"Quand on est jeune, on se lance sans trop réfléchir et on voit où la vie nous mène", explique Nicola Formichetti pour résumer son parcours. Fils d'une hôtesse de l'air japonaise et d'un pilote italien, il grandit entre Rome et Tokyo avant de poser ses valises à Londres à l'âge de 18 ans, officiellement pour y étudier l'architecture. "Sous l'influence de magazines comme The Face, ID et Dazed&Confused, je me suis passionné pour la scène underground londonienne, avec son mélange avant-gardiste d'art, de musique et de mode. Cette ambiance, cette excitation... Je devais en faire partie!"
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"Quand on est jeune, on se lance sans trop réfléchir et on voit où la vie nous mène", explique Nicola Formichetti pour résumer son parcours. Fils d'une hôtesse de l'air japonaise et d'un pilote italien, il grandit entre Rome et Tokyo avant de poser ses valises à Londres à l'âge de 18 ans, officiellement pour y étudier l'architecture. "Sous l'influence de magazines comme The Face, ID et Dazed&Confused, je me suis passionné pour la scène underground londonienne, avec son mélange avant-gardiste d'art, de musique et de mode. Cette ambiance, cette excitation... Je devais en faire partie!" Lorsque ses parents lui coupent les vivres en découvrant, après quelques mois, que ses projets d'études se sont évaporés, il trouve, grâce au bouche-à-oreille, un boulot chez The Pineal Eye, boutique design éclectique et véritable icône de la mode des années 90. "La clientèle comptait des stylistes réputés comme John Galliano, Raf Simons et Hedi Slimane, mais aussi des journalistes et rédacteurs... C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Jefferson Hack, qui m'a proposé de contribuer à Dazed. On m'a confié une page en me donnant carte blanche; je travaillais avec des Polaroids et des illustrations, en utilisant des vêtements du magasin et mes amis pour modèles." Sa participation s'étend rapidement à deux pages, puis trois. Un an plus tard, il devient rédacteur mode, puis chef de publication - un poste qui lui ouvre les portes de missions de consultance et de styling pour Dolce &Gabbana, Missoni, mais aussi Nike et Levi's. "J'étais un petit jeune sans vraie formation, mais je m'en fichais. Chaque job était une chance, je m'y consacrais corps et âme. A 30 ans, on aurait pu croire que j'étais à l'apogée de ma carrière... Mais au fond de moi, j'étais insatisfait, je m'ennuyais. Il me manquait quelque chose." C'est ainsi que l'Italo-Japonais décidera de partir pour New York, où il vit aujourd'hui. Pas question toutefois de s'endormir sur ses lauriers outre-Atlantique: entre son poste de directeur mode chez Uniqlo, son propre label de streetwear Nicopanda et sa collaboration en tant que styliste pour Lady Gaga, son agenda reste bien rempli, même si sa charge de travail s'est sensiblement allégée. "Je suis devenu plus exigeant: je n'accepte que les missions qui m'enthousiasment vraiment. Cela m'a donné le loisir de faire enfin de mon chez-moi un vrai foyer", explique-t-il, ayant trouvé son bonheur il y a cinq ans dans le quartier de Tribeca. C'est là, parmi les vieux bâtiments industriels, qu'il a eu le coup de foudre pour ce duplex aux allures de serre. Une extension contemporaine, perchée sur les toits, et qui offre au créateur une oasis de verdure dans la jungle de briques et de gratte-ciel de Big Apple. "J'aime les environnements tropicaux; je ne rate jamais une occasion de m'envoler pour Bali, le Mexique ou la Thaïlande. J'avais envie de retrouver cette ambiance à la maison. Toutes ces plantes n'ont pas qu'un effet apaisant et purifiant, elles enracinent littéralement les meubles et objets de déco. En les associant à des éléments contemporains, on crée un cadre merveilleux, presque d'un autre monde. J'aime quand les opposés se confrontent, d'autant que je suis moi-même un homme tout en contraste." Même si cela ne ressort pas immédiatement de son travail, Nicola Formichetti aime la simplicité... et en fin de compte, son mobilier se veut assez limité. "J'ai un lit, une armoire, une table avec quelques chaises et un fauteuil, tous choisis avec soin pour leur aspect hors du commun, leur caractère unique ou leur histoire", énumère-t-il. Ainsi de cette bibliothèque Carlton, une icône du groupe Memphis imaginée par Ettore Sottsass: "A l'époque où j'allais à l'école à Rome, je passais régulièrement devant un étalage où trônait ce modèle. Il me fascinait à un point tel que je me suis promis de me l'offrir dès que je pourrais me le permettre. Pour moi, c'est le symbole d'un rêve d'enfant qui s'est réalisé." Au-delà des photographies de Robert Mapplethorpe et de la tapisserie de Tom of Finland, un illustrateur finlandais du siècle dernier, on est surtout frappé par le côté ludique de cet intérieur. Un peu partout sont éparpillés des jouets japonais - un bon millier, si sa mémoire ne le trompe pas - allant de Hello Kitty à d'obscures figurines avec mitrailleuses en guise de jambes. "C'est mon côté nippon. Les mangas me passionnent depuis ma plus tendre enfance et mon instinct de collectionneur est plus fort que tout. Mon préféré? Je n'en ai pas, j'aurais l'impression de faire de la discrimination", réplique-t-il en riant. Les boules à facettes sont un cadeau d'anniversaire de notre compatriote Pieter-Jan Mattan, lui aussi directeur artistique, installé un peu plus loin dans la même rue. En tant qu'amis et associés, ils sont amenés à collaborer autour d'une foule de projets, dont un concept hôtelier et une collection de meubles en bois recyclé. "Quand le soleil frappe ces sphères, ma maison se métamorphose en une mer de petites taches de lumière. Ce sont vraiment des objets magiques, qui m'ont carrément inspiré un nouveau costume de scène pour l'Enigma Tour de Lady Gaga." Le même esprit se retrouve sur la terrasse, où trônent en guise d'accessoires de jardin des tables et des chaises en forme de champignons qu'il a dénichées en ligne. "Ce sont des meubles pour enfants, bon marché mais tellement amusants... et leur petite taille me donne l'impression d'être dans une scène d'Alice au pays des merveilles! Mon côté enfantin tient peut-être au fait que, ballotté entre le Japon et l'Italie, je n'ai jamais eu de vrai chez-moi étant petit, d'autant que j'ai fait toute ma scolarité à l'internat. Ce penthouse est mon premier foyer, et j'ai peut-être cherché inconsciemment à y réunir tout ce qui m'a manqué étant enfant. Qui sait, je souffre peut-être du syndrome de Peter Pan... mais une chose est sûre, cette maison a complètement reboosté mon inspiration!"