Si des créateurs et artistes ultranovateurs n'avaient pas porté ce mouvement révolutionnaire, notre vision du design aurait clairement été différente. Sans Rietveld, pas de Rem Koolhaas, de Le Corbusier ou de Bauhaus. Et sans Mondrian, pas de Rothko. En 1917, tandis que le reste de l'Europe ploie sous le poids de la guerre et que les Pays-Bas invoquent une prudente neutralité, à Leyde, Theo Van Doesburg lance avec quelques artistes (Piet Mondrian, Bart Van der Leck, Gerrit Rietveld, Vilmos Huszar et notre compatriote Georges Vantongerloo) une revue qui va rapidement se muer en un courant artistique à part entière. Son nom : De Stijl. Son ambition : façonner une nouvelle société moderne, avec des habitations aux lignes sobres, un design industriel et une création artistique abstraite. Son grand credo : la simplicité avant tout.
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Si des créateurs et artistes ultranovateurs n'avaient pas porté ce mouvement révolutionnaire, notre vision du design aurait clairement été différente. Sans Rietveld, pas de Rem Koolhaas, de Le Corbusier ou de Bauhaus. Et sans Mondrian, pas de Rothko. En 1917, tandis que le reste de l'Europe ploie sous le poids de la guerre et que les Pays-Bas invoquent une prudente neutralité, à Leyde, Theo Van Doesburg lance avec quelques artistes (Piet Mondrian, Bart Van der Leck, Gerrit Rietveld, Vilmos Huszar et notre compatriote Georges Vantongerloo) une revue qui va rapidement se muer en un courant artistique à part entière. Son nom : De Stijl. Son ambition : façonner une nouvelle société moderne, avec des habitations aux lignes sobres, un design industriel et une création artistique abstraite. Son grand credo : la simplicité avant tout. La revue elle-même n'existera que pendant quelques années, comptant à peine 300 abonnés. Mais l'histoire lui donnera une seconde vie : le mouvement va conquérir le monde, grâce à des artistes qui, unis et convaincus de sa pertinence, vont répandre ses formes et sa philosophie en divers endroits du globe. De Stijl ne se contentera pas de laisser quelques traces : ce sont carrément ses empreintes qui, aujourd'hui, restent perceptibles. En particulier aux Pays-Bas, où son audacesera célébrée cette année un peu partout à travers des expositions majeures. L'occasion d'aller faire un tour chez nos voisins du nord...C'est en 1917, dans la jolie ville de Leyde où naquit Rembrandt, que Theo Van Doesburg et Piet Mondrian fondent leur revue avant- gardiste De Stijl. Aujourd'hui, dans le musée en plein air du Lakenhal, au coeur du quartier du Pieterskerkhof, on peut y admirer une reconstitution à grande échelle absolument unique : celle d'une " maison d'artiste " imaginée en 1923 par Van Doesburg et Cornelis van Eesteren... mais qui n'a jamais vu le jour. Le prototype original a été perdu. Mais les plans, basés sur une oeuvre de Mondrian et relayés par diverses publications, ont constitué une précieuse source d'inspiration pour bon nombre d'architectes modernes. Autant dire une icône, qui a marqué le début de tout un courant stylistique. Le long du Kortegracht, à Amersfoort, se dresse la demeure qui a vu naître et grandir Piet Mondrian. Alors que plus rien, ici, ne rappelait son passage suite au départ de sa famille, l'adresse est (re)devenue un lieu phare. Pour les inconditionnels du peintre, cette maison-musée propose un regard unique sur le parcours qui a emmené l'artiste à Winterswijk, Amsterdam, Paris, Londres et, enfin, New York, où il mourut dans la solitude en 1944. Apothéose de la visite : la récente reconstitution grandeur nature de son atelier - aujourd'hui disparu - de la rue du Départ, à Paris, où Mondrian imagina ses plus grandes oeuvres. Haut lieu de la vie artistique parisienne, l'endroit fut notamment fréquenté par Malevitch, Kandinsky ou Kertesz, qui étaient fascinés par ses murs couverts de formes géométriques évoquant les tableaux du maître. Notons que la Maison Mondrian abrite également quelques paysages datant de la période figurative de l'artiste. L'histoire du mouvement De Stijl n'est pas faite uniquement de grandes amitiés. Theo Van Doesburg, par exemple, n'avait pas un tempérament facile et ne s'entendait pas avec tout le monde. Même si cela peut aujourd'hui sembler impensable, la célèbre mécène Helene Kröller-Müller préférait à Piet Mondrian son homologue Bart Van der Leck, qui s'est distancié du mouvement dès 1918, tout en continuant à bénéficier d'un large soutien de la famille. Voilà pourquoi les Kröller-Müller possèdent aujourd'hui bon nombre de ses oeuvres... et nettement moins de signatures Mondrian. Ce qui n'a pas empêché leur musée d'Otterlo de devenir une véritable institution en Europe, notamment grâce à son exceptionnelle collection Van Gogh. A côté des oeuvres de Van der Leck, on peut admirer, dans les jardins, le pavillon de sculptures tout en percées et en parois transparentes. Dessiné en 1955 par Gerrit Rietveld, il apparaît comme un exemple tardif d'une construction géométrique dans la plus pure tradition du