Un déluge de grêle s'abat sur le Kölnmesse, imposant parc des expos où se déroule l'IMM (internationale möbelmesse). A peine visibles à travers les trombes d'eau depuis la rive gauche du Rhin, les tours de la cathédrale Saint-Pierre ont l'air plus noires que jamais. Dantesque, la météo ne parvient toutefois pas à décourager la colonne serrée de visiteurs qui se presse en direction de l'entrée Sud, se faisant au passage copieusement fouetter par les intempéries sur une interminable passerelle offerte aux vents. Car le jeu en vaut la chandelle : en l'espace de quelques années, l'IMM de Cologne est devenu l'incontestable " place to be " du mois de janvier, attirant toujours plus de visiteurs et d'exposants, voyant son prestige à chaque édition rehaussé. Rien n'est plus éloquent que la liste des participants : tous les éditeurs qui comptent ont répondu présent, alors qu'à Paris, Maison & Objet peine désormais à attirer les grandes marques, qui préfèrent souvent organiser leur event en marge des réjouissances officielles, dans leur boutique de Saint-Germain-des-Prés. Ici, pas de programme off, peu d'installations tape-à-l'oeil, mais pas non plus de risque de retrouver un éditeur de mobilier coincé entre un stand de jouets et un fabricant de bougies parfumées. D'une efficacité toute germanique, l'IMM Cologne va à l'essentiel et regroupe tout le secteur en trois halls, 2, 3 et 11, prenant des airs de répétition générale avant l'apothéose du Salon international du meuble de Milan, point d'orgue indétrônable depuis que le design existe ou presque.
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Un déluge de grêle s'abat sur le Kölnmesse, imposant parc des expos où se déroule l'IMM (internationale möbelmesse). A peine visibles à travers les trombes d'eau depuis la rive gauche du Rhin, les tours de la cathédrale Saint-Pierre ont l'air plus noires que jamais. Dantesque, la météo ne parvient toutefois pas à décourager la colonne serrée de visiteurs qui se presse en direction de l'entrée Sud, se faisant au passage copieusement fouetter par les intempéries sur une interminable passerelle offerte aux vents. Car le jeu en vaut la chandelle : en l'espace de quelques années, l'IMM de Cologne est devenu l'incontestable " place to be " du mois de janvier, attirant toujours plus de visiteurs et d'exposants, voyant son prestige à chaque édition rehaussé. Rien n'est plus éloquent que la liste des participants : tous les éditeurs qui comptent ont répondu présent, alors qu'à Paris, Maison & Objet peine désormais à attirer les grandes marques, qui préfèrent souvent organiser leur event en marge des réjouissances officielles, dans leur boutique de Saint-Germain-des-Prés. Ici, pas de programme off, peu d'installations tape-à-l'oeil, mais pas non plus de risque de retrouver un éditeur de mobilier coincé entre un stand de jouets et un fabricant de bougies parfumées. D'une efficacité toute germanique, l'IMM Cologne va à l'essentiel et regroupe tout le secteur en trois halls, 2, 3 et 11, prenant des airs de répétition générale avant l'apothéose du Salon international du meuble de Milan, point d'orgue indétrônable depuis que le design existe ou presque. Comme pour étayer nos considérations sur le déclin parisien au profit de la Rhénanie, nous rencontrons la designer belge de luminaires Hind Rabii, dont c'est justement la première participation à la " möbelmesse ". " Je recevais les newsletters qui me proposaient de m'inscrire, mais je n'y croyais pas trop, raconte-t-elle. Je savais que la foire était très courue, que beaucoup de monde était sur liste d'attente. Un jour, j'ai fini par leur répondre et ils m'ont immédiatement recontactée : " Enfin, vous acceptez de venir chez nous ! Vous avez un projet de stand ? On va bien vous placer, promis ! " Dès les premiers contacts, on se sent vraiment considéré, on voit qu'ils suivent votre boulot, qu'ils savent de quoi ils parlent. La programmation s'en ressent, elle est plus qualitative, et la répartition des stands, plus cohérente. " Promesse tenue : l'emplacement d'Hind Rabii, à l'entrée du niveau supérieur du Hall 2, offre une excellente visibilité à ses créations. Outre de nouvelles versions d'Esprit Ya-Ya, on retrouve dans sa collection 2018 un matériau jusqu'alors inédit, car après le verre et le bois, la Belge a voulu s'attaquer à la céramique. Elle associe cette dernière au cuir dans la suspension Fico, et au verre dans T-Cotta, dont les déclinaisons en appliques murales " ressemblent à des donuts, on a envie de les manger ". Parmi les autres nouveautés exposées par nos compatriotes, on retient notamment la collection Ray de Durlet, simple mais soignée, le système d'accoudoir amovible de Jori, qui pivote et agrandit l'assise en un tournemain, ainsi que le Sintese ECO, canapé " cradle to