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À l'inévitable question, " le style serait-il inné ou acquis ? ", une ébauche de réponse, qui n'a rien d'implacable, paraît faire consensus. A voir l'éclosion de traités sur le savoir s'habiller au masculin, rien ne serait jamais perdu puisqu'il semblerait que l'allure, " ça se travaille " ! Qu'ils soient purement didactiques comme le ModeMen (chez Marabout) de Julien Scavini, voire franchement caustiques et pourtant si vrais façon Comment rester chic en toutes circonstances (chez Flammarion)de Gonzague Dupleix, tous ces bouquins distillent finalement une même bonne parole : survivre dans la jungle urbaine du bon goût passerait par la maîtrise de quelques basiques, sorte de couteau suisse du dressing, qui suffiraient donc, à eux seuls, à éviter (presque) tous les fashion faux pas. Si la liste de ces indispensables n'a en apparence rien d'intimidant, tous les cardigans, blousons, slips - cela va jusque-là, oui... - ou costumes, pour prendre quelques exemples au hasard, ne sont pourtant pas égaux au royaume de la mode. Bien les choisir, c'est tout un art, celui qui consiste à trouver le subtil équilibre entre fantaisie et sobriété. " Tout l'intérêt de ce que l'on appelle les basiques, c'est qu'ils sont par essence faciles à combiner sans prise de tête, pointe Benoît Wojtenka, cofondateur du site www.bonnegueule.fr et co-auteur d'une autre bible du look, Le guide de l'homme stylé... même mal rasé (chez Pyramid). Ce sont les fondations de toute garde-robe qui se respecte à partir desquelles chacun peut ensuite construire son propre style, surtout s'il n'est pas à l'aise dans des vêtements très "mode". Revers de la médaille : trop de basique tue le basique et amène l'ennui. " Aux premières loges des essentiels du placard se retrouvent aussi quelques pièces cultes de toute adolescence bien vécue : investir, dès 18 ans, dans un bon jeans en denim japonais, un tee-shirt fluide en coton souple ou un sweat-shirt bien moelleux pourrait donc rapporter quelques années de plaisir au bas mot. " Quel que soit le prix, la première chose à laquelle il faut impérativement être attentif, c'est la coupe, ajoute Benoît Wojtenka. Un modèle trop grand vous donnera l'air ballot ! C'est pourtant l'erreur la plus fréquente lors des essayages. L'homme aime son confort... et s'imagine toujours plus costaud qu'il ne l'est en réalité. Psychologiquement, il aura du mal à passer d'une taille M à S, qui évoque pour lui celle d'un petit garçon. Le bon réflexe consiste donc à toujours passer une même pièce dans plusieurs tailles afin de sentir son tombé sur le corps pour apprendre à se mouvoir dedans. Un vêtement qui vous va parfaitement vous donne tout de suite une autre stature. " Le reste n'est plus qu'affaire de détails : opter pour un micro-motif visible seulement sur la couture intérieure d'une chemise, préférer le chambray à la simple popeline de coton, miser sur le contraste formel/casual d'un costume de ville porté sur les sneakers... Garder à l'esprit surtout, qu'en matière de mode, la curiosité n'est jamais un défaut. Démonstration avec nos dix basiques préférés de la saison.Par ce mot, on entend bien le sens littéral du mot et non le terme générique synonyme de sous-vêtement. Car si l'on en croit les conseils avisés de Gonzague Dupleix, " le slip pourtant signature des super-héros, ne prétend rien. Le slip est. " Dont acte. Fer de lance du retour en grâce du bon vieux kangourou, pourtant ringard encore à la fin du siècle dernier, Guillaume Gibault, fondateur de la petite marque 100 % made in France Le Slip Français, a eu la bonne idée de donner à ses premiers modèles des noms de porte-avions célèbres. Les plus sûrs - unis ou simplement rayés donc - sont aussi les moins chers car proposés en pack découverte. www.leslipfrancais.fr Faux ami par excellence, cette valeur sûre du dressing de papy, mal choisie, est capable d'envoyer dix ans dans la vue de n'importe quel trentenaire, plus sûrement que ses premiers cheveux blancs. S'il est trop classique, il donne tout de suite à celui qui le porte un petit côté propret façon gendre idéal, pas