Milan avait déjà donné le ton: l'heure sur les catwalks masculins n'est pas à l'expérimentation débridée mais à l'entretien des acquis. Depuis mercredi, c'est un peu comme si créateurs jeunes et confirmés s'étaient donnés le mot en faisant le choix de mettre l'accent sur ce qu'ils font de mieux. Il a beau être ici question d'été, celui de 2018 bien sûr, les imprimés flamboyants se font rares et les couleurs sobres - le noir, le gris, le blanc, le bleu, le beige - s'en donnent à coeur joie. Tout au plus notera-t-on l'arrivée au rayon des basiques envahis par le sportswear toujours omniprésent jusque chez Valentino des vêtements dits "utilitaires" comme le jumpsuit de mécano ou le cabas striés de bandes fluoresentes porté d'ordinaire par les agents de propreté et revisité par Balenciaga. Même le dandy ténébreux d'Haider Ackermann semble comme assagi, en deuil d'un romantisme qui ne serait plus de saison. Chez Y-Project aussi, les silhouettes sont "safe" même si les volumes parfois plus ambitieux demanderont à celui qui les enfilera un petit peu plus d'audace. Yusuke Takahashi pour Issey Miyake Men s'est laissé inspiré par les étendues désertiques dans lesquelles ne survivent que ceux qui en ont la force: pour y parvenir les vêtements cela va de soi se doivent d'être au service de leur propriétaire. Sur les rares pièces non unies, des modélisations de strates géologiques tiennent lieu de motifs. Le plissé phare de la maison est partout et le Japon impose ses codes stylistiques en sous-titre. Une influence que l'on retrouve également en pointillé chez Lemaire : le maître mot de sa collection pourrait être fluidité, la preuve par ces pantalons larges qui caressent et enveloppent les jambes en douceur.

Balenciaga © Imaxtree
Lemaire © Imaxtree
Issey Miyake Men © Imaxtree
Y Project © Imaxtree