cradle ", à la production revue et corrigée par Indera. Chez Serax, on présente la collection de Bea Mombaers, et chez Valerie Objects, les dernières créations minimalistes du duo Muller Van Severen - nos Designers de l'année 2016. Le stand Vincent Sheppard, quant à lui, ressemble étrangement à ceux déjà vus lors de précédents événements - et pour cause, des pièces récentes comme le fauteuil Roy Cocoon, la chaise Roxanne ou la collection Wicked d'Alain Gilles ont encore de beaux jours devant eux, nul besoin de les remplacer par d'autres références produites à la va-vite sous prétexte de nouveauté. C'est certainement le principal point faible de l'IMM, mais on ne voit pas trop comment il pourrait en être autrement : à trois mois du Salone de Milan, nombre d'éditeurs sont évidemment tentés de garder quelques exclusivités sous le coude, et les grandes maisons italiennes ne font pas exception. Avare en exclus mais plutôt honnête, Cappellini avoue mettre en scène " une sélection de produits existants ". Même chose chez Minotti qui étale son catalogue 2017 sur 600 m2, alors que Giorgetti se contente de célébrer les 30 ans de sa chaise Progetti avec une édition limitée Fashion signée Umberto Asnago. De son côté, Flexform a imaginé un jardin d'hiver peuplé d'éléments déjà vus, tandis que Molteni nous convie dans un intérieur entièrement habitable, avec le traditionnel espace réservé aux dressings et à la literie, mais a monté pour la première fois la cuisine VVD de Vincent Van Duysen dans une scénographie à la mesure de sa majesté. Sans trop se dévoiler, B&B Italia trouve tout de même le moyen de s'illustrer, grâce à quelques primeurs outdoor de belle facture, comme la collection Bay de Doshi Levien ou encore la table Fiore en béton, de Naoto Fukasawa. Les Scandinaves sont également de la partie, et même si eux aussi se bornent parfois à présenter d'autres finitions plus que des nouveaux produits, cela peut donner lieu à d'incontestables réussites, comme la chaise Synnes, rhabillée de tissus par Menu.Une véritable actu venue du Nord ? Celle de Vita Copenhagen, jeune marque qui a envahi le marché du luminaire avec ses flat packs il y a quelques années, et se lance aujourd'hui dans le mobilier avec une première collection prometteuse, truffée de détails ingénieux. Par ailleurs, Fermob, marque française s'il en est, effectue son retour après cinq ans d'absence, comme certains éditeurs venus de très loin mais non dépourvus d'ambition, à l'image des Chinois de Stellar Works. La preuve, une fois de plus, qu'IMM est devenu incontournable. Si certains stands ont le colorimètre en délire, on constate que les maisons réputées pour leur sobriété se laissent également aller à quelques fantaisies chromatiques, et les teintes les plus répandues cette année tendent vers les verts profonds, émeraude, épinard, impérial, ainsi que vers des rouges sombres et des déclinaisons de bordeaux. Des choix qui confirment l'adage selon lequel la tonalité de l'année, traditionnellement décrétée par Pantone, déborde sur la déco et le mobilier avec un léger temps de retard. L'avènement du bleu clair et du violet s'annonce donc, le premier déjà visible chez Roche Bobois, le second dans un spectaculaire enchevêtrement de canapés chez Moroso. Au niveau des formats, si la modularité et la personnalisation des dimensions demeurent des demandes toujours plus fréquentes, avec des canapés composés d'éléments sécables qui intègrent volontiers un plateau de bois entre deux assises, notons la persistance de formules hybrides telles que les daybeds et loveseats, qui semblent récolter toujours plus de suffrages. Le mélange des matières a toujours la cote, bois, marbre et métal, tissu, velours et cuir, et l'on remarque une réminiscence seventies, non pas via son versant pop, orange et potelé, mais celui plus sérieux qui allie pieds chromés, bois précieux et verre fumé - on pense à la table Filigree de Molteni, avec son plateau en eucalyptus laqué brillant, aux piétements des chaises Aiku de MDF Italia ou encore aux canapés Piu d'Intertime et Fauve d'Indera. Enfin, impossible de faire l'impasse sur l'offensive textile, à laquelle même certains spécialistes du cuir auront fini par succomber : avalanche de prince-de-galles, d'étoffes mouchetées et, surtout, de velours épais, habillant d'innombrables coussins censés apporter une touche cosy et colorée aux canapés. Autres éléments omniprésents : les tapis, souvent luxuriants, que l'on retrouve sur de nombreux stands aux ambiances pourtant très différentes. Mention spéciale pour le projet Legend of Carpets de la marque allemande Walter Knoll, et ses séries inspirées par l'Afrique mais réalisées au Népal, qui reviennent en 2018 en empruntant les teintes des gemmes et pierres précieuses dont regorge le continent noir.