Au commencement, il y avait Delvaux, maison de maroquinerie bruxelloise, au savoir-faire et à la créativité inégalés. La seule qui ait su perdurer au fil du temps, bientôt 190 ans à son actif quand même.
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Au commencement, il y avait Delvaux, maison de maroquinerie bruxelloise, au savoir-faire et à la créativité inégalés. La seule qui ait su perdurer au fil du temps, bientôt 190 ans à son actif quand même. Cette dernière décennie, de nouveaux acteurs belges ont pointé leur nez. Lilu et son atelier, installé dans la capitale également, où les modèles peuvent être personnalisés selon les envies de la cliente, Clio Goldbrenner et son logo en cotte de maille ultradésirable, Rusée et Eric Beauduin et leurs peaux recyclées, Yeba et ses sacs pour femmes actives, Dcember et son cabas customisable, Passerin et son inspiration architecturale, Marie Martens, ses références parisiennes et son incontournable seau frangé, NO/AN, marque belgo-finlandaise et sa ligne d'intemporels en cuir souple, à l'esprit slow... Sans oublier tous ces labels de mode qui ont commencé à intégrer ce genre d'articles dans leurs collections, comme Essentiel ou Xandres. Au cours des douze mois écoulés, la tendance n'a pas faibli, que du contraire, avec le lancement de pas moins de quatre nouvelles griffes : Marvais, Wali Mohammed Barrech, Kaai et Du Matin au Soir. " C'est un phénomène assez récent chez nous, alors que la France entretient depuis très longtemps un rapport privilégié avec la maroquinerie. Il suffit de penser à des maisons de luxe comme Louis Vuitton, Goyard et Hermès, pour s'en convaincre ", analyse Didier Vervaeren, responsable du Master Accessoires à L'Ecole nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, en collaboration avec la section maroquinerie de l'Institut Jeanne Toussaint - Campus des Arts et Métiers. Comment expliquer ces nombreuses et récentes naissances ? A l'inverse de ce qui se passe chez nos voisins de l'Hexagone, notre marché n'est pas encore saturé ; certains besoins ne sont pas non plus comblés. Et puis, pour tout qui souhaite exercer dans la mode sans pour autant avoir le cursus adéquat et les connaissances, ce secteur permet de se lancer sans trop de contraintes. Plus aisé que les chaussures, où il est question de pointures et de chaussant confortable. Plus facile que le prêt-à-porter, qui nécessite des tailles différentes, une saisonnalité et touche aux complexes des femmes. L'investissement est raisonnable, les quantités de production aussi, un même modèle pouvant être décliné en différentes teintes et fabriqué localement. " Le sac permet de développer sa créativité, de travailler des matières nobles et d'imaginer un produit qui va toucher une large gamme de clientes ", considère Millie Rolin Jacquemyns, fondatrice de la plate-forme web Story to Line, qui met en avant des labels belges émergents. Mais tout n'est pas rose pour autant. Certains s'y sont d'ailleurs cassé les dents. La concurrence existe bel et bien, surtout si les formes des besaces se limitent à être basiques et sans grande créativité. " Il suffit d'une face, d'un dos et de côtés pour construire un sac, résume Didier Vervaeren. Mais il faut qu'il ait une attitude, de l'allure, pour susciter l'engouement. " Les tarifs pratiqués par les labels belges posent aussi question, quand ils grimpent à plusieurs centaines d'euros. Pour la cliente, la tentation de leur préférer un accessoire français ou italien, griffé d'un logo bien connu, devient alors grande. Et le prof de La Cambre de poursuivre : " Il faut soit positionner son produit avec un prix nettement plus bas, soit justifier ce montant par une valeur créative, une technique, un style. " Mais la responsable de l'e-shop Story to Line veut être confiante et croit déjà au changement de comportement des consommatrices