Seul Chanel peut faire ainsi la pluie et le beau temps. Tandis que Paris grelotte de froid sous un ciel triste, la maison aux deux C transforme le Grand Palais en plage avec vaguelettes venant mourir sur la grève. Au loin, une bande de terre brûlée par le soleil, personne à l'horizon, sensation calme de paradis oisif, le maître-nageur en short et lunettes miroir a enlevé ses tongs, grimpé sur l'échelle de sa chaise haute, la baignade est surveillée, tout est bien, les fracas du monde ne parviendront jamais jusqu'ici. Les jeunes filles peuvent débouler, pieds nus, dans leur garde-robe raccord, même le tweed s'est mis au couleur des sorbets. Tandis que Niagara chante l'amour à la plage, elles foulent le sable fin en cycliste de toutes les longueurs qu'elles ont enfilé rapido sous leur chemise blanche ou leur veste oversize - elles les ont chipées dans la garde-robe de leur mère, geste d'indépendance ultime, comment mieux couper le cordon ? Un sac ballon de plage, un autre coquillage, des perles, des sequins, du tulle, de la dentelle, des chapeaux de pailles qui disent " Cha " devant et " nel " derrière - bravo Maison Michel -, des petites robes noires chères à Mademoiselle, du denim sur maillot une pièce asymétrique, des broderies parasols, des cirés gansés et du crêpe georgette, Karl Lagerfeld jongle avec les codes maison et l'insouciance de la jeunesse qu'il scrute depuis si longtemps déjà. Quand vient le temps de saluer, il apparaît aux côtés de Virginie Viard, " son bras droit et son bras gauche " - un créateur, même démiurge, même si prolixe, n'est jamais seul à créer.

A.-F.M.

Chanel SS19
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