À une heure de Barcelone, au bout d'une route sinueuse traversant des paysages à couper le souffle, on découvre le village de La Llacuna, où s'étend, sur plusieurs hectares, le domaine appartenant à la famille de Josep Puig Romeu. C'est ici que se niche l'atelier de bonneterie Parrillu's, au sein des habitations de la tribu, des vignes, d'une oliveraie et d'un grand potager parfaitement entretenu. On y trouve aussi une maison d'hôtes pour les clients qui souhaiteraient suivre sur place la production de leurs échantillons.
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À une heure de Barcelone, au bout d'une route sinueuse traversant des paysages à couper le souffle, on découvre le village de La Llacuna, où s'étend, sur plusieurs hectares, le domaine appartenant à la famille de Josep Puig Romeu. C'est ici que se niche l'atelier de bonneterie Parrillu's, au sein des habitations de la tribu, des vignes, d'une oliveraie et d'un grand potager parfaitement entretenu. On y trouve aussi une maison d'hôtes pour les clients qui souhaiteraient suivre sur place la production de leurs échantillons. A l'entrée du bureau, un homme d'un certain âge s'affaire, en bleu de travail. C'est le fondateur de la société et père de l'actuel CEO. S'il a transmis les rênes de l'entreprise à son fils Josep, il n'a cessé ses activités et gère aujourd'hui surtout le vignoble, Celler Puig Romeu, qu'il a fait implanter voici vingt ans avec différents cépages : macabeo, sauvignon ou chenin blancs, albariño, garnatxa blanca, viognier, merlot, tempranillo, caladoc, syrah et pinot noir. C'est que la localisation se prête à merveille à la culture de vins de Terra Alta. Ici, la production est plutôt modeste, avec 25 000 bouteilles par an, réparties en deux blancs, deux rouges et autant de mousseux. Mais à voir le grand entrepôt, il reste une belle marge de progression. C'est d'ailleurs l'une des ambitions des lieux, même si la principale consiste à proposer un produit du terroir premium. La qualité plutôt que la quantité : voilà la philosophie de la famille, dans tout ce qu'elle entreprend. L'histoire de Parrillu's commence en 1986, lorsque le père de Josep, technicien dans une entreprise textile, décide de se lancer à son compte. Il retourne à La Llacuna, son village natal, où il crée son atelier, au coeur de la nature. D'emblée, il voit grand et est le premier bonnetier espagnol à investir dans les machines high-tech japonaises de Shima Seiki, destinées aux mailles avec ou sans couture. Au départ, la firme travaille surtout pour des fabricants de vêtements espagnols. Burberry, qui possédait alors un siège en Espagne, fut pionnier parmi les clients étrangers. " Lorsque mon père est parti à la retraite, j'ai repris la société, raconte Josep Puig Romeu. J'ai commencé dans la boîte familiale à 19 ans, et il m'a fallu dix ans pour apprendre toutes les ficelles du métier. Et j'en découvre encore tous les jours. Le tricot est un produit difficile sur le plan technique. La programmation de nouveaux modèles, motifs et combinaisons de couleurs prend beaucoup de temps. Lorsque nous avons constaté que les usines de vêtements espagnoles étaient de plus en plus nombreuses à délocaliser leur production vers les pays à bas salaires, j'ai décidé de me tourner vers le marché international et de me concentrer surtout sur le segment du haut de gamme. Je me suis rendu au salon Première Vision à Paris et, bientôt, nous avons reçu des commandes de grandes maisons, telles que Balenciaga et, plus tard, de petits créateurs indépendants, comme Sofie D'Hoore et, depuis peu, Christian Wijnants. " Aujourd'hui, l'entreprise n'a plus que des clients étrangers, et exclusivement premium. " En tant que fabricant, poursuit notre interlocuteur, il faut pouvoir offrir une plus-value, sans quoi on est perdu d'avance. Les créateurs nous soumettent des croquis et le type de fil avec lequel ils veulent travailler, et nous élaborons les solutions techniques. Collaborer à une collection est très valorisant. C'est aussi la raison pour laquelle je souhaite préserver la petite échelle de l'entreprise, je veux pouvoir continuer à assurer le suivi à tous les niveaux. Nous travaillons dans un environnement naturel, ce qui offre un contraste important avec le monde tellement trépidant de la mode. Cela nous maintient en équilibre. " C'est aussi ce qui lui permet de garder de bonnes relations avec ses clients. " J'aime avoir affaire avec des créateurs tels que Christian Wijnants, confie-t-il. Il y a un respect mutuel et sur le plan éthique également, nous sommes sur la même longueur d'onde. Il a l'amour du métier, il veut apporter de la beauté avant tout. C'est la différence fondamentale avec les grands groupes qui sont gérés par des investisseurs, pour qui seuls les chiffres comptent. Le fait que des géants du luxe font produire des pulls en Chine pour quelques dollars et les vendent dans leur boutique à 900 euros me gêne. " Il arrive d'ailleurs régulièrement à notre homme de réaliser des prototypes pour des maisons renommées, sans obtenir de commandes, finalement, en raison du prix. Il estime pourtant qu'il est essentiel de pouvoir repousser sans cesse ses limites. C'est pourquoi il a lancé, il y a trois ans, sa propre collection Homme sous le label Bielo. " Je la considère comme la carte de visite de notre entreprise. Au sein de ma propre ligne, je peux aller aussi loin que je le veux. J'expérimente avec les fils et les mailles, afin de sonder ce qu'il est possible de faire techniquement. Je travaille avec de beaux fils, souvent j'en utilise des plus coûteux que les marques de luxe. La collection connaît un succès lent mais certain. Nous vendons dans le monde entier, dans les boutiques haut de gamme. Le Japon est notre meilleur marché, la qualité y est encore appréciée à sa juste valeur. Nous ne sommes pas le type de fabricants qui recherchent les volumes, nous misons sur la qualité. Mieux vaut moins mais mieux : voilà notre philosophie. " A l'atelier, sortent des machines les pulls pour cet hiver signés Christian Wijnants. Il a trouvé en Parrillu's le partenaire idéal pour ses modèles sans couture, des classiques dont la gamme de coloris est adaptée chaque saison. " Nous les proposons dans différentes versions : court ou long, à col bateau ou à col roulé. Les clients continuent à nous les réclamer, explique le créateur anversois tandis qu'il fait glisser la maille entre ses doigts. Au fil des ans, j'ai déniché pour chaque spécialité de bonneterie le fournisseur adéquat. Ce sont tous des producteurs qui ont la passion de leur métier. Il est agréable de collaborer à la réalisation d'un beau produit. Cette pratique m'a toujours fasciné, depuis mes études à l'Académie. Parce qu'elle permet de faire d'un fil une matière personnelle, dans la forme qu'on veut bien lui donner. Le tricot permet de travailler autour du corps, il s'adapte à toutes les morphologies de façon très élégante. Dans mes créations, la matière vient en premier, puis la forme. Cela vaut aussi pour mes tissés. Nous consacrons du temps et de l'énergie à nos motifs et à nos couleurs, tous les tissus que nous employons sont uniques. " Voici une quinzaine d'années, Christian Wijnants lançait son propre label, trois ans après la fin de ses études à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. Entre les deux, il a fait ses armes dans d'autres maisons de mode, notamment chez Dries Van Noten, un de ces fameux Six d'Anvers qui ont fait connaître la mode belge à l'international. En 2005, il remporta le Swiss Textiles Award, un prix prestigieux qui a également récompensé d'autres grands noms, comme Raf Simons. Soit un véritable tremplin pour sa carrière. La même année, il est devenu enseignant en maille à l'Académie d'Anvers. Et en 2012, ses pièces en tricot lui ont permis de se voir attribuer le European Woolmark Prize et, en 2013, l'International Woolmark Prize. " Au cours des quinze dernières années, nous avons grandi sans cesse, reprend le créateur belge. Perfectionniste comme je suis, j'avais du mal, au début, à déléguer ; il faut apprendre à faire confiance à ses collaborateurs. Entre-temps, j'ai eu 40 ans, et je constate que je ne me laisse pas emporter par le boulot, je détermine moi-même mes priorités. Bien entendu, notre marque a progressé au fil du temps, mais l'essence est restée la même. J'ai toujours rêvé de rendre les femmes plus belles, de les aider à se sentir bien. Nous avons des clientes fidèles dans le monde entier. C'est agréable de pouvoir faire partie de leur vie. " L'Anversois perçoit-il une évolution dans l'univers de la mode ? " Sur le plan de la communication, oui. Il y a actuellement beaucoup plus de plates-formes, les médias sociaux permettent aux jeunes créateurs de se profiler rapidement avec de très faibles moyens. En revanche, comme ils sont aussi de plus en plus nombreux, il n'est pas facile pour eux de se faire une place sur le marché. Mais autrefois, ça ne l'était pas forcément non plus. Le métier en soi n'a pas changé : les créateurs rêveront toujours de faire de belles collections qui, à leur tour, feront rêver le consommateur. "