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"Le temps fait bien les choses chez Hermès et nous avançons à notre propre rythme", affirme d'emblée notre guide du jour, alors que nous pénétrons dans le temple du carré, en Isère. Dans ce territoire vallonné entre Lyon et Grenoble, se trouvent divers ateliers qui appartiennent à Hermès ou collaborent étroitement avec le groupe français. D'un point de vue économique, c'est un secteur important pour la région : près de 800 personnes y travaillent, pour un chiffre d'affaires de 534 millions d'euros. Ici, la rapidité importe peu dans la production des carrés et cravates. A titre d'exemple, chaque couleur est imprimée séparément et certaines pièces en utilisent quarante...C'est au département dessin que les esquisses des graphistes sont retranscrites sur tablette graphique, étape appelée "gravure ". Les créateurs proviennent de partout. Une fois la gravure terminée, l'ébauche est placée sur une gaze - une pour chaque couleur - grâce à laquelle elle peut être imprimée sur de la soie. Chaque cravate se voit attribuer un numéro de série, faisant référence à la date de fabrication. Ce n'est pas le cas pour les carrés mais il existe bien un moyen de vérifier l'authenticité de l'objet : chaque pièce comprend une étiquette " Hermès-Paris ", avec le nom du modèle et le copyright. Après l'impression, place aux finitions. Vingt minutes sont nécessaires à la couturière pour liserer une seule cravate, une heure pour un carré. Enfin, le contrôle qualité a lieu : chaque carré est minutieusement vérifié. Une impureté signe immédiatement la fin de la pièce en question. Entre la première esquisse d'une cravate et sa présence en boutique, il s'écoule en moyenne une année. Pour le carré, on arrive au double. " Vous voyez que nous aimons prendre notre temps! ", conclut notre interlocuteur. Le lendemain, nous avons rendez-vous au siège parisien avec Christophe Goineau, directeur de la création de la soie masculine chez Hermès. " Dans les années 80 déjà, on trouvait des carrés pour ces messieurs, mais c'est seulement depuis 2004 que nous avons décidé de créer une collection dédiée, explique-t-il. Nous voulions raconter une histoire différente de celle des femmes. Aujourd'hui, dans chaque collection, nous avons environ dix modèles pour hommes. Cela correspond à l'air du temps. La cravate fait son retour, le carré s'affiche comme une alternative, d'autant plus qu'on peut le porter de diverses manières. Nos clients viennent parfois d'horizons inattendus, en particulier pour la première : nous la vendons à des gentlemans au look classique mais aussi à de jeunes gens. Leurs pères ou leurs patrons n'en revêtent plus, alors ils considèrent le fait d'en arborer une comme un certain acte de rébellion. Un carré, quant à lui, peut être considéré comme un beau sac pour une femme : cela donne du style car il est central dans la silhouette. Le carré masculin devient plus qu'un accessoire, mais je ne sais pas comment le qualifier."L'aspect artisanal a toute son importance. " Ce n'est que lorsque nous imprimons une pièce que nous voyons le résultat final. Il arrive parfois que de petites imperfections se produisent à l'impression qui ont par exemple donné naissance au carré Imprimeur Fou, mais c'est justement ce qui le rend tellement plus intéressant. Nous découvrons ainsi de nouvelles possibilités, et cela mène à des choses originales. Hermès est une maison d'artisans, c'est pourquoi il y a presque plus de personnes chez nous qui travaillent dans la production que dans la vente."Silk Mix sera l'occasion de dévoiler ces petits et grands secrets, à Bruxelles, à travers un concept très original. A chaque disque - ou carré - sera en effet associé un extrait de la bande-son des défilés des huit dernières années et à chaque cassette - ou cravate - correspondra un titre sorti en 2017. Pas moins de 30 DJ et musiciens belges et internationaux seront invités à performer pendant toute la durée du pop-up. Certains sets seront même relayés en live streaming par des radios locales. Au programme également, un atelier de sampling, ou comment créer son propre morceau électro... Ou quand tradition et modernité s'entremêlent. Par Michaël De Moor