Avez-vous dû faire face au sexisme dans votre métier?

Pour mes trois courts métrages, je n'ai jamais été confrontée à ce problème lié au fait que je sois une réalisatrice et pas un réalisateur. Je m'en suis aperçue pour mon premier long métrage. A compétences égales, il faut parfois prouver maintes fois plus qu'un réalisateur, mais sans aucune raison. Quel est l'enjeu entre un court et un long métrage? Un enjeu économique peut-être avec plus de pression par rapport à un budget mais personnellement j'ai fait ce long métrage avec la même application et le même professionnalisme. Sur un plateau il y a souvent plus d'hommes, des ambiances plus masculines et une femme peut se sentir exclue, c'est même parfois fait un peu exprès.

Les organisateurs du TIFF cherchent à tendre vers la parité avec plus de films réalisés par des femmes. Est-ce une solution pour éliminer toute disparité?

Quelle que soit la problématique, j'ai du mal à me mettre dans une position de victimisation car les torts sont partagés. Les responsabilités incombent à la fois aux hommes et aux femmes et pour que les choses progressent il y a aussi la façon dont une femme se positionne, et inversