Bien que l'une ou l'autre lettre de métal soit manquante, l'inscription " Imprimerie des sciences " est encore lisible sur la façade ixelloise. Bâti en 1928, l'ensemble fonctionnaliste, d'inspiration cubiste, conservera sa vocation industrielle jusqu'à l'aube des années 90, qui voit cesser ses activités. Un promoteur caresse le projet de transformer les lieux, de rehausser à hauteur du mitoyen et d'en faire une dizaine d'appartements, mais les plans capotent et le 75, avenue de Béco est sauvé ; aujourd'hui, l'édifice n'est pas classé mais sur la liste de réserve.
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Bien que l'une ou l'autre lettre de métal soit manquante, l'inscription " Imprimerie des sciences " est encore lisible sur la façade ixelloise. Bâti en 1928, l'ensemble fonctionnaliste, d'inspiration cubiste, conservera sa vocation industrielle jusqu'à l'aube des années 90, qui voit cesser ses activités. Un promoteur caresse le projet de transformer les lieux, de rehausser à hauteur du mitoyen et d'en faire une dizaine d'appartements, mais les plans capotent et le 75, avenue de Béco est sauvé ; aujourd'hui, l'édifice n'est pas classé mais sur la liste de réserve. Quand Xavier Lust nous en ouvre la porte, impossible de ne pas avoir l'attention captée par le superbe escalier doré qui mène au sous-sol. A la fois showroom et studio, l'espace est baigné de lumière grâce à de larges ouvertures au plafond, qui offrent aux rayons du soleil tout le loisir de se refléter dans les dizaines de créations signées Lust qui " vont et viennent ", en fonction des commandes et de la production. " Ça bouge en permanence, il y a pas mal de nouvelles pièces. Ici, une table, là, un prototype ", explique le designer en montrant un work in progress brut et rouillé, en suspens depuis deux ans, que l'on imagine telle une chrysalide d'où naîtra un objet lisse et brillant comme un miroir. " L'espace industriel est combiné avec un logement, ce qui est assez rare, et le tout reste à dimension humaine. C'est exactement ce que je cherchais, j'ai toujours travaillé là où j'habitais. J'aime l'espace, j'en ai besoin. J'ai toujours souhaité avoir de grands volumes, pour bénéficier d'un peu de recul ou pouvoir faire des photos sur place ", souligne Xavier Lust, à propos de son déménagement il y a un peu plus de deux ans. Lui qui occupait un appartement près des étangs d'Ixelles, à seulement un kilomètre de là, a trouvé l'endroit presque par hasard - voire par prédestination. " J'ai toujours cru qu'il viendrait à moi et c'est ce qui est arrivé. Je voulais rester dans le quartier, j'aime beaucoup Ixelles - après tout, " XL ", ce sont mes initiales, ajoute-t-il en rigolant. Et un beau jour, j'ai découvert que cette maison était à vendre. J'ai sonné, j'ai rencontré les propriétaires, et cela s'est passé très facilement. Ce qui est drôle, c'est que je suis d'une famille d'imprimeurs : mon grand-père paternel l'était. Et c'est l'Imprimerie des sciences, or il y a une dimension scientifique, expérimentale, dans mon approche, donc ça colle assez bien. " Si son objectif est bien sûr de préserver le cachet et l'authenticité de son atypique habitation, le designer s'est tout de même réservé le droit d'y apporter quelques " modifications et améliorations ", notamment la hotte de cuisine, le conduit de cheminée ou encore l'entrée vers le bureau et la salle d'exposition, qui était " très raide, pas confortable ". D'où le fameux escalier doré susmentionné. " C'est un espace dédié à la réception, donc il me fallait quelque chose de magistral. Ça m'a coûté cher, mais c'était une nécessité, c'est une sculpture, un bijou, et en même temps, il est tellement intemporel que certains me demandent s'il était déjà là. " Niveau déco, l'ambiance du studio, comme celle de l'habitat, s'avère résolument sobre et épurée, ni surcharge, ni excentricité, le propriétaire des lieux n'est pas du genre à accumuler les bibelots. " Non, je n'ai pas besoin de ça, sourit-il. Il y a bien l'un ou l'autre coin où l'on retrouve un amoncellement de petites choses que l'on ne sait pas où mettre, mais ce n'est pas une volonté de les exposer, c'est provisoire. Disons que j'ai préféré axer ma réflexion sur les couleurs. A l'extérieur comme à l'intérieur. Aux étages et dans les chambres, on a du bleu ciel, assez proche mais plus soutenu, du rose et de l'ocre, un bel ocre qui change très fort en fonction de la lumière, pour la cage d'escalier. Dans la cuisine, on a essayé plusieurs teintes successives. A un moment j'avais peint en or, parce les arêtes du