belges. " Le sac est souvent considéré comme un des premiers investissements, quand on est sensible à la mode. C'est l'accessoire pour lequel on va consacrer un budget conséquent. Par ailleurs, les femmes ont de plus en plus envie d'arborer un modèle exclusif, de qualité, qu'elles ne croisent pas partout en rue. Elles sont aussi sensibles à l'empreinte écologique et au caractère local de leurs achats. " Et quoi de mieux qu'un objet en cuir, pensé en Belgique, qui ne se démode pas, peut être porté à toute saison, et même transmis de mère en fille ?Parce que l'intérieur des sacs ressemble souvent à un joli désordre, parce que les sacoches d'ordinateur sont tout sauf élégantes et parce que les it bags ne sont pas conçus pour transporter tout ce dont on a besoin au quotidien, les créatrices de Kaai ont imaginé un nouveau concept de sac à main. Fonctionnel et organisé, il possède une vingtaine de poches intérieures. Beau, en cuir imperméabilisé et traité contre les taches, puisque tel était le souhait des femmes actives qui les ont inspirées. A noter que les deux fondatrices du label ne sont pas des novices dans la mode et le retail : Helga Meersmans est l'ancienne directrice des ventes à l'international de Wolford et Ine Verhaert était CEO de Veritas, avant de démissionner pour développer ce projet. Ensemble, elles ont imaginé quatre modèles, présentés depuis août dernier, dans leur boutique-studio d'Anvers. www.kaai.eu Le point de départ de Marvais, griffe gantoise lancée il y a pile un an par Marie Libeert et Valérie Vanermen, respectivement ex-responsable marketing pour une marque de cigares et ex-architecte d'intérieur ? Imaginer des accessoires intemporels et épurés, à mille lieues des it bags à logo, qui se démodent après une saison. Les formes se veulent graphiques et originales, qu'il s'agisse d'une demi-lune pour le modèle Simona ou d'un pentagone pour le Culotte. Effet de détail, l'intérieur des sacs est en daim et joue sur les contrastes de couleurs. Fabriqués en Tunisie avec du cuir végétal tanné en Belgique, ils sont notamment vendus chez Icon, à Bruxelles, et Ygreque, à Liège. www.marvais.be Chez Du Matin au Soir, il y a de jolies pochettes, des porte-cartes et étuis à lunettes, mais surtout des boîtes à bijoux, le produit-phare de ce jeune label, lancé l'an dernier. Comme souvent, c'est parce que les deux fondatrices ne trouvaient pas d'offre valable sur le marché qu'elles ont décidé de développer leur marque. Par le passé, Katarina de Demandolx travaillait pour la maison de joaillerie Chaumet, tandis que Coralie Enthoven a acquis une large expérience dans la maroquinerie. En résulte une boîte en cuir zippé dont les pans coupés et graphiques évoquent la taille d'une émeraude. L'objet est fabriqué en Italie et décliné dans une dizaine de coloris. Le tout peut être personnalisé en option, qu'il s'agisse d'y graver un mot doux ou d'y faire graffer quelques motifs par un artiste parisien. A voir sur l'e-shop de la marque ou chez AXL Jewelry, à Bruxelles. www.dumatinausoir.com Son nom évoque immédiatement l'ailleurs, une histoire peu conventionnelle. Ce créateur allemand d'origine pakistanaise a grandi entre ces deux pays, avant de passer par Copenhague et d'atterrir à l'Académie des beaux-arts d'Anvers, section mode. Lancée il y a un an, la collection Wali Mohammed Barrech est entièrement confectionnée à la main en Belgique - une journée et demie est nécessaire pour fabriquer un modèle. S'y mêlent cuirs de luxe et matières simples, comme la mousse et la fibre acrylique. Remarquables, les sacs Frame sont composés d'une seule pièce de cuir, assemblée par quelques vis au lieu de classiques coutures. Le détail qui fait mouche ? Chaque pièce est accompagnée d'un petit support en plastique, histoire que sa propriétaire puisse le déposer sur une surface propre et sèche. www.walimohammedbarrech.com