Ils se sont rencontrés chez nous

Tous deux Français, elle de Bayonne, lui de Paris, Pauline et Luis font connaissance sur les bancs des beaux-arts de Saint-Luc, à Tournai, et c'est ensemble qu'ils décident de poursuivre leur cursus à La Cambre.
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Tous deux Français, elle de Bayonne, lui de Paris, Pauline et Luis font connaissance sur les bancs des beaux-arts de Saint-Luc, à Tournai, et c'est ensemble qu'ils décident de poursuivre leur cursus à La Cambre. Si, de leur propre aveu, ils ne savent pas encore trop où ils vont, l'idée d'ouvrir un studio les turlupine. " On avait constaté qu'on avait à peu près la même approche et qu'on voulait travailler ensemble, disent-ils d'une seule voix. Mais tout restait à faire. " Intuitivement, les designers se mettent à chercher les concours où ils peuvent participer en tandem et c'est lors du MAD Surprize 2015 qu'ils mettent leur travaux en commun et se rendent à l'évidence : leur binôme a de l'avenir.Concrétisant leur collaboration de fait par la création du label PaulinePlusLuis, ils parviennent à adopter la discipline nécessaire pour éviter les pièges du flou entre vies privée et professionnelle. Loin du cliché des opposés qui se rejoignent, leur complémentarité s'exprime de façon plutôt diffuse. " Chacun met simplement son énergie dans le domaine qui lui appartient le plus, expliquent-ils sans vraiment pouvoir l'identifier. On a conscience qu'il faudra bientôt en venir à quelque chose de plus carré, mais on se laisse du temps pour définir nos spécialités. Sans contrat ni stratégie particulière, on travaille à l'instinct, et grâce à notre job "alimentaire" sur le côté, on peut faire ce que l'on veut, donc refuser ce qui ne nous plaît pas. C'est un parti pris, qui ralentit peut-être la mise en place du studio, mais au moins, on voit dans quelle direction on va. "La lumière concerne pourtant l'essentiel de leur production mais ils se justifient : " C'est dans cette direction que nos projets se sont concrétisés, donc on se retrouve classés malgré nous.Mais ce n'est pas volontaire, c'est même un pur hasard, on va dès lors essayer assez vite de montrer qu'on peut faire d'autres propositions. " Pauline et Luis n'entendent rien se refuser et comptent rapidement s'imposer dans d'autres domaines, avant d'être définitivement catalogués. Peu importe que l'objet soit industriel ou artistique, ce qui fait sens à leur yeux, c'est sa dimension narrative. " Ça ne peut pas être "juste" beau à regarder, mais plutôt apporter des émotions, même simples, aux utilisateurs. Amorcer l'imagination. Pour la lampe Venise (photo), c'est presque un outil, une fenêtre avec de la lumière vue à travers des stores vénitiens. Mais le plus important, c'est ce qu'il se passe derrière, l'objet est un moyen d'amener celui qui l'observe à imaginer quelque chose qui lui appartient. Comme l'écran Screen, il joue sur la transparence, le "vu sans être vu", la frontière entre espaces privé et public, comme si l'on regardait à travers des rideaux. " Alors qu'ils étaient exposés parmi les talents prometteurs du design belge au SaloneSatellite de Milan, en avril dernier, Pauline et Luis ont appris que leur Venise figurait parmi les finalistes de la prestigieuse Design Parade qui se tiendra, fin juin, à la Villa Noailles, à Hyères. " On visait cet événement depuis un moment, et on a tenté le coup. Sans trop de conviction, parce qu'il y a une énorme concurrence. Rien que de voir notre travail reconnu par un jury si exigeant, c'est comme si on avait déjà gagné. Notre approche est personnelle, donc on prend le risque de ne pas plaire. " PAR MATHIEU NGUYEN