Stijl. Difficile de trouver une construction moderne occidentale qui a fait couler plus d'encre que cette habitation. Dessinée en 1924 pour la veuve Truus Schröder et ses trois enfants, par l'architecte et fabricant de meubles Gerrit Rietveld, à une époque où 99 % des bâtisseurs privilégiaient un style classique, cette création a fait l'effet d'une bombe. Il faut la voir et la " sentir " pour comprendre que l'architecte visionnaire, en réalité, a ici respecté les règles duStijl, en imaginant une sorte de " meuble habitable " en trois dimensions, une grande ode au carré, à la ligne droite et aux couleurs primaires. Les murs ont été, autant que possible, remplacés par des portes coulissantes afin de créer un espace de vie ouvert inédit, où s'estompe la frontière entre l'intérieur et l'extérieur. Une approche " évidente " dans l'architecture contemporaine mais qui ne l'était pas du tout dans l'entre-deux-guerres. Bon à savoir : pour compléter la visite, la ville d'Utrecht propose des circuits de promenade à pied ou à vélo, à la découverte des autres oeuvres de Rietveld. Et jusqu'au 11 juin prochain, une grande exposition lui est consacrée au Centraal Museum. L'influence des jeux de formes géométriques du Stijl reste perceptible à ce jour dans notre manière de concevoir le design. Comme l'illustre brillamment l'exposition que le musée communal de La Haye consacre à ses bâtiments et à ses intérieurs, le mouvement a marqué notre urbanisme, notre architecture, nos Arts décoratifs et même... notre vaisselle. En parallèle, l'institution organise une expo à la découverte de Mondrian. L'artiste, réputé pour son sens de l'humour, grand amateur de jazz et de danse, était aux premières loges pour applaudir Joséphine Baker à Paris en 1925, et on l'a revu en 1941 aux côtés de Thelonious Monk à New York, où il a peint ses célèbres Boogie Woogies. Riche d'une collection d'art moderne remarquable, le musée lui rend l'hommage qu'il mérite, à travers ses plus belles oeuvres et une foule de documents biographiques. Architectuur en interieur. Het verlangen naar Stijl, du 10 juin au 17 septembre prochains. On ne s'attendrait pas à trouver des perles du Stijl au fin fond de la Campine. Pourtant, c'est bien dans le petit village de Bergeijk, à un jet de pierre de la frontière belge, que se dresse l'une des plus belles usines construites aux Pays-Bas lors de l'après-guerre. Imaginée en 1958 par Gerrit Rietveld, cette construction en béton aux toits en dents de scie, entourée d'un superbe jardin dessiné par la paysagiste Mien Ruys, abritait jadis les ateliers de De Ploeg, une entreprise textile sollicitée par tous les créateurs d'avant-garde. Ses métiers à tisser ont aujourd'hui disparu, mais ses vastes halles ont été reconverties en salles d'exposition, ouvertes aux curieux jusqu'à fin décembre. A compléter par un parcours " safari " qui, dans le village, s'arrête devant quelques oeuvres de Rietveld. En 1926, Theo Van Doesburg a l'occasion de concevoir, en collaboration avec Jean Arp et son épouse Sophie Taeuber-Arp, la nouvelle salle des fêtes du bâtiment de l'Aubette, à Strasbourg. Rapidement surnommé " la chapelle Sixtine de l'art moderne ", cet ensemble aux murs et plafonds couverts d'aplats de couleurs primaires " façon Mondrian " illustre parfaitement le rapprochement des arts plastiques et de l'architecture dans le courant des années 20. Suite au réaménagement des lieux dans les années 30, on a longtemps cru que l'endroit avait été détruit. Mais il y a quelques années, le décor a été redécouvert et entièrement restauré. Une petite halte s'y impose, puisque le palais est accessible au public. Une alternative ? La reconstitution et l'exposition connexe organisée au musée Van Abbe, à Eindhoven, qui abrite par ailleurs l'une des plus riches collections d'art moderne des Pays-Bas. Dans le nord des Pays-Bas, la petite ville de Drachten possède quelques " reliques " assez exceptionnelles. C'est là que Theo Van Doesburg s'est vu confier, en 1921, sa première commande majeure : le choix des couleurs d'une série de nouvelles maisons d'habitation. Son concept original, basé sur une palette de rouge, jaune et bleu, a aujourd'hui été remis à l'honneur après avoir été un temps escamoté suite à des critiques virulentes. On doit également à l'artiste quelques décors intérieurs, dont un, restauré dans toute sa splendeur, est aujourd'hui une maison-témoin ornée des meubles originaux de Rietveld et Gispen. Rebaptisé Musée Dr8888, cet authentique bijou du Stijl, dont les vieilles peintures ont été retrouvées sous des couches de papier peint, accueille actuellement une exposition consacrée à divers projets inspirés par le mouvement. On peut aussi y glaner des infos sur un autre monument, situé à quelques kilomètres : l'ancienne école d'aviation civile d'Eelde, l'une des dernières créations de l'artiste Bart Van der Leck, qui contribua à lui donner forme en 1953. Bien vu : depuis peu, le bâtiment a été reconverti en laboratoire destiné aux artistes et créateurs... et il vaut le détour.