L'art a toujours joué un grand rôle dans la vie du designer français Nicolas Gazeau. A 8 ans, il a reçu ses premiers pots d'encre de Chine et sa passion pour le dessin ne l'a plus quitté. "Mon imagination était enfin canalisée", raconte-t-il. Au terme de ses études en histoire de l'art à la Sorbonne, il a choisi la collection de Paul Marmottan, dont un célèbre musée parisien porte le nom, comme sujet pour sa thèse.
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L'art a toujours joué un grand rôle dans la vie du designer français Nicolas Gazeau. A 8 ans, il a reçu ses premiers pots d'encre de Chine et sa passion pour le dessin ne l'a plus quitté. "Mon imagination était enfin canalisée", raconte-t-il. Au terme de ses études en histoire de l'art à la Sorbonne, il a choisi la collection de Paul Marmottan, dont un célèbre musée parisien porte le nom, comme sujet pour sa thèse. Aujourd'hui, il habite un ancien atelier de peintre à Montmartre. Plus encore que le lien évident avec ce monde créatif, c'est l'espace qui a séduit le designer. Il cherchait un salon assez vaste pour accueillir son prototype de canapé: le Cocoon Sofa, inspiré des wingback chairs anglais, ces célèbres fauteuils à oreilles. La hauteur impressionnante des plafonds - 5,6 mètres - était idéale pour accueillir cette oeuvre aux dimensions colossales. "J'ai l'impression de vivre dans un palais vénitien", explique le concepteur, formé par deux grands noms de l'architecture d'intérieur - Alberto Pinto et François-Joseph Graf -, avant de lancer sa propre boîte en 2011. L'appartement, et son unique chambre à coucher, se situe à quelques centaines de mètres du Moulin Rouge, dans un bâtiment des années 30. Au départ, le quartier, auquel prostitution et sex-shops ont donné mauvaise réputation, n'inspirait pas confiance au Parisien: "Le voisinage me faisait un peu peur, mais en fait, il est peuplé de nombreux artistes à l'âme de bohémien et de célébrités du petit écran." Selon le concierge, le bien a appartenu à de prestigieux locataires, comme l'actrice Elodie Bouchez ou la danseuse étoile Marie-Claude Pietragalla. Comme il s'agit d'une location, le nouvel occupant doit parfois freiner son imagination. Il a pu déplacer la porte en verre menant à la salle à manger, mais le propriétaire l'a prié de n'utiliser que des couleurs neutres pour sa déco. Ce qui ne l'a pas empêché de créer un ambiance dramatique, bien à son goût, en recouvrant la surface au-dessus du feu ouvert d'oeuvres. Rien n'a été laissé au hasard: le créateur a d'abord élaboré un plan détaillé reprenant la position de chaque tableau et l'interstice entre eux, au millimètre près! Une des pièces maîtresses - une sculpture en plâtre de deux mètres de hauteur d'un homme des années 30 - lui a d'ailleurs causé quelques soucis. "Elle me fait penser à La belle et la bête de Jean Cocteau, quand les personnages sortent des murs, fait-il remarquer. Elle est longtemps restée bien emballée sur le sol de la cuisine, car je cherchais l'endroit parfait pour l'exposer." Parmi les autres oeuvres de grande taille, on remarque un croquis d'une tapisserie de 1934 de trois mètres de hauteur, ainsi qu'un gigantesque miroir, trouvé dans un château normand. Entre tout cela sont accrochés des plans d'architectes, quelques gravures signées Paul Delaroche, une série de céramiques grecques et un portrait de femme, par l'artiste autrichienne Mariette Lydis. Six mois après son acquisition, le designer est tombé par hasard sur plusieurs dessins de mains, qui ont certainement servi de brouillon pour le portrait final. Un des objets les plus anciens décorant ce logement est le bureau Jean Pascaud. On peut également admirer sur place une collection de chaises de cuisine des années 60, récupérées dans une maison du nord de la France, ainsi qu'une table d'appoint Ralph Lauren des eighties et un divan imaginé par François Bauchet dans la chambre à coucher. Les autres éléments de la déco ont été choisis pour leur format ou leur impact visuel, comme cet assortiment de lampes Modénature d'un mètre de hauteur ou le tapis d'inspiration Mondrian dans le séjour, qui attire tous les regards. Même si Nicolas n'est pas propriétaire des lieux, il a quand même pu réaliser un de ses rêves, celui d'habiter un endroit qui sorte de l'ordinaire. Et s'il se décide à acheter un havre de paix bien à lui, à quoi ressemblera-t-il? "Pour le moment, je m'imagine vivre dans un appartement des années 70, dans le style de ceux des films de Claude Sautet, avec des fenêtres jusqu'au plafond, une vue somptueuse et un balcon, décrit-il. J'opterai alors pour une déco minimaliste, avec pas plus d'une dizaine d'objets." Un tout autre univers donc.