Des paires de petites chaussures blanc et rose décorent l'entrée de son cottage bruxellois, deux fillettes crèchent ici, ma main à couper. La cadette s'appelle Ellea, l'aînée Thea, c'est aussi le nom de la griffe de leur maman, Emilie Duchêne, 36 ans, qui porte au cou ses colliers maison au prénom de ses chéries et en elle l'envie de conquérir le monde avec ses bijoux intimes.
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Des paires de petites chaussures blanc et rose décorent l'entrée de son cottage bruxellois, deux fillettes crèchent ici, ma main à couper. La cadette s'appelle Ellea, l'aînée Thea, c'est aussi le nom de la griffe de leur maman, Emilie Duchêne, 36 ans, qui porte au cou ses colliers maison au prénom de ses chéries et en elle l'envie de conquérir le monde avec ses bijoux intimes. Elle a de qui tenir, Luc, son paternel, est aussi celui de Mer du Nord, de Chine et de Luc.Duchêne, elle est donc "fille de" - elle le vit "super bien", merci. Depuis toujours, elle baigne dans la mode, elle se souvient que les mercredis et les samedis, elle arpentait les bureaux, courait d'un magasin à l'autre, "je me sentais comme une gamine qui vit à l'hôtel, je connaissais toutes les galeries Louise par coeur". Qu'elle s'inscrive à 18 ans en stylisme, à l'Atelier Lannaux, n'est que la suite logique de cette enfance-là. "Quand je suis sortie de l'école, que j'ai adorée, je me suis rendu compte que j'avais appris à faire de jolis dessins mais fort peu ancrés dans la réalité." Elle entre alors chez Mer du Nord, comme stagiaire. Très vite, elle sent qu'elle est "trop jeune", qu'il lui faut d'abord faire ses armes. Elle part vivre à Paris, trouve un stage chez Isabel Marant, on est en 2002, la créatrice française n'est pas encore au sommet de sa gloire - "ce n'était pas la folie d'aujourd'hui, commente Emilie, elle était très enceinte, son mec Jérôme Dreyfuss passait parfois, c'était assez familial, on bossait à quatre dans le même bureau, on travaillait sur le montage du show, j'ai appris à faire des plans de collections." Après six mois, elle s'en va voir ailleurs, chez Dior, dans la cellule "presse", catégorie joaillerie, pendant le festival de Cannes puis au studio de création, avec John Galliano, six autres mois intenses. "C'était génial, on préparait le défilé prêt-à-porter de A à Z, j'ai développé des écussons sur un thème army." Et elle enchaîne chez Christian Lacroix, en haute couture, elle se souvient, c'était "dingue" : "Les premières d'atelier amenaient des toiles et il arrachait les tissus, coupait dedans, il faisait naître le vêtement sur les mannequins." Emilie s'offre ensuite un "petit switch", elle va voir du côté des magazines, compose des pages mode pour Elle, Jalouse, Paris Match, L'Officiel - "J'étais toute fière d'y voir mon nom, j'avais l'impression que j'étais Anna Wintour", rit-elle - puis se jette dans l'aventure Glamour qui débute, "il y avait tout à faire". L'année 2005 sera celle de l'émerveillement. "Je faisais du stylisme dans des séries mode, des covers, avec des photographes top, des shootings avec Karl Lagerfeld, c'était magique, un truc de princesse pour moi qui suis née dans la mode." Un moment de création Quand enfin elle se sent prête, retour à Bruxelles, désormais elle est "capable de rentrer dans l'histoire familiale", elle prend à bras-le-corps la com' et le marketing de Chine et de Mer du Nord, cela durera dix ans, "j'y ai tout appris". Cependant, à pas de velours, le désir d'inventer à nouveau la titille, elle lance un blog Lila l'Oiseau, des collections capsules, avec des étudiants de La Cambre mode(s), elle prend conscience qu'elle a très envie d'avoir un projet à elle, "qui ne tente rien n'a rien". En 2011, elle est enceinte de sa fille Thea, se dessine une bague toute fine en or rose avec le prénom de sa déesse, qu'elle calligraphie elle-même et qu'elle porte fièrement, s'attirant les compliments. Et les commandes. "J'ai voulu faire d'un moment de naissance un moment de création. Je ne l'ai pas du tout pensé comme un business mais plutôt comme un truc sur lequel je travaillerais le soir, j'ai fait moi-même un blog/e-shop, sur WordPress, avec une seule bague en or rose sertie, ou pas, je me suis dit, on verra, je ne vais pas m'exciter. Cela a fait boule de neige." En 2013, la marque de lingerie Victoria's Secret lui commande ce qui marquera définitivement son "avant et après", elle "hallucine" mais elle signe une série de bijoux qui s'enroulent au doigt de Karlie (Kloss), Alessandra (Ambrosio), Miranda (Kerr) ou Candice (Swanepoel), les top models ravies s'empressent d'instagrammer leur alliance personnalisée. En une semaine, sa communauté s'agrandit, le chat de son site explose, le gros buzz, "avant, j'avais 5 % de mes ventes aux USA, après 45 %, j'ai dû prendre une attachée de presse à New York". Il faut dire que chez Thea Jewelry, elles ne sont toujours que deux, avec Audrey, sa collaboratrice, ultra polyvalentes, à tout gérer, faire les paquets, les noeuds, les envoyer par UPS, prendre des photos, "pas de selfies, mais des moments de vie, des moods, ce n'est pas artistique, je ne suis pas photographe, je ne réfléchis pas... Ma force en termes de visibilité, ce sont mes réseaux sociaux, c'est un canal, je ne peux pas cracher dessus." Depuis, Emilie Duchêne a fait évoluer sa collection. Elle privilégie toujours l'or fin 18 carats mais également l'argent et le vermeil, avec diamants blancs, noirs ou pierres de couleur et crée aussi des colliers, des bracelets, des boucles d'oreilles et des boutons de manchettes personnalisables - un prénom, des initiales, un coeur, une étoile ou tout autre emblème symboliquement unique. Tel ce "Hope" qui déroule ses cursives sur une bague en édition limitée jusque fin septembre, un bijou qui "incarne le combat, l'espoir et l'amour d'une mère" pour son petit Oscar, atteint d'une maladie rare, la Dystrophie Musculaire de Duchenne, et destiné à soutenir l'association qu'elle a lancée, Little O against DMD. Cela fait sens pour Emilie qui a tenu à inscrire en exergue de son site : "La vie est parsemée de rencontres qui comptent et de moments magiques/ De rires. De larmes. De coups de coeur/Qui rendent chaque vie unique/ Mais elle file la vie, elle file/ Qu'attendons-nous pour la célébrer davantage ?" Une maison à pimper Elle ne doute guère, "tout est encore à inventer" - permettre à chacune de concevoir son bijou perso sur le site et le visualiser en 3 D, c'est pour novembre, ou lancer avec son amie une marque de bijoux qui ne soit pas un concept, c'est pour l'année prochaine. "Je n'ai pas peur de me planter, je tiens cela de mon père qui me répétait : "Fais, bosse, ne regrette pas de ne pas avoir fait et inchallah."" C'était d'ailleurs son état d'esprit quand il s'est agi de déménager, trouver le nid qui lui conviendrait. Il lui a suffi de traverser la rue, c'était en novembre 2015, quitter l'ancien appartement, "où les filles ont vécu leurs premières années", et s'installer dans cette villa pour s'en trouver bien. "Pourtant, ce n'était pas mon truc, confie Emilie Duchêne, elle est tout de même jaune et vert ! Et puis je cherchais une maison moderne mais on est tombés amoureux de son côté petit cottage. Je me suis dit qu'on pouvait la pimper un peu, avec des objets contemporains, mélanger, elle dégage de bonnes ondes." Elle date de 1926, c'était à l'origine "une maison de plaisance et de week-end dans les bois", agrandie en 1980 et entourée d'un jardin "hyper charmant", 32 ares plantés de Corylus Colurna, de Castanea Sativa, de Sorbus Torminalis, tous centenaires, tous classés, tous étiquetés et que contemple un lapin jaune débonnaire. Ajoutez-y le trampoline, une balançoire et un bac à sable, une cabane pastel et le tableau est complet, ne manquent que les filles qui rentrent à l'instant de l'école - "Maman, j'ai du sang sur mon genou", annonce la grande tandis que la petite dévoile ses trésors du jour, deux cailloux qu'elle serre dans ses mains encore potelées, elle a 3 ans "comme ça". C'est à l'évidence une maison enfants admis, Emilie s'en amuse, "Je ne cache rien, tout est apparent, la salle de jeux, avec tout dedans, les dînettes dans la cuisine et du rose au mur, j'ai abdiqué complètement, cela leur fait tellement plaisir." Emilie rêvait d'une villa design, il en reste des traces, dans le mobilier que son père lui a offert et dans lequel elle a grandi. Parfois même il s'agit de meubles qu'il a commandés pour les boutiques et qui finissent ici leur parcours, elle appelle ça des "cadeaux de vie" - des fauteuils Mies van der Rohe, les Side Chairs de Bertoia, la table basse de Gae Aulenti pour Fontana Arte et, dans la chambre parentale, le luminaire Fortuny reçu de sa mère. Pour le reste, elle ne craint pas les mélanges - des objets chinés rue Haute ou rue Blaes, le quartier bruxellois des puces, des souvenirs de voyage, un plateau en laine venu d'Essaouira, des coussins verts trouvés à Ibiza, une chaise bleue dénichée au Design Vintage Market. Ses murs, elle les pare à l'instinct, de photos et de tableaux qu'elle trouve "dingues", Kate Moss par David Sims, Naomi Campbell par Michel Comte, des portraits de Mick Jagger et Keith Richards qui trônaient sur sa liste de mariage, le seul cliché qui n'a pas trouvé grâce aux yeux de son mari, c'est celui de Marc Jacobs surmaquillé, bouche rouge brillant et yeux fardés - "ça lui fait peur".Elle lui a accordé une autre concession : un robot sur l'appui de fenêtre, le Stormtrooper de Star Wars, qui fait écho à son adolescence à lui. Elle confesse qu'elle n'a "pas un style bien défini", que cela ne la dérange pas de mixer plein de choses, "je n'ai pas peur de la couleur ni d'un vieux bougeoir à côté d'un vase cactus, encore moins d'une dînette full Ikea pour les filles, on était partis sur une maison design et on a terminé sur un petit cottage cosy". Dans la cuisine, quatre poissons rouge et noir font leur 4 X 100 m nage libre, Thea a appelé les deux siens Cygne bijou et Princesse, Ellea, Frite et Ketchup. www.thea-jewelry.com