Elle a quasi fini l'été 18, c'est la mode qui dicte cela, même si le timing de la vie réelle veut que l'on soit encore en 2017. De cette collection de saison, elle porte sa pièce favorite : une chemise à col Mao, carreaux fins façon essuie de cuisine et vraie poche, fonctionnelle, " toujours chez Rue Blanche ", de même sur les jupes et les robes, " pour l'attitude ".
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Elle a quasi fini l'été 18, c'est la mode qui dicte cela, même si le timing de la vie réelle veut que l'on soit encore en 2017. De cette collection de saison, elle porte sa pièce favorite : une chemise à col Mao, carreaux fins façon essuie de cuisine et vraie poche, fonctionnelle, " toujours chez Rue Blanche ", de même sur les jupes et les robes, " pour l'attitude ". Des hauts de ce genre, elle pourrait en créer... sa main suspendue dans l'air donne une vague idée de la quantité, quand on aime on ne compte pas. Sa préférence a naturellement un lien avec son côté masculin, son goût pour le confort et le savant dosage entre l'habillé et le nonchalant. Si on calcule bien, c'est sa douzième collection pour cette griffe dans laquelle elle s'est fondue. Elle murmure un " sans doute " en s'excusant : " Je suis nulle dans les dates, j'oublie tout, ce qui me sert parfois ", ne pas s'appesantir sur les trucs moches, par exemple, pas de rancune, " je ne garde rien, à part les magazines ". Longtemps, elle les a collectionnés, mais elle a arrêté, c'est qu'il lui faut de la place chez elle pour son petit Ari, 18 mois, cela change les perspectives, n'est-ce pas ? Elle est donc arrivée au printemps 2011 dans la famille Rue Blanche, laquelle fête son trentième anniversaire cette année avec des collaborations cosignées K.Jacques, Delbôve et Isabelle de Borchgrave, cet été, K-Way, Spring Court et Faliero Sarti, pour l'hiver. Pour honorer ces trois décennies, et la réussite qui va avec, elle n'a pas eu le sentiment de devoir relever de challenge. Elle a simplement poursuivi sur sa lancée, encouragée par Marie-Chantal Regout, la fondatrice de la maison, qui en a confié les rênes à ses deux filles Astrid et Aude - la transmission comme valeur fondamentale. A l'image de ce vestiaire construit autour d'une aspiration : " Créer le vêtement ultime, juste, élégant et moderne. " Elles parlent la même langue, si bien que lorsque Céline fouille dans les archives, elle en ressort des trésors, des liquettes d'il y a vingt ans, impeccables, qu'il faut à peine " remettre au goût du jour " et qui lui inspirent ce commentaire éclairé adressé à Marie-Chantal : " Tu as tout fait. " Et si Céline n'a pas dû se forcer quand elle s'est mise à dessiner à ses côtés, c'est parce qu'avant, elle s'habillait déjà en Rue Blanche, y voir de la cohérence. Et une certaine exigence, elle reconnaît qu'elle est " control freak " et, avec une petite grimace chiffonnée se confesse : depuis qu'elle s'en est rendu compte, " c'est pire ". Il faut dire qu'elle a été à bonne école, elle a eu son label à elle, peu de moyens, beaucoup d'envies, ça laisse des traces, elle y faisait tout, " de A à Z ", elle aimait ça. Elle a d'abord étudié l'histoire de l'art, sans songer un instant à la mode, plutôt au graphisme. Ado, elle avait appris la peinture à l'académie de Woluwé, elle appréciait l'acrylique et l'abstraction mais ne s'était pourtant jamais imaginée peintre - " Je suis une fille raisonnable, pas bohème. " En 2000, elle s'inscrit en stylisme à la haute école Francisco Ferrer, pour son côté pratique et technique, elle sait ce qu'elle veut. Quand elle en sort, trois ans plus tard, elle a posé les fondations de son label, à son nom. Très vite, elle ouvre sa boutique-atelier, qu'elle baptise Le Vestiaire. On est en 2004, cela se passe rue des Chartreux, c'est une jolie expérience menée de front avec une autre créatrice, Caroline Foulon, qui pratiquait la maille. " Tout était fabriqué en Belgique, en petite série. J'y ai rencontré des clientes qui sont devenues mes amies. Elles portent toujours mes pièces aujourd'hui, c'est mon plus grand bonheur. " Que l'on n'ait crainte, Céline Collard en a d'autres - voir et revoir en boucle l'oeuvre filmée d'Eric Rohmer, se plonger dans les toiles de Rothko ou David Hockney, compter ses vingt pulls bleu marine, s'ennuyer - " je peux faire cela très bien " - et se réjouir des surprises, celles que lui réserve la découverte d'une collection fraîchement déballée, de retour de l'atelier, dans laquelle elle puisera son coup de coeur, un synonyme d'épure, une chemise fétiche qu'elle portera sans fin.