plafond sont arrondies et forment une sorte de dôme, ça m'a fait penser à la basilique de Venise, à quelque chose de sacré, comme un temple. Et c'est aussi une couleur qui convient bien à une cuisine, au niveau de la stimulation, mais finalement le rendu n'était pas tel qu'espéré, donc je suis repassé à autre chose. Aujourd'hui nous avons un blanc brillant légèrement gris, qui demande une préparation particulière des murs, parce qu'on voit très vite leurs imperfections. Finalement, j'ai remis du blanc un peu partout, donc ça contribue à cet effet très épuré, sans être particulièrement minimaliste. " Pour l'extérieur, et cette immense terrasse, sans doute la plus grande du quartier, le designer a opté pour une peinture assez proche de la teinte d'origine de la maison. " Quand je suis arrivé, c'était kaki, ce qui était assez beau mais un peu dur. Là, on est dans un " gris ciel ", comme quelqu'un me l'a dit, et je trouvais ça amusant. On n'est pas loin de la couleur du ciel en Belgique. " Ici aussi, il est " intervenu ", en remplaçant les bulles de polycarbonate " qui faisaient un bruit fantastique quand il pleuvait " par un système de son invention - verre antidérapant, double vitrage, presque 5 millimètres d'épaisseur, très isolant - et en installant des barrières métalliques, indispensables à la sécurité de son petit Noé de 20 mois, " un vrai cascadeur ". L'un des chantiers, cet été, fut d'agrémenter son esplanade avec de la végétation et nous pouvons en apprécier le résultat, même si un bel arbuste japonais n'a pas vraiment supporté les semaines de canicule. " C'est encore le début. On a pensé à Milan et à toutes ces terrasses très arborées, l'idée était de faire une sorte de jungle, mais ce n'est pas évident, notamment à cause du choix restreint de plantes en pot. D'ailleurs, il faut aussi trouver de beaux contenants, et je suis assez satisfait de ceux en zinc que j'ai dénichés. Je crois que c'était à la base des vieux récipients qui servaient à la lessive. Je les trouve à la fois beaux et techniquement très évolués ; avec ces cannelures, il y a une sorte de mouvement induit dans la forme, comme dans la plupart de mes objets. " Ces derniers peuplent tant le studio que le corps d'habitation ; un intérieur " sans moulures, ni fioritures ", mais une esthétique des années 20 et 30 qu'il adore, " avec ce style streamline " dont les lignes horizontales et les jeux de formes et de contrastes s'accordent si bien à son travail. Ses créations sont partout : la S-Table et son pied en bronze, qui fait toujours son petit effet, les chandeliers Turner, les miroirs Blob... " J'avais aussi le cabinet Meuble d'appui en aluminium poli qui avait beaucoup de présence, mais il est parti pour les Etats-Unis. D'ailleurs, il me manque un peu, avoue-t-il. Je suis designer, donc tous les objets que j'ai créés sont ici. J'ai toujours vécu avec eux, ça me permet éventuellement de leur apporter une amélioration ; parfois, certaines évidences n'apparaissent qu'avec le temps. Mais ce n'est pas l'unique but, car il y a aussi le plaisir et la satisfaction du travail accompli. C'est tout un univers, qui est le mien, autant au niveau de la réhabilitation de l'architecture que des objets, donc un univers total. " L'un ou l'autre élément extérieur vient parfois discrètement rehausser cet environ- nement 100 % lustien - comme sur l'appui de fenêtre, sous les châssis en métal d'origine, où trône une petite statue callipyge. " Ma compagne représente des artistes, c'est un sculpteur allemand qui a fait cette statue grecque en marbre de Mazy, très noir, qu'on ne retrouve qu'en Belgique. Ce postérieur est en quelque sorte le positif de tous ces meubles, ça m'amuse de le mettre là - mais c'est un très beau fessier, justement proportionné. Un petit clin d'oeil. " A propos, sur un mur est accroché un agrandissement de son iris droit, oeuvre d'Edouard Janssens - l'oeil d'un designer, tout un symbole. Un peu caché, un grand format d'un autre artiste, Bart Ramakers, qui s'inspire de peintures célèbres - ici l' Olympia de Manet, revue et corrigée en version sexy chic. Quand on établit un parallèle entre la sensualité des oeuvres et un certain érotisme dans sa propre production, le concepteur acquiesce. " Absolument, il y a un écho, même si je ne l'exprime que de manière codée dans mon travail. J'aime laisser les gens libres de leur lecture, de leur interprétation. On peut voir ça comme une sorte de néo-classicisme, de perfection idéalisée que j'aime bien, comme dans les tableaux de David. Personne n'est insensible à la douceur. "