Tim Van Steenbergen est bien plus qu'un créateur de mode : il travaille aussi depuis de nombreuses années pour le monde du spectacle, pour lequel il conçoit notamment des décors et des costumes d'opéra, de théâtre et de danse. Et ce talent de scénographe transparaît clairement lorsque l'on pénètre dans le très fastueux hall d'entrée néoclassique de son habitation. Un demi-étage plus haut, le vestibule en impose tout autant avec son escalier majestueux et son piano à queue. Le jour y pénètre largement par un puits de lumière. Ainsi aménagée avec ce souci de mettre les meubles et les objets en scène, cette maison de maître prestigieuse et datant de la fin du XIXe siècle, comme il est courant d'en voir à Anvers, témoigne du décorum élégant qu'affectionnait, à l'époque, la haute société.
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Tim Van Steenbergen est bien plus qu'un créateur de mode : il travaille aussi depuis de nombreuses années pour le monde du spectacle, pour lequel il conçoit notamment des décors et des costumes d'opéra, de théâtre et de danse. Et ce talent de scénographe transparaît clairement lorsque l'on pénètre dans le très fastueux hall d'entrée néoclassique de son habitation. Un demi-étage plus haut, le vestibule en impose tout autant avec son escalier majestueux et son piano à queue. Le jour y pénètre largement par un puits de lumière. Ainsi aménagée avec ce souci de mettre les meubles et les objets en scène, cette maison de maître prestigieuse et datant de la fin du XIXe siècle, comme il est courant d'en voir à Anvers, témoigne du décorum élégant qu'affectionnait, à l'époque, la haute société. Se réfugier dans un intérieur agréable et esthétique est essentiel aux yeux de ce créateur au tempérament calme et méditatif. " Si l'aspect formel est crucial, l'âme de l'endroit et son histoire me touchent aussi beaucoup, nuance Tim Van Steenbergen. Le bâtiment a été construit en 1890 pour la famille Nottebohm. Avec un peu d'imagination, on peut aisément se représenter les domestiques se frayant un chemin à travers les escaliers et les couloirs. Nombreux sont les propriétaires de ce genre d'immeuble qui les rénovent de façon drastique, en faisant tout disparaître et en créant des espaces ouverts. Personnellement, je préfère les entités plus fermées, qui ne se dévoilent qu'une fois la porte poussée. Quand on vit dans une telle habitation, on se doit, selon moi, d'avoir le sens du détail et des reliques. Dans un placard, j'ai trouvé un morceau de papier journal datant de 1907, lorsque le tsar de Russie est venu visiter la ville. Ce type de souvenir m'émeut. Etre l'archéologue de sa propre maison me semble important. " Le concepteur belge se plaît également à observer son intérieur avec attention, pour tenter de comprendre ce que l'architecte a voulu y insuffler. " Démolir et reconstruire, sans même remarquer le magnifique équilibre dans les proportions d'un tel lieu, très symétrique et où chaque petit élément a sa place, n'a pas de sens ", souligne celui qui apprécie grandement dédier une partie de sa vie à la contemplation. " Le monde extérieur étant sans cesse plus rapide, il faut prendre son temps pour les projets créatifs et pour magnifier son logement ", conseille-t-il, s'avouant passionné par l'artisanat. " Ici, tout a été réalisé à la main, complète-t-il. A mes yeux, le rythme lent du travail manuel est une arme parfaite contre cette ère numérique à la cadence effrénée, c'est une sorte d'activité méditative. Un endroit comme celui-ci s'apparente presque à un organisme vivant qui évolue sans cesse. Les objets voyagent et bougent constamment de place. " Petit-fils d'architecte, le créateur a hérité d'une passion pour l'art de bâtir, le design et les arts visuels. Il collectionne les meubles vintage mais aussi les oeuvres, qui subliment l'espace. Ainsi, à l'étage, la profondeur de la toile très graphique de l'artiste anversois Guy Vandenbranden crée une dimension spatiale supplémentaire. Tim Van Steenbergen est particulièrement sensible à l'art abstrait belge d'après-guerre et plus particulièrement au travail d'artistes tels que Guy Vandenbranden, justement, mais aussi Mark Verstockt, Paul Van Hoeydonck, Jef Verheyen, Jo Delahaut et Gilbert Swimberghe. Il est d'ailleurs une des forces motrices derrière la galerie anversoise Callewaert-Vanlangendonck, qui a redécouvert ce style. " Les Belges étaient très novateurs à cette époque et leur talent était reconnu internationalement. Mais cela a ensuite été un peu oublié, avant de refaire surface aujourd'hui, au niveau mondial. " Et d'avouer que ces tableaux l'ont beaucoup inspiré, notamment pour les tapis qu'il édite chez Ashtari Carpets ou une collection de vêtements, à venir. Ou quand la mode et l'architecture se félicitent de leurs atomes crochus.