" Déconnectée " du quotidien, gouvernée par la " recherche d'excentricité " - d'où ses tarifs exorbitants, fixés arbitrairement par le bon vouloir de " couturiers égocentriques " : c'est ce qu'on entend encore trop régulièrement au sujet de la mode. L'automne-hiver qui se profile pourrait pourtant ébranler ces certitudes. Non pas que ce laboratoire de tendances ne se positionne subitement plus à l'avant-garde ; c'est là un élément de sa définition, normal que ses partis pris puissent choquer de prime abord. D'ailleurs, Demna Gvasalia, directeur artistique de Balenciaga et fondateu...

" Déconnectée " du quotidien, gouvernée par la " recherche d'excentricité " - d'où ses tarifs exorbitants, fixés arbitrairement par le bon vouloir de " couturiers égocentriques " : c'est ce qu'on entend encore trop régulièrement au sujet de la mode. L'automne-hiver qui se profile pourrait pourtant ébranler ces certitudes. Non pas que ce laboratoire de tendances ne se positionne subitement plus à l'avant-garde ; c'est là un élément de sa définition, normal que ses partis pris puissent choquer de prime abord. D'ailleurs, Demna Gvasalia, directeur artistique de Balenciaga et fondateur de Vetements, le label qui fait sensation, est le premier à le reconnaître, lui dont aucune proposition ne laisse indifférent : " J'ai compris à quel point souvent mes idées sont mal interprétées, j'ai réalisé qu'il fallait que je m'exprime plus ", nous a-t-il confié dans une de ses rares interviews. Quant aux montants parfois stratosphériques affichés sur les étiquettes des modèles dessinés par ce Géorgien de 37 ans et son collectif, il les regrette, parce qu'en 2018 " le look devrait être inclusif et pas exclusif " mais les justifie par " la mathématique de construction du prix de la mode " qui additionne une série de marges de bénéfices, du styliste à la boutique en passant par divers grossistes et retailers. Et surtout, dans son cas, par la volonté de bosser avec " un atelier à Paris avec lequel on travaille depuis le début " et pas avec une obscure usine du Bangladesh surexploitant ses ouvriers. Là, ce sont quelques lieux communs qui s'effondrent, non ? Reste, pour ceux qui s'accrocheraient à leurs a priori, à les confronter à l'évolution qu'a connue le secteur ces derniers temps, et que les collections de cet hiver exemplifient parfaitement : davantage de sportswear, d'inspiration venant de la rue, de coolitude dans les matières. Egalement dans les grandes maisons. Ainsi, chez Chanel, les codes de l'iconique veste de tailleur imaginée par Mademoiselle se déclinent en doudounes légères, tandis que tweed et laine feutrée participent au confort. Chez d'autres, c'est le tissu matelassé ou la jupe large, fouettant le mollet, qui s'imposent. Enfin, il y a la cape et la parka, pièces-phares du dressing de la saison, des " vêtements qui ont été inventés pour servir à quelque chose ", s'enthousiasme Lutz Huelle, qui a fait de la seconde un incontournable de son prêt-à-porter. Proposer des habits qui servent à s'habiller, voilà sans doute une manière radicale de tordre le cou aux préjugés. A moins qu'un petit dessin soit en définitive plus parlant qu'un long discours ? Léonie, jeune illustratrice bruxelloise qui rejoint l'équipe du Vif Weekend, devrait achever de convaincre les plus récalcitrants. Chaque semaine, son " Coup d'oeil ", sans concessions mais bienveillant, pourrait bien réconcilier pro et anti-fashion.