pour l'épauler. Et le couple décide de rénover la villa, de façon très méthodique. "Tout ce que nous pouvions voir de beau, que ce soit dans un bâtiment ou lors d'un voyage, nous a servi de source d'inspiration", relate Caroline qui, avec son partenaire, considère désormais son chez-soi comme un véritable laboratoire. "Nous y testons les éléments qui nous intriguent avant de les présenter à des clients", explique-t-elle. C'est que chez ces deux-là, vies personnelle et professionnelle sont intimement liées. Si bien que lorsqu'ils s'éloignent de leur environnement de travail, ils n'en perdent pas moins leur sens de la recherche et du développement. Que ce soit pour la conception de charnières, de carrelage en céramique, de canapés ou de l'escalier, c'est Joris qui est à l'origine de l'idée. "Mais je peux toujours m'appuyer sur une équipe de spécialistes pour concrétiser un projet car je suis parfois trop enthousiaste", avoue-t-il. Aussi chaque étape de la rénovation était-elle une excuse pour tester différentes techniques - "Alors que d'autres mettent l'accent sur le dessin en amont, je préfère expérimenter sur le terrain." Lorsqu'on pénètre dans l'accueillant hall d'entrée paré de murs boisés, l'effet de surprise est grand. L'ancien escalier en colimaçon en Inox, avec marches en verre et balustrade, a laissé la place à un modèle monumental, qui, malgré sa place proéminente, offre une certaine sérénité. "A présent, les niveaux de l'habitation épousent les formes de l'escalier. L'entresol et le couloir qui mène aux chambres d'enfants et à notre étage y débouchent, de la même manière que les branches d'un arbre mènent au tronc." De plus, une nouvelle passerelle, pour accéder à la zone des kids, génère un jeu de profondeur et de géométrie. Pour ce faire, Joris s'est inspiré du musée Guggenheim de New York, conçu en 1959 par Frank Lloyd Wright. "Cet escalier aux parois élevées a quelque chose de mystérieux ; on ne sait pas qui on va croiser au détour d'une courbe", décrit-il. New York semble d'ailleurs être un lieu-clé pour le tandem qui a puisé dans d'autres buildings de Big Apple des gimmicks de décoration. Ainsi, le plafond en bois de la salle de séjour rappelle celui du luxueux Gramercy Park Hotel, réaménagé en 2006 par l'artiste Julian Schnabel. Outre un intérieur et un emplacement exceptionnels, cet hôtel peut se prévaloir d'oeuvres uniques de Basquiat et de Warhol. Les fleurs sauvages et graminées qui ornent la terrasse de la cuisine font, quant à elles, allusion au High Line Park. Mais le couple a également tiré des idées d'autres escapades de par le monde. A l'image de ce plancher en noyer du XVIIIe siècle, provenant d'Italie et ornant le dressing de Caroline, et le schiste noir, acquis au Portugal, qui encadre le poêle. Si la présence de matériaux de construction de récupération est déjà exceptionnelle pour une maison qui a à peine 20 ans, le mobilier n'est pas en reste. En effet, il ne comporte aucune pièce de designer connu. Pas de réalisations d'Eames ni de Jeanneret, mais de nombreuses inventions personnelles, dont la table de la salle à manger en chêne. Il en va de même du canapé que le duo a dessiné, à genoux, feuilles de papier et ciseaux en main, afin d'en définir la forme parfaitement adaptée à leur living. Ces pièces sont combinées à des chaises vintage de créateurs anonymes, chinées dans la Kloosterstraat à Anvers, et à d'autres objets pour lesquels ils ont eu un coup de foudre lors de ventes publiques. Parmi ceux-ci, une table de salon d'Ado Chale et des sièges bleu pétrole placés à côté du poêle. Conçus dans les années 30 par le designer tchèque Jind?ich Halabala, ils ont été recouverts d'un nouveau tissu Kvadrat X Raf Simons. Les tonalités des tableaux de Michel Mouffe semblent, elles, se répéter dans les armoires murales. L'ensemble forme un tout cohérent, mais aussi très chaleureux et sans dépense inutile de moyens. La parfaite illustration d'un mantra de Wright: "La simplicité, c'est l'harmonie parfaite entre le beau, l'utile et le juste."