Lors de sa fondation en 1961, le Salon du meuble de Milan était réservé aux firmes italiennes, et visait à promouvoir une industrie ragaillardie par le Plan Marshall au sortir de la Seconde Guerre mondiale. D'une année à l'autre, l'événement prit de l'ampleur, s'élevant bientôt au rang de "salon international", jusqu'à devenir le rendez-vous incontournable, qui donne le ton à l'ensemble du secteur et rythme les collections. Débordant bien au-delà du mobilier, la Design Week s'imposa ensuite comme the place to be à l'échelle mondiale en cette période de l'année, avec 500 000 visiteurs affluant dans la capitale lombarde, pressés de voir une ébouriffante créativité s'y déployer à tous les coins de rue.

Notre quotidien connaîtra bientôt de nouveaux contours, et bien malin celui qui pourra prédire comment ils seront dessinés.

Inutile d'épiloguer sur le séisme provoqué par l'annonce de son annulation cette année - car ce 59e Salone a été non pas reporté, mais annulé, et restera dans les annales comme une édition-fantôme, puisque le rendez-vous est déjà donné en avril 2021 pour la soixantième. Quand la triste nouvelle est tombée, elle fut saluée pour son sens de la responsabilité: principal site d'exposition, le parc de Rho Fiera consiste en une enfilade d'immenses halls reliés par une allée noire de monde du matin au soir; l'ensemble totalise trois fois la superficie des douze palais du Heysel réunis, il eut été déraisonnable d'y rassembler un demi-million de porteurs potentiels du virus venus de quelque 188 pays. Et tant pis pour la mise à l'arrêt de cette logistique pharaonique, pour les investissements démentiels tombés à l'eau, et pour tous les manques à gagner. Ne subsiste qu'une pile d'ennuis et de questions plus haute que les flèches du Duomo - qui piquent le ciel milanais à une altitude de 108 mètres, pour info.

Alors, maintenant, on fait quoi ? On fait avec. On se débrouille. La crise actuelle ne nous offre qu'une seule certitude, celle que plus rien ne sera comme avant. Il faut d'ores et déjà penser à réinventer un nombre vertigineux d'activités humaines, à commencer par la gestion des déplacements de populations ou des rassemblements de masse si l'on tient, au hasard, au bon déroulement d'une hypothétique 60e édition. Quant à savoir qui tiendra le crayon, on espère que les décideurs de tous bords n'oublieront pas de prendre en compte les recommandations des professionnels issus d'une discipline hautement stratégique: les designers.

A ceux qui sourient en coin : non, " le design ne sauvera pas le monde ", mais cela fait deux siècles qu'il contribue à le façonner, suivant de près nos sociétés et chacune de leurs évolutions, qu'il s'agisse de progrès technologiques ou de bouleversements sociaux. Relever des défis d'apparence inextricable, jongler avec des contraintes croisées, concilier le technique et l'humain, rechercher les bons partenaires et corps de métier afin de trouver des solutions... pour le commun des mortels, ça sonne comme un chemin de croix ; pour un designer, c'est une vocation.

Lors de sa fondation en 1961, le Salon du meuble de Milan était réservé aux firmes italiennes, et visait à promouvoir une industrie ragaillardie par le Plan Marshall au sortir de la Seconde Guerre mondiale. D'une année à l'autre, l'événement prit de l'ampleur, s'élevant bientôt au rang de "salon international", jusqu'à devenir le rendez-vous incontournable, qui donne le ton à l'ensemble du secteur et rythme les collections. Débordant bien au-delà du mobilier, la Design Week s'imposa ensuite comme the place to be à l'échelle mondiale en cette période de l'année, avec 500 000 visiteurs affluant dans la capitale lombarde, pressés de voir une ébouriffante créativité s'y déployer à tous les coins de rue. Inutile d'épiloguer sur le séisme provoqué par l'annonce de son annulation cette année - car ce 59e Salone a été non pas reporté, mais annulé, et restera dans les annales comme une édition-fantôme, puisque le rendez-vous est déjà donné en avril 2021 pour la soixantième. Quand la triste nouvelle est tombée, elle fut saluée pour son sens de la responsabilité: principal site d'exposition, le parc de Rho Fiera consiste en une enfilade d'immenses halls reliés par une allée noire de monde du matin au soir; l'ensemble totalise trois fois la superficie des douze palais du Heysel réunis, il eut été déraisonnable d'y rassembler un demi-million de porteurs potentiels du virus venus de quelque 188 pays. Et tant pis pour la mise à l'arrêt de cette logistique pharaonique, pour les investissements démentiels tombés à l'eau, et pour tous les manques à gagner. Ne subsiste qu'une pile d'ennuis et de questions plus haute que les flèches du Duomo - qui piquent le ciel milanais à une altitude de 108 mètres, pour info. Alors, maintenant, on fait quoi ? On fait avec. On se débrouille. La crise actuelle ne nous offre qu'une seule certitude, celle que plus rien ne sera comme avant. Il faut d'ores et déjà penser à réinventer un nombre vertigineux d'activités humaines, à commencer par la gestion des déplacements de populations ou des rassemblements de masse si l'on tient, au hasard, au bon déroulement d'une hypothétique 60e édition. Quant à savoir qui tiendra le crayon, on espère que les décideurs de tous bords n'oublieront pas de prendre en compte les recommandations des professionnels issus d'une discipline hautement stratégique: les designers. A ceux qui sourient en coin : non, " le design ne sauvera pas le monde ", mais cela fait deux siècles qu'il contribue à le façonner, suivant de près nos sociétés et chacune de leurs évolutions, qu'il s'agisse de progrès technologiques ou de bouleversements sociaux. Relever des défis d'apparence inextricable, jongler avec des contraintes croisées, concilier le technique et l'humain, rechercher les bons partenaires et corps de métier afin de trouver des solutions... pour le commun des mortels, ça sonne comme un chemin de croix ; pour un designer, c'est une vocation.