Lors du Salon international du meuble de Milan, deux sujets récurrents ont tendance à monopoliser les conversations : le design, bien sûr, souvent amorcé par l'interrogation oratoire " Tu as vu quoi de bien aujourd'hui ? ", et la météo - sachant que cette grand-messe se déroule généralement aux premiers jours d'avril, une période condamnée à de désagréables intempéries, insoupçonnées sous ces latitudes pour le voyageur non averti. Ce 57e Salone étant programmé nettement plus tard dans le mois que d'ordinaire, c'est un radieux soleil qui a baigné la métropole milanaise durant toute la Design Week, et a certainement participé à l'humeur enjouée de cette édition record, qui vit quelque 434 509 visiteurs se presser sous la verrière de Rho Fiera, soit une exceptionnelle augmentation de 27 % par rapport à 2017.
...

Lors du Salon international du meuble de Milan, deux sujets récurrents ont tendance à monopoliser les conversations : le design, bien sûr, souvent amorcé par l'interrogation oratoire " Tu as vu quoi de bien aujourd'hui ? ", et la météo - sachant que cette grand-messe se déroule généralement aux premiers jours d'avril, une période condamnée à de désagréables intempéries, insoupçonnées sous ces latitudes pour le voyageur non averti. Ce 57e Salone étant programmé nettement plus tard dans le mois que d'ordinaire, c'est un radieux soleil qui a baigné la métropole milanaise durant toute la Design Week, et a certainement participé à l'humeur enjouée de cette édition record, qui vit quelque 434 509 visiteurs se presser sous la verrière de Rho Fiera, soit une exceptionnelle augmentation de 27 % par rapport à 2017. Dix ans après une crise de 2008 qui les laissa longtemps groggy, les éditeurs semblent avoir retrouvé la confiance nécessaire pour s'autoriser la mise en avant de nouvelles têtes ou de techniques inédites, insistant d'ailleurs moins sur les rééditions et anniversaires - toujours célébrés en nombre, mais plus nécessairement mis en exergue comme seul élément d'actu à mettre sous la dent des journalistes, importateurs et autres pros du secteur. Le visiteur coutumier des populaires pavillons 16 et 20 aura sans doute noté la sobriété de marques d'ordinaire dotées de stands spectaculaires, qui avaient visiblement laissé les installations mégalo aux constructeurs automobiles en mal de com'. Loin d'être anodine, cette décision observée chez des poids lourds du calibre de Kartell, Cappellini, Moroso ou Magis, a peut-être atténué l'effet waouh de la visite mais a augmenté la lisibilité des stands, et mis l'accent sur ce qui nous attire chaque année en Lombardie : les nouveaux produits. Voici donc le compte-rendu abondamment illustré d'une édition pleine de soleil et d'optimisme, faite de surprises et de toutes ces petites choses qui nous font aimer le Salone. 1. Que d'eauCette année marquait la septième édition du Salone Internazionale del Bagno, durant lequel les fabricants de salles de bains ont rivalisé d'audace pour se démarquer, dans un secteur dopé par l'engouement pour les thématiques spa/wellness. A ce petit jeu, c'est la Française India Madhavi qui l'a emporté avec sa "New Bathroom", concept tout en arrondi proposé en trois exubérantes variantes (pistache, fraise et myrtille) par Bisazza Bagno.2. MonstrueuxLe Design Award de la meilleure installation a déjà été décerné au Monster Cabaret de Lasvit. Les maîtres verriers tchèques avaient peuplé le Teatro Gerolamo de monstres et de mauvais génies - aliens, fantômes ou statuettes de Lénine - nés des cauchemars de top-designers, tels que les frères Campana, Maarten Baas (photo), Nendo ou Fabio Novembre. Mention tout de même aux colosses mécaniques de Ventura Centrale, les sept Giants with dwarf de Stephan Hürlemann pour Horgenglarus.3. Ça envoie du boisC'est peut-être l'une des conséquences des préoccupations écologiques du moment, ou tout simplement un signe qu'il est et restera un matériau de choix pour l'ameublement ; quoi qu'il en soit, le bois s'est invité auprès d'éditeurs inattendus dans les pavillons de Rho Fiera, rappelant au passage qu'il restait ouvert aux évolutions technologiques, avec la perspective de séduire de nouveaux publics. Démonstration par une griffe que l'on ne peut imaginer plus éloignée du design ligneux : Kartell, qui, avec la complicité de Philippe Starck, revisite ses classiques plastiques en bois renforcé de résine.4. Science et sensLe programme off du Salone donne souvent l'occasion aux marques high-tech de prospecter des territoires technologiques inconnus du grand public, la preuve encore cette année avec l'installation Soundscape d'Asahi