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Quand on s'appelle Stéphanie Pérèle et qu'on a grandi dans la lingerie, on peut, comme ses soeurs, choisir d'être pénaliste ou vétérinaire. On peut aussi décider d'entrer dans la société éponyme par la petite porte, malgré qu'on soit "la fille du patron", avec un CDD de six mois d'abord, puis un autre, pour occuper aujourd'hui le poste de directrice du pôle Produits, aux côtés du directeur général, son cousin Mathieu Grodner. On la croirait presque redevenue petite fille quand elle dit, bon sang ne saurait mentir, que Lise Charmel et Barbara n'existent pas alors que Simone Pérèle, elle, est bien réelle, elle en sait quelque chose, c'était sa mamy. Premier souvenir "pas très corporate", celui d'une femme élégante, même le week-end, qui s'habillait à la campagne d'"un tailleur-pantalon avec un joli tee-shirt blanc et des escarpins", parce qu' "on ne sait jamais qui on peut croiser, on se doit d'être toujours chic". Ce qui ne l'empêchait pas d'être aussi une grand-mère "par excellence", à toujours mettre "les petits plats dans les grands", qui les recevait chaque mercredi, les trois soeurs et les cousins, tandis que les parents travaillaient chez Simone Pérèle. Car dans la famille, on pratique la corseterie de mère en fille, beaux-fils compris, et depuis 1948, ce qui nous fait bientôt 70 ans pour cette entreprise française indépendante sise à Clichy, 1500 salariés et un marché tourné vers l'export, avec l'Australie en pole position. La troisième génération est désormais aux commandes, Stéphanie Pérèle connaît l'adage qui veut que ce soit celle qui d'habitude détruit l'empire patiemment construit par les prédécesseurs, elle le balaie d'un revers de main gracieux. "Cela ne me fait pas peur, Mathieu et moi vivons la marque depuis que nous sommes nés, et très vite, nous avons su que nous avions envie de bosser dans la société, nous nous sommes donné les moyens pour faire notre propre expérience, monter en puissance pour offrir toutes les armes à Simone Pérèle." Ce qui, dans le cas de cette jeune femme de 35 ans, mère de deux garçons, épouse d'un spécialiste de la truffe, consista à choisir une école de commerce et une formation en management à l'Institut français de la mode, puis un apprentissage sur le terrain, chez le joaillier Boucheron et chez Yves Saint Laurent, période Stefano Pilati. Avant d'entrer in fine dans la maison fondée par sa mamy, qui la voit d'abord travailler pour Implicite, la deuxième marque du label : "Cela me permettait de connaître la corseterie sans être dans le mastodonte, c'est plus petit en termes de structures, de chiffres et cela m'a permis de découvrir d'autres process." Jusqu'à ce que le cousin Mathieu l'invite à réfléchir - "Nous avons créé un organigramme ensemble et nous l'avons proposé à nos parents respectifs, pour savoir où on pouvait aller et si c'était adapté ou pas." Depuis, ils ont ciselé une feuille de route qui entend bien faire entrer Simone Pérèle dans leur siècle, avec une vision à long terme. Et comme après-demain c'est déjà demain, le septantième anniversaire se profilant à l'horizon, elle a passé toutes les archives en revue, y a dégotté un modèle qui pourrait bien inspirer la création, pas même démodé, "la lingerie que ma grand-mère créait était novatrice". La petite-fille de la patronne a beau être née dedans, elle s'émerveille encore : un bout de dentelle, une broderie et, à l'arrivée, une parure qui nécessite une construction ultra-calibrée. "J'ai toujours entendu ma mère dire - et cela m'énervait - : "On travaille au millimètre près"." Il n'y plus lieu de s'énerver, ce discours exigeant est désormais le sien.