franchement sexy. La chance du moment, c'est que la maille est à la mode et qu'elle se relâche, sans tomber dans le négligé. Pour le coup, plus c'est long et confort, plus ça le fait. La preuve avec ce modèle tout droit sorti de la deuxième collection d'Ulrike De Maeseneire pour Six Edges, la marque que la jeune femme formée chez Brioni a lancée avec succès l'hiver dernier. Son ambition ? Proposer des basiques à la fois décontractés et luxueux à destination des jeunes urbains créatifs prêts à investir dans du sérieux côté vestiaire. www.sixedgesPuisqu'il est établi que les sneakers sont devenues l'espace d'expression par excellence de la fantaisie masculine, c'est donc là que le basique, pour tenir la distance, se devra d'être prescripteur de la tendance de demain. Dans le genre pointu, le travail avant-gardiste du Belge Mats Rombaut a tout bon. Couleurs qui dépotent, formes futuristes, souci du détail, tout y est avec en plus une conscience écologique puisque toutes les matières premières - du caoutchouc naturel bien sûr, mais aussi des écorces d'arbre, de la cellulose de coton ou des fibres de coco... - sont issues de procédés de fabrication durables. Tout est manufacturé à la main au Portugal. Et le cuir utilisé est 100 % vegan. www.rombaut.comS'il se doit d'être blanc tant qu'il est le seul du genre dans le placard - fait hautement improbable même dans un dressing au stade embryonnaire, vu l'importance du-dit vêtement dans la garde-robe de n'importe quel jeune adulte -, il gagnera très vite à se faire accompagner d'un équivalent gris chiné, avant même de penser à s'aventurer sur le terrain miné du modèles à motifs ou, plus risqué encore, à messages. Ici aussi, tout est d'abord question de " fitting " : près du corps au niveau des épaules, pas trop collant en revanche côté ventre et surtout pas trop long si l'on ne dépasse pas allègrement le mètre nonante. Il aura un col rond, l'échancrure en V restant réservée aux apprentis lookés en classe avancée. Afficher sa belgitude étant devenu tendance, au même titre que jouer les touristes dans son propre patelin, c'est le moment de faire coup double en misant sur un label bien de chez nous. Lancé il y a tout juste dix ans par Wouter Hoste, un ancien de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers ayant fait ses classes chez Jean Paul Gaultier Junior, Antwrp propose chaque saison des imprimés sympas mais jamais too much. antwrp.beLe pire qui pourrait arriver serait de tomber dans le cliché du wannabe bad boy à cause d'un pseudo perfecto trop zippé, trop clouté, trop surpiqué de partout. Ici plus que jamais, l'adage " less is more " s'applique sans équivoque. Une coupe sobre et un cuir souple qui se tannera gentiment sont les meilleurs garanties de survie d'une des pièces les plus coûteuses du placard masculin. Convaincu qu'il n'y a rien de plus beau qu'un vêtement qui vieillit quand on le porte, Pierre Mahéo, fondateur de la griffe Officine Générale, en a fait sa philosophie créative. C'est peu de dire que les basiques, ça le connaît. L'entrepreneur a fait le choix de tout produire en Europe, principalement au Portugal mais pas que. Le blouson en cuir ou en daim est une des pièces récurrentes de ses collections qui comportent aussi des éléments permanents parfois revisités dans de nouvelles matières. C'est le cas notamment du bomber Efy d'ordinaire proposé en Nylon italien et qui, cette saison, s'offre un habillage pur luxe en agneau plongé. www.officinegenerale.comSans hésiter, la pièce de résistance, la plus adulte surtout, de ce dressing en construction, sera marine de préférence. La démocratisation du semi-sur-mesure permet aujourd'hui de se faire plaisir sans se ruiner en faisant même venir - luxe ultime - le tailleur à la maison ! C'est en tout cas le service que propose le duo qui se cache derrière les initiales A/MG. Allison Mc Greal et Marc Gysemans ont, à ce jour, imaginé trois modèles, tant pour la veste que pour le pantalon, qu'ils emportent chez leur client lors de la prise de mesure afin qu'il puisse visualiser au mieux le résultat final. Disponibles dans six coloris différents, ils sont confectionnés