Rien ne prédestinait Manuel Mallen à devenir un précurseur du luxe éthique et écoresponsable. Fils unique, ce natif de Montbéliard, en Bourgogne Franche-Comté, rencontre un jour, par hasard, le directeur financier de Cartier lors d'un tournoi de tennis auquel ils participent tous les deux à Biarritz. A l'époque, le groupe Richemont, auquel appartient la marque de bijoux, vient de racheter les griffes Piaget et Baume & Mercier... Le gestionnaire rappelle Manuel quelque temps plus tard et lui propose de partir en Suisse, travailler pour Piaget. "Je m'apprêtais à accepter un poste d'attaché culturel en Zambie", se souvient-il. L'homme débute fin des années 80 comme stagiaire mais fait rapidement preuve de bon sens et d'organisation, jouant le lien entre le service marketing, le département commercial et la création. "Piaget était une toute petite structure. On était vraiment dans l'artisanat haut de gamme", raconte celui qui considère avoir eu la chance d'arriver au bon moment: "Je décrochais des missions en passant dans les couloirs." Il deviendra responsable de la prévision, au niveau de la production, et finira par diriger Baume & Mercier.

Dans le luxe, on veut que ce soit éthique et beau à la fois.

En 2015, l'un des fournisseurs de Manuel l'emmène à Anvers pour découvrir les diamants de synthèse: "Il avait avec lui des outils d'analyse et nous avons constaté qu'il était impossible de différencier à l'oeil nu ces pierres de celles extraites des mines, ça a été un choc!" L'idée de repenser l'univers du luxe pour qu'il réponde aux exigences de notre temps commence à germer dans la tête du Français. Pour lui, "quand on va au restaurant, on aime que les plats soient bio; mais on préfère avant tout que ce soit bon! Dans le luxe, c'est pareil, on veut que ce soit éthique et beau à la fois." Marie-Ann Wachtmeister, une talentueuse créatrice suédoise, entend parler du projet. Ils se voient et approfondissent la réflexion quant au lancement d'une ligne porteuse de valeurs green. "Il faut extraire plusieurs dizaines de tonnes de minerai pour trouver un carat de diamant, soit 0,2 gramme, ce qui est une aberration écologique!", dénoncent-ils.

En parallèle, Manuel prend conscience que l'extraction de l'or est une hérésie puisqu'il y en aurait plus hors de terre que sous la terre. Sans compter que les conditions d'exploitation des sites sont génératrices de conflits, d'expropriations ou de destructions de réserves naturelles. Le parti de n'utiliser que la version recyclée de cette matière est pris. Reste à trouver un nom à cette envie de changement. Au cours de diverses recherches, Manuel Mallen découvre que Gustave Courbet (1819-1877), le célèbre peintre qui signa L'Origine du monde, participa à la Commune de Paris et qu'il fut de ceux qui firent tomber la Colonne Vendôme, symbole des guerres napoléoniennes, dans l'espoir de la remplacer par un monument à la gloire de la paix... Il n'en faudra pas plus pour convaincre l'homme d'affaires de choisir ce patronyme pour sa marque.

Désormais, la maison de la place Vendôme a pris son envol. Elle a également lancé une gamme de bracelets avec des cordons en coton bio. Sur chaque vente, l'enseigne reverse 15% à des causes qui la touchent, en fonction de la couleur de l'accessoire choisi: vert pour la reforestation, jaune pour la sauvegarde des abeilles, noir pour la biodiversité marine... Courbet vient par ailleurs de finaliser la vente du plus grand diamant de labo au monde, soit un spécimen de 9 carats! "Quoi qu'il arrive, les mentalités changent dans le secteur et nous faisons partie des leaders de ce changement", se réjouit l'initiateur de cette écocollection qui officialisera bientôt sa collaboration avec l'artiste environnementaliste belge Naziha Mestaoui, qui avait illuminé la tour Eiffel pour la COP21.

En chiffres

Il faut environ 1 tonne de roche pour extraire 3 grammes d'or et plusieurs dizaines de tonnes de minerai pour extraire 1 carat de diamants (0,2 g).

10 à 15% de l'or recyclé utilisé par Courbet provient de matériel informatique.

Les diamants de synthèse représentent entre 1% et 2% d'un marché mondial des diamants estimé à plus de 80 milliards de dollars.

A partir de 2019, l'extraction de diamants de mine devrait diminuer de 2 à 5% par an alors que la demande ne cesse de croître.