Il s'amuse à dire que son oeuvre était " comme un cours intensif de ce qu'il ne fallait pas faire dans la photographie ". William Klein est un fort en thème qui n'en fit qu'à sa tête - raison de plus pour prendre exemple. " Pas de règles, pas d'interdits, pas de limites. " Il est né un jour d'avril 1928 aux portes de Harlem, a étudié précocement la sociologie, rêvé de Paris et découvert sous l'uniforme de la U.S. Army l'Allemagne puis la France d'après-guerre. Il a alors étudié à la Sorbonne puis intégré l'atelier de Fernand Léger et d'André Lhote, il se voyait peintre.

Jusqu'à ce qu'il découvre par accident la puissance libératrice de la photo dans l'atelier de l'architecte italien Mangiarotti. Lui qui vient de la peinture géométrique " hard edge ", " d'où le monde extérieur était exclu ", prend soudain conscience que ce medium est une " fenêtre ouverte sur la vie ". Et quelle vie, où règnent le flou, le bougé, le décadré, la violence des contrastes, l'agitation chaotique des métropoles. Dès 1954, il travaille pour Vogue, fait descendre la mode dans la rue, la fige au grand angle souvent, dans des compositions complexes intensément subjectives qui bousculent le genre ainsi éjecté du studio aseptisé. C'est pourquoi, loin de tout standard, il a placé ici Antonia et Simone dans l'entrée du Barber shop, robes du soir et gants blancs, New York, 1962.

Dans la vitrine, un homme en uniforme s'est croisé les bras et la réalité soudain a pris le dessus. C'est pareil quand il se met en tête de documenter sa ville natale, Rome, Moscou, Tokyo et Paris : ses clichés se lisent comme des textes, ses planches-contacts aussi. Devant l'acuité d'un tel regard, la Galerie de la Béraudière, à Bruxelles, s'incline et choisit d'exposer ses photos de mode et de rue datées des années 1960, quand la " street photography " n'était pas encore devenue un tic de langage.

William Klein, Galerie de la Béraudière, 6, rue Jacques Jordaens, à 1000 Bruxelles. www.delaberaudiere.com

Du 7 septembre au 13 octobre.