en Europe, dans une laine italienne légère qui peut se porter été comme hiver. Une fois les finitions réalisées en Belgique, le costume est livré au bout de trois semaines. Le tout pour moins de 400 euros. Un prix planché rendu possible par l'absence d'intermédiaires et de boutique propre. amgsuits.comC'est le moment de sortir de sa zone de confort et d'exiger le meilleur. Brut il sera donc, pas le moins du monde pré-délavé, encore moins troué, clouté, pailleté, brodé. Il sera coupé dans du denim dit japonais, également appelé selvedge, une technique de tissage développée aux Etats-Unis mais aujourd'hui principalement maîtrisée par les tisserands nippons qui alimentent les meilleurs marques du monde. Côté coupe, le semi-slim ajusté aux cuisses est un bon compromis à choisir chez Naked & Famous Denim, tant que la griffe proposée chez Atelier Bleu à Bruxelles reste encore (un peu) confidentielle, elle qui ne compte que sur le bouche-à-oreille - l'effet Justin Trudeau, peut-être aussi - pour se faire connaître des vrais denim nerds. Son credo ? Tout faire fabriquer proprement au Canada. Bien sûr, cela a un coût par rapport au " made in Asia ", mais finalement pas tant que cela si l'on prend la peine de comparer, à qualité de tissage égale, avec d'autres acteurs premium du marché. www.nakedandfamousdenim.com et www.atelierbleu.be Difficile d'imaginer plus ennuyeux à shopper qu'une chemise à col classique - ce malfrat a souvent tendance à partir en vrille - tant il est rare qu'elle épouse les épaules comme il faut sans que ses manches soient trop courtes ou que son corps ne serre aux entournures. Histoire de dédramatiser cette pièce pivot du dressing formel, les fondateurs du label belgo-français Abbie & Rose ont choisi de jouer avant tout avec les matières - popeline, flanelle, twill, chambray mais toujours 100 % coton - afin de varier les sensations sur la peau de celui qui la porte. L'air de ne pas y toucher, même la très insipide chemise blanche ne l'est qu'en apparence : des queues d'hirondelle dépasse une languette imprimée ; le nom de la marque est surpiqué sur la gorge comme l'une des boutonnières cousues de fil bleu. Rentrée dans le pantalon pourtant, elle cache bien son jeu. abbieandrose.comCe pilier du streetwear, élément vital de la tenue vestimentaire des 13-18 ans et bien plus, a conquis ses lettres de noblesse depuis qu'on l'a aperçu sur les podiums de Dior Homme et de Givenchy, entre autres. Pas question de transiger sur sa composition - un molleton 100 % coton - et plus il sera neutre en couleur et en logo, mieux ce sera si l'on ambitionne de le porter, par exemple, avec un pantalon en laine plus habillé, voire carrément sous un costume, même s'il s'agit d'un modèle à capuche. Quitte à afficher de quoi lire sur son torse, autant brandir une certaine forme d'ironie - le plus discrètement possible quand même - en étendard. A ce petit jeu-là, la marque française Drôle de Monsieur vendue notamment chez Centreville Store, à Bruxelles, a tout bon en se moquant des griffes branchouilles qui se revendiquent de Paname à tout prix. Ici, c'est carrément l'inverse et certifié NFPM pour Not From Paris Madame ! www.centrevillestore.com et droledemonsieur.com Que ceux qui en douteraient encore se fassent une raison : passée la vingtaine, la seule chose que devrait inspirer un motif humoristique sur une paire de chaussettes, c'est la plus grande méfiance. La couleur en revanche, même vive, est parfaitement autorisée, surtout avec un costume foncé. Les lignes, à la rigueur, tolérées. Autre évidence qui pourtant n'a pas l'air d'aller de soi : plus elle grimpe haut, plus l'une des missions principales de la chaussette est assurée, à savoir éviter de laisser entrevoir une tranche de mollet lorsque l'on s'assied. Histoire de ne jamais être à court, car bien sûr on en change tous les jours, la marque belge Escuyer propose aux distraits des formules d'abonnements permettant de se faire livrer de nouveaux articles tous les trois, quatre ou six mois. Les modèles en fil d'Ecosse ou en cachemire sont fabriqués au Portugal et peuvent aussi s'acheter à la pièce. www.escuyer.com