Benoît Hennaut, directeur de l'ENSAV La Cambre avait donné le ton, en amont, il y aurait du plaisir et des couleurs au défilé de l'atelier Stylisme et Création de modes. Pour la première fois, il a lieu au Kanal Centre Pompidou, ce qui permet de longer d'abord en musardant l'eau enserrée dans ses murs rectilignes puis contempler le soir qui se couche sur la guinguette attenante avant de s'asseoir sous la vénérable verrière de l'ancien atelier de réparation du garage Citroën. Ca a de la gueule, et ça fait sens, les oeuvres d'art côtoient bien les vestiaires de ces jeunes gens modernes, comme un écho des sujets qui fâchent, préoccupent, font ruer dans les brancards et/ou épouser les causes. On sait qu'un show est ce moment intense de révélation où les étudiants qui sont en bachelor ou en master dans cette école de l'exigence mettent un point final à leur année scolaire tout en anc...

Benoît Hennaut, directeur de l'ENSAV La Cambre avait donné le ton, en amont, il y aurait du plaisir et des couleurs au défilé de l'atelier Stylisme et Création de modes. Pour la première fois, il a lieu au Kanal Centre Pompidou, ce qui permet de longer d'abord en musardant l'eau enserrée dans ses murs rectilignes puis contempler le soir qui se couche sur la guinguette attenante avant de s'asseoir sous la vénérable verrière de l'ancien atelier de réparation du garage Citroën. Ca a de la gueule, et ça fait sens, les oeuvres d'art côtoient bien les vestiaires de ces jeunes gens modernes, comme un écho des sujets qui fâchent, préoccupent, font ruer dans les brancards et/ou épouser les causes. On sait qu'un show est ce moment intense de révélation où les étudiants qui sont en bachelor ou en master dans cette école de l'exigence mettent un point final à leur année scolaire tout en ancrant leur vocabulaire et leurs racines stylistiques. " Il est par excellence cette fenêtre de l'éclat d'autant plus vif et coloré que le parcours a parfois été rude, prévient le directeur. Il est pour les étudiant.e.s et les équipes enseignantes une rétribution commune et méritée, dont la traduction en images ou en fragments invite à la diversité et à la polychromie des sentiments, sensations ou engagements qui se cachent derrière chacun de ces parcours. "Le catalogue imprimé en amont disait pareil, Alphonse Eglou en modèle parfait, se glissant dans chacune des silhouettes choisies pour dire l'essence de chacun des 49 étudiants et pour le poster d'annonce de ce Show 19 offrir sa joie affichée en polychrome dans un tourbillon de mains bigarrées. Dans le désordre, on a donc vu les B2, B3, M1, B1 et M2 occuper le grand et large catwalk à des rythmes différents, sous un nuage de vapeur qui embrumait les silhouettes pour mieux les révéler ensuite selon leur approche. Une scénographie simple, où le vêtement compte, l'accessoire aussi - ces parapluies incroyables fait avec délicatesse par les premières années pour accompagner leur chemise immaculée à plastron. La consigne de l'exercice étant la suivante : " Un accessoire de protection, comme une surface illustrée qui affirme une prise de position dans un monde de plus en plus en danger " et " une grande chemise à plastron surpiqué et ses codes multipliés (col, pied de col, poignet, fente chevesse...). Car à la Cambre modes, chaque année est ainsi vouée à l'exercice délimité, formulé, théorisé qui doit dans le meilleur des cas permettre de travailler sur une garde-robe en construction, sur le corps et ses points d'appui, sur une esthétique viscérale qui a des choses à dire. Ainsi, en master 2, il s'agit de réifier " l'aboutissement d'un long processus de maturation, résultat d'une parfaite osmose entre la créativité et les acquis. L'étudiant doit être capable d'assumer pleinement ses choix créatifs " et " être à même de les défendre à travers une argumentation cohérente et une réalisation en parfaite adéquation. Son travail de fin d'études conclut cinq années passée au sein de l'atelier et constitue une véritable carte de visite auprès de la profession ". Parmi eux, deux jeunes créateurs qui dûment diplômés pourront inscrire sur leur carte de visite " fashion designer ". Louis Appelmans, avec sa collection Homme baptisée As de pique, a donné libre cours à ses envies de tailleur, de couleurs, de poches utilitaires, de naïveté et de faste, de matières soyeuses et féminines, de workwear, de volumes posés sur les épaules comme le ferait un roi de son hermine. Il voulait qu'on reconnaisse le vêtement, que ce soit joyeux et qu'il parvienne à y apposer sa signature, pari tenu. Le second, Samuel Quertinmont qui dans sa collection Femme titrée XOXO, dit sa fascination pour les uniformes scolaires, pour l'archétype masculin qui habillerait des filles et pour les proportions chahutées - qu'est-ce qu'un uniforme porté par une écolière si ce n'est un vêtement d'adulte endossé par une enfant ? Il a travaillé " de manière obsessionnelle " aux rapprochements et aux associations, le foot et ses maillots rayés ne sont pas loin. Son vestiaire aux finitions parfaites manie la subtilité et les suggestions sensibles. Stagiaire chez Paco Rabanne où il a compris la définition de " travailler en s'amusant ", puis chez Yves Saint Laurent et Anthony Vaccarello où il prit " conscience de beaucoup de choses ", il a les outils en main pour entrer par la grande porte dans le métier.A.-F.M.