Fils d'immigrés italiens devenu un homme d'affaires au nom mondialement connu, Pierre Cardin s'est éteint dans la matinée à l'hôpital américain de Neuilly, à l'ouest de Paris.

"Jour de grande tristesse pour toute notre famille, Pierre Cardin n'est plus. Le grand couturier qu'il fut, a traversé le siècle, laissant à la France et au monde un héritage artistique unique dans la mode mais pas seulement", a écrit sa famille dans un communiqué. "Nous sommes tous fiers de son ambition tenace et de l'audace dont il a fait preuve tout au long de sa vie. Homme moderne aux multiples talents et à l'énergie inépuisable, il s'est inscrit très tôt dans les flux de la mondialisation des biens et des échanges", a-telle poursuivi.

Avant beaucoup d'autres, Pierre Cardin avait ouvert un "corner" dans un grand magasin, fait défiler des hommes. Et adopté à grande échelle un système de licences qui lui assurait une diffusion dans le monde entier, apposant son nom sur des produits aussi divers que des cravates, des cigarettes, des parfums ou de l'eau minérale.

"Mon but, moi, c'était la rue, que mon nom et mes créations soient dans la rue. Les célébrités, les princesses... ce n'était pas ma tasse de thé. Je les respectais, je dînais avec elles, mais je ne les voyais pas dans mes robes", disait-il.

Pierre Cardin en 1958. , Getty
Pierre Cardin en 1958. © Getty

"Couturier, designer, ambassadeur de la France, académicien, mécène, tout au long de sa vie, Pierre Cardin aura mené bel ouvrage. Merci Monsieur Cardin de m'avoir ouvert les portes de la mode et d'avoir rendu mon rêve possible", a écrit sur Twitter le couturier Jean-Paul Gaultier.

"Pour lui, la création n'avait pas de cloisonnements, ni frontières entre la mode, le design ou l'architecture. Un souffle qui a boosté mon imaginaire", a souligné auprès de l'AFP Jean-Charles de Castelbajac, styliste et directeur artistique de la marque Benetton. "J'ai trouvé en Pierre Cardin cette idée que le marketing et la propagation, la manière dont on diffusait son art, était aussi importante que l'art lui-même, sans aucune peur du regard des autres".

"Le monde de demain"

Débarqué à Paris en 1945 après avoir fait ses débuts chez un tailleur de Saint-Etienne, Pierre Cardin est passé notamment chez Paquin et Schiaparelli avant de rejoindre Christian Dior, puis de créer sa propre maison de couture. Créateur à l'esthétique futuriste, à l'instar d'André Courrèges et de Paco Rabanne, il a connu le succès dès ses débuts, notamment avec ses robes bulles.

"Le vêtement que je préfère est celui que j'invente pour une vie qui n'existe pas encore, le monde de demain", avait-il un jour déclaré.

En 2014 devant ses créations. , Getty
En 2014 devant ses créations. © Getty

Précurseur, le couturier s'était très tôt tourné vers l'Asie, où il jouissait d'une grande notoriété: il s'était rendu dès 1957 au Japon, alors en pleine reconstruction, et avait organisé des défilés en Chine dès 1979.

Le système des licences - confiant la fabrication de produits à une entreprise tierce en échange de royalties pour l'utilisation du nom - a fait sa fortune. Mais cette diversification à l'extrême a aussi banalisé la marque, méprisée de certains de ses pairs.

Une grande rétrospective lui a été consacrée fin 2019 à New York, manière de revaloriser les audaces et partis pris en avance sur son temps du couturier, qui fut aussi le premier à entrer à l'Académie des beaux-arts en France. "Une très grande perte pour nous", a réagi Laurent Petigirard, secrétaire perpétuel de cette institution.

"Le chic et la grande classe à la française (...) Je suis très triste car nous étions amis depuis mes débuts en 1965. Il m'a habillée à la ville et créé mes plus belles tenues de scène", a dit la chanteuse Mireille Mathieu à l'AFP.

Dans le village de Lacoste dans le Luberon, il s'était offert les ruines d'un château du XIe siècle où avait vécu le marquis de Sade. Il avait ensuite multiplié les investissements immobiliers dans la région, dont il rêvait de faire "un Saint-Tropez de la culture", au grand dam d'une partie des habitants.

Une garde-robe futuriste. , Getty
Une garde-robe futuriste. © Getty

Pour sa dernière apparition publique en septembre, à l'occasion de la projection d'un documentaire sur sa carrière au théâtre du Châtelet à Paris, quelque 1.500 invités lui avaient réservé une longue ovation debout.

Sur Instagram, l'ex-mannequin Carla Bruni a évoqué l'actrice Jeanne Moreau, avec laquelle le couturier a vécu une histoire d'amour de quatre ans: "Monsieur Pierre Cardin, vous êtes parti rejoindre votre Jeanne et quelques anges..."

