Ils avaient carte blanche, ils l'ont offerte à d'autres. Afin que définitivement Own, qui signifie "à soi", devienne "à eux". Depuis toujours, Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau chérissent l'idée du collectif. Ils n'ont donc pas hésité à confier leurs archives, leur univers, leur démarche, leurs réflexions de duettistes et le peu de vêtements qui leur restaient à un fleuriste, une graphiste, un chorégraphe, un scénographe, un photographe, un cinéaste, un designer, des architectes, pour tenter l'aventure de la réappropriation. Leur façon, si personnelle, de ne pas faire l'impasse sur quelques questions non facultatives. "Comment donner à nouveau un sens à ce qui a existé? Comment montrer ce qui fut, mais sans nostalgie? Nos vêtements étaient vivants, certains sont morts désormais, d'autres ont survécu, notre mode parlait d...

Ils avaient carte blanche, ils l'ont offerte à d'autres. Afin que définitivement Own, qui signifie "à soi", devienne "à eux". Depuis toujours, Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau chérissent l'idée du collectif. Ils n'ont donc pas hésité à confier leurs archives, leur univers, leur démarche, leurs réflexions de duettistes et le peu de vêtements qui leur restaient à un fleuriste, une graphiste, un chorégraphe, un scénographe, un photographe, un cinéaste, un designer, des architectes, pour tenter l'aventure de la réappropriation. Leur façon, si personnelle, de ne pas faire l'impasse sur quelques questions non facultatives. "Comment donner à nouveau un sens à ce qui a existé? Comment montrer ce qui fut, mais sans nostalgie? Nos vêtements étaient vivants, certains sont morts désormais, d'autres ont survécu, notre mode parlait d'une époque et de nos rencontres. Nous avions envie de montrer notre travail mais réinterprété. Que d'autres recyclent nos idées." Le parti pris est fécond et à découvrir au MAD Brussels du 16 mars au 17 juin prochains, presque vingt ans après la création de leur label, Own, qui trouva son acmé durant seize saisons dans leurs collections Homme puis Femme et imprégna tout le reste par capillarité.Mais il a fallu, avant tout, que ces deux Vendéens débarquent à Bruxelles un jour gris et pluvieux de novembre 1990 pour décider d'une métamorphose. Ils trouvent la capitale "exotique", s'inscrivent aussitôt à L'Ecole nationale supérieure des arts visuels, à La Cambre, section image imprimée. De mode, il n'en est pas encore question. Ils y viendront par les chemins de traverse - d'abord une collection blanche basée sur la récupération, qui servira d'interlude au défilé de fin d'année, puis les fondements d'un vocabulaire via le label Union pour le Vêtement, qui fit parler de lui à Hyères et jusqu'au Japon. En 1999, Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau signent officiellement leur première collection à quatre mains siglée Own, un vestiaire Homme, "par affinité", qu'ils élargiront plus tard à la Femme, "une histoire d'hybridation" particulièrement réussie. "Notre mode était liée au quotidien, à la réalité. Nous ne rêvions pas d'être des "créateurs". L'idée d'accessibilité et de portabilité nous importait. Nous avions envie que ce soit un prêt-à-porter intelligent. Même si nous n'avons jamais aimé ce mot qui sous-entend "prêt-à-jeter" ou "prêt-à-porter sans question", avec un côté diktat."Dans la foulée, ils ouvrent leur Own Shop et commencent à enseigner à La Cambre mode(s), où durant quatorze ans ils formeront trois générations de jeunes gens talentueux, tels Julien Dossena, Anthony Vaccarello ou Matthieu Blazy, respectivement chez Paco Rabanne, Saint Laurent et Calvin Klein. Il s'agissait de les révéler à eux-mêmes, mission accomplie. Aujourd'hui, ils travaillent au projet pédagogique d'une école à Paris qui ouvrira ses portes en 2019 et qui entend réunir l'Institut français de la mode et l'école de la Chambre syndicale de la couture parisienne. En binôme toujours, ils y dirigeront le programme de création des bachelors, on y voit une cohérence. Que l'on retrouve d'ailleurs dans leur parcours où s'alignent les noms des maisons prestigieuses pour lesquelles ils ont oeuvré chronologiquement : Veronique Branquinho, Maison Martin Margiela, Balenciaga, Jean Paul Gaultier, Louis Vuitton et Acne Studios. Cela fait vingt-cinq ans que Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau travaillent au sens large. Qu'ils questionnent la mode avec exigence et honorent le détournement à leur manière, picturale et sensible, prônant la métamorphose sans aucun quant-à-soi. It's my Own.