Glass (photo), un "moment éclaté" en différents sons que diffusent les haut-parleurs en verre. Immanquable du genre, l'expo sensorielle Hidden Senses de Sony, qui projette dans notre quotidien une série d'applications de procédés techniques des plus alambiqués.5. Welcome to the jungleOn ne compte plus les éditeurs qu'inspirent faune et flore en folie, au premier rang desquels Sancal, qui a transformé son emplacement en une cartoonesque forêt vierge, avec le concours de l'illustrateur Egle Zvirblyte. Dans le même ordre d'idées, on retient le "Musée des animaux éteints" de Moooi , les tabourets tronc d'arbre de YOY avec Kvadrat ou les lampes Linnut de Magis, sans oublier une flopée de vitrines très végétales dans le centre-ville - qui profite toujours de l'affluence pour se montrer sous son meilleur jour - de Zara Home à La Rinascente.Du côté de nos compatriotes, une annonce en a surpris plus d'un à l'occasion de ce 57e Salone : il n'y aura pas de grande expo regroupant des designers belges cette année. Qu'à cela ne tienne, on pouvait croiser des créations noir-jaune-rouge dans les allées de Rho Fiera ou dans divers événements du Fuorisalone : pas mal d'habitués - Vincent Van Duysen avec Molteni & C ou, plus inattendu, en collaboration avec les Ougandais de Mabeo, Alain Gilles chez Vincent Sheppard, BuzziSpace et Bonaldo, Sylvain Willenz au Palazzo Clerici pour Hay ou encore Xavier Lust chez Wallpaper ou Driade, avec son célèbre Banc revisité en version noire. On notera encore la présence à Milan de Valérie Objects, mis en vitrine par la prestigieuse galerie Rossana Orlandi avec entre autres des couverts de Muller Van Severen, l'étonnant projet School of Time de Z33 et la coffee table inHale, grande première du prometteur collectif BRUT.Profitons enfin de l'espace laissé vacant par leurs aînés pour s'attarder sur le stand des talents émergents du SaloneSatellite. Parmi ces New Belgians, des têtes connues, dont Laurent Verly, lauréat d'un prix l'an dernier, qui présentait döt, un système ultramodulaire à la fois ingénieux et décoratif, et PaulinePlusLuis, toujours aussi doués pour imaginer des luminaires délicatement poétiques, accompagnés de trois nouveaux venus. Outre le studio Amorce, qui dévoilait l'étagère Rack et le tabouret Amar, l'espace dédié à Belgium is Design accueillait deux créations particulièrement décalées : The Rope, corde démesurée à mi-chemin entre l'art et le design, collaboration entre Leila Boukhalfa et Ief Spincemaille, et la table Hublot, de David Degreef aka Gewoon David, une invitation au partage qui plonge les convives d'un repas dans le même plat. Bon app' !Quand les éditeurs succombent aux propriétés infinies des mathématiques, motifs, formes et volumes se combinent pour un résultat éminemment graphique.Hello, goodbyeSi les modes et tendances s'avèrent moins volatiles en design que dans d'autres secteurs, cela n'empêche pas d'observer certaines évolutions, tels la lente disparition de cordes, cannages et rotins, le passage de témoin des cuivres et laitons pleins de chaleur vers des métaux aux effets plus froids, et la recrudescence des surfaces réfléchissantes. Au niveau des textiles, velours et pied-de-poule montrent une belle résistance, tandis que la star minérale du Salone fut une fois de plus le marbre, vu dans de nombreuses teintes souvent foncées, allant du bleu au noir comme chez Poliform, Molteni ou ClassiCon (en photo, la table Pli 2018 de Victoria Wilmotte).Dans la luneIl fallait s'y attendre, le recours régulier aux ambiances bleutées et aux reflets de métal glacés a contribué à donner une ambiance rétrofuturiste, observée chez Roche Bobois ou Natevo, mais aussi à travers les bulles éclatées de la collection Moon de Gervasoni (photo), dont le traitement évoque la surface de notre fidèle satellite.Bleu, on veutAprès l'offensive Greenery des dernières années, le tournant vers le bleu amorcé récemment se confirme, d'où le recours très fréquent à une palette oscillant entre les deux, et une multitude de teintes et nuances qui s'étirent du turquin au turquoise. Démo avec la table L.A. Sunset de Patricia Urquiola pour Glas Italia (photo).Cap sur l'AfriqueSouvent absent, à part chez Moroso dont le concept M'Afrique est né en 2009, le continent africain a fait l'objet d'une attention particulière du SaloneSatellite, et l'on a remarqué des projets dont il fut la principale inspiration : les tapis de Walter Knoll, les accessoires de Waxman Brothers ou des luminaires d'Ines Bressand chez Mabeo (photo).Huit pièces de mobilier qui nous restent particulièrement en mémoire au retour de ce 57e Salone...