Awol Erizku est né il y a 29 ans en Éthiopie, a grandi dans le Bronx, mais vit aujourd'hui à Los Angeles. Lorsqu'il était jeune, il n'ambitionnait absolument pas de devenir un artiste. "Les cours d'histoire de l'art étaient toujours un grand moment d'ennui", dit-il dans une interview au New York Times. "J'ai compris que ça venait du fait qu'on n'y voyait que des corps blancs. Lorsqu'on a dû analyser la jeune fille à la perle de Vermeer, j'ai eu comme un déclic. A ce moment je me suis dit que je voulais créer des oeuvres avec des personnes qui me ressemblaient plus à moi-même, à mes soeurs ou encore ma grand-mère. Et que ces oeuvres pourraient rentrer dans l'histoire de l'art."
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Awol Erizku est né il y a 29 ans en Éthiopie, a grandi dans le Bronx, mais vit aujourd'hui à Los Angeles. Lorsqu'il était jeune, il n'ambitionnait absolument pas de devenir un artiste. "Les cours d'histoire de l'art étaient toujours un grand moment d'ennui", dit-il dans une interview au New York Times. "J'ai compris que ça venait du fait qu'on n'y voyait que des corps blancs. Lorsqu'on a dû analyser la jeune fille à la perle de Vermeer, j'ai eu comme un déclic. A ce moment je me suis dit que je voulais créer des oeuvres avec des personnes qui me ressemblaient plus à moi-même, à mes soeurs ou encore ma grand-mère. Et que ces oeuvres pourraient rentrer dans l'histoire de l'art." Sitôt dit, sitôt fait. Il a étudié l'art, fait des stages notamment chez David LaChapelle et réussi à attirer l'attention de l'élite artistique grâce à ses pages Tumblr et Instagram, où il publiait ses portraits de blacks qui faisaient bouger New York, ou autrement dit les 'movers and shakers of New York'. Il les a présentés à la manière d'une galerie : seulement accessibles certains jours et certaines heures, le reste du temps celles-ci restaient privées. En 2012, il a sa première expo en solo à la galerie new-yorkaise Hasted-Kraeutler. Black and Gold était une série de portraits représentant des noirs dans des rôles qui étaient normalement stéréotypés pour des blancs dans les tableaux classiques. Et qu'est-ce qu'on trouvait aussi accroché au mur ? La fille à la boucle d'oreille en bambou, la version personnelle de Erizku de La jeune fille à la perle. Teen VenusCela n'a rien de surprenant que Beyoncé ait choisi Awol Erizku pour faire la photo de sa grossesse et puis celle de la présentation de ses jumeaux. La star affiche en effet de plus en plus son héritage et son rôle de modèle pour les jeunes filles black. Son dernier album Limonade, qui est accompagné d'un documentaire vidéo, montre les points positifs et négatifs d'être un noir en Amérique aujourd'hui. L'album a été encensé et la diva que l'on accusait parfois de vouloir éclaircir sa peau y a pris un virage radical. Les photos inspirées de l'époque de la renaissance sont un clin d'oeil à une autre oeuvre de l'artiste, la "Teen venus" qui est, elle, inspirée de la célèbre Venus de Botticelli. Pour Awol Erizku, c'était une belle occasion de prolonger son oeuvre qui a toujours été inspirée par la popculture. Pratiquement toutes ses oeuvres, installations et photos ont un titre d'un numéro de hip-hop. Chacune de ses expositions est accompagnée d'un mix qui permet de mieux s'imprégner des oeuvres. Il y a deux mois, l'artiste exposait à Bruxelles avec Purple Reign, une exposition qui rendait hommage au rappeur Futur.Post-black artBien qu'il ne réalise qu'essentiellement des portraits de gens à la peau colorée, il insiste sur le fait qu'il ne fait pas de l'art noir. Le fait qu'on le compare sans cesse au peintre Kehinde Wiley est très frustrant pour lui. "Je respecte son travail, mais, mis à part les thèmes afro-américains, on n'a que peu en commun. Lorsque je fais de l'art, je préfère être comparé à Andy Warhol ou Richard Avedon". Avec ce genre de déclaration, Awol Erizku se positionne comme un it-kids d'aujourd'hui du post-black art movement.Post-black art est un dérivé du Black Arts Movement d'Amiri Baraka (Leroi Jones), qui utilisa les tensions entre blancs et noirs dans les années 60 et 70 après la mort de Malcolm X pour lancer des instituts artistiques, des magazines, des maisons d'édition et de nouveaux genres d'expression qui s'éloignaient radicalement de la vision occidentale. Dans le post-black art, les artistes remercient la société pour toutes les chances qu'ils ont eues tout en la jugeant pour les discriminations qui persistent. Post-Basquiat et post- BiggieC'est Thelma Golden, directrice du Studio Museum de Harlem qui inventa ce terme en 1994 lors de l'exposition Black Male: Representations of Masculinity in Contemporary American Art dans le renommé musée Whitney. Mais il ne se popularisa vraiment qu'en 2001 par l'artiste visuel Glenn Ligon et Thelma Golden. Il se voulait le reflet d'un nouvel état d'esprit parmi la nouvelle génération d'artistes afro-américains et annonçait aussi une préoccupation raciale parallèle chez les artistes afro-américains qui épousaient volontiers la contradiction consistant à faire de l'art noir sans avoir recours à une "noirceur" archétypale. La grande différence entre black art movement et le post-black art est la façon dont la culture occidentale a intégré la culture black- surtout le hip-hop. "Post-black art c'est à la fois du post-Basquiat et du post-Biggie", selon Golden, interviewée par Vice.Le hip-hop représente une industrie qui vaut près de 10 milliards selon Forbes. Une étude de la Kaiser Family Foundation indique que 65% des enfants qui ont entre 8 et 18 ans écoutent quotidiennement du rap. La vague la plus récente du post-black essaye de jongler entre la manne de la culture hip-hop appréciée par la masse et la réalité d'être un noir aux USA. Où la violence policière n'est jamais loin, tout comme le chômage et la prison. Être noir en Amérique signifie qu'on peut être un jour président, mais aussi se faire tuer parce qu'on porte un pull à capuche. Visibilité Pour les artistes qui ne sont pas blancs, c'est surtout une question de visibilité dit Jeff Chang, le président de l'Institute for Diversity in the Arts à la Stanford University et auteur de Who We Be: The Colorization of America. "Avant, ce dont il devait surtout s'inquiéter c'était de se faire reconnaître, maintenant il s'agit plus de savoir comment ils peuvent changer la manière dont ils sont perçus", selon Chang dans Vice.Erizku n'est pas porté sur l'exclusivité. Il n'a d'ailleurs pas envie de faire de l'art noir pour des noirs. Il souhaite être universel. C'est justement parce qu'il mixte de la culture populaire avec de nouveaux médias populaires que son travail est tellement accessible aux nouvelles générations. Et c'est aussi grâce à cela que ces mêmes générations grandissent dans un monde où on ne tiendra plus compte de la couleur de la peau d'un artiste, mais bien de son oeuvre.