"Suprême consécration, il (a été) le premier couturier à entrer à l'Académie des beaux-arts, faisant reconnaître la mode comme un art à part entière... En atteste aujourd'hui son épée d'académicien qu'il a lui-même créée et sur laquelle sont gravés les symboles de sa réussite", conclut le communiqué familial.

Fils d'immigrés italiens devenu un homme d'affaires au nom mondialement connu, Pierre Cardin s'est éteint dans la matinée à l'hôpital américain de Neuilly, à l'ouest de Paris."Jour de grande tristesse pour toute notre famille, Pierre Cardin n'est plus. Le grand couturier qu'il fut, a traversé le siècle, laissant à la France et au monde un héritage artistique unique dans la mode mais pas seulement", a écrit sa famille dans un communiqué. "Nous sommes tous fiers de son ambition tenace et de l'audace dont il a fait preuve tout au long de sa vie. Homme moderne aux multiples talents et à l'énergie inépuisable, il s'est inscrit très tôt dans les flux de la mondialisation des biens et des échanges", a-telle poursuivi.Avant beaucoup d'autres, Pierre Cardin avait ouvert un "corner" dans un grand magasin, fait défiler des hommes. Et adopté à grande échelle un système de licences qui lui assurait une diffusion dans le monde entier, apposant son nom sur des produits aussi divers que des cravates, des cigarettes, des parfums ou de l'eau minérale."Mon but, moi, c'était la rue, que mon nom et mes créations soient dans la rue. Les célébrités, les princesses... ce n'était pas ma tasse de thé. Je les respectais, je dînais avec elles, mais je ne les voyais pas dans mes robes", disait-il."Couturier, designer, ambassadeur de la France, académicien, mécène, tout au long de sa vie, Pierre Cardin aura mené bel ouvrage. Merci Monsieur Cardin de m'avoir ouvert les portes de la mode et d'avoir rendu mon rêve possible", a écrit sur Twitter le couturier Jean-Paul Gaultier."Pour lui, la création n'avait pas de cloisonnements, ni frontières entre la mode, le design ou l'architecture. Un souffle qui a boosté mon imaginaire", a souligné auprès de l'AFP Jean-Charles de Castelbajac, styliste et directeur artistique de la marque Benetton. "J'ai trouvé en Pierre Cardin cette idée que le marketing et la propagation, la manière dont on diffusait son art, était aussi importante que l'art lui-même, sans aucune peur du regard des autres".Débarqué à Paris en 1945 après avoir fait ses débuts chez un tailleur de Saint-Etienne, Pierre Cardin est passé notamment chez Paquin et Schiaparelli avant de rejoindre Christian Dior, puis de créer sa propre maison de couture. Créateur à l'esthétique futuriste, à l'instar d'André Courrèges et de Paco Rabanne, il a connu le succès dès ses débuts, notamment avec ses robes bulles."Le vêtement que je préfère est celui que j'invente pour une vie qui n'existe pas encore, le monde de demain", avait-il un jour déclaré.Précurseur, le couturier s'était très tôt tourné vers l'Asie, où il jouissait d'une grande notoriété: il s'était rendu dès 1957 au Japon, alors en pleine reconstruction, et avait organisé des défilés en Chine dès 1979.Le système des licences - confiant la fabrication de produits à une entreprise tierce en échange de royalties pour l'utilisation du nom - a fait sa fortune. Mais cette diversification à l'extrême a aussi banalisé la marque, méprisée de certains de ses pairs.Une grande rétrospective lui a été consacrée fin 2019 à New York, manière de revaloriser les audaces et partis pris en avance sur son temps du couturier, qui fut aussi le premier à entrer à l'Académie des beaux-arts en France. "Une très grande perte pour nous", a réagi Laurent Petigirard, secrétaire perpétuel de cette institution."Le chic et la grande classe à la française (...) Je suis très triste car nous étions amis depuis mes débuts en 1965. Il m'a habillée à la ville et créé mes plus belles tenues de scène", a dit la chanteuse Mireille Mathieu à l'AFP.Dans le village de Lacoste dans le Luberon, il s'était offert les ruines d'un château du XIe siècle où avait vécu le marquis de Sade. Il avait ensuite multiplié les investissements immobiliers dans la région, dont il rêvait de faire "un Saint-Tropez de la culture", au grand dam d'une partie des habitants.Pour sa dernière apparition publique en septembre, à l'occasion de la projection d'un documentaire sur sa carrière au théâtre du Châtelet à Paris, quelque 1.500 invités lui avaient réservé une longue ovation debout.Sur Instagram, l'ex-mannequin Carla Bruni a évoqué l'actrice Jeanne Moreau, avec laquelle le couturier a vécu une histoire d'amour de quatre ans: "Monsieur Pierre Cardin, vous êtes parti rejoindre votre Jeanne et quelques anges...""Suprême consécration, il (a été) le premier couturier à entrer à l'Académie des beaux-arts, faisant reconnaître la mode comme un art à part entière... En atteste aujourd'hui son épée d'académicien qu'il a lui-même créée et sur laquelle sont gravés les symboles de sa réussite", conclut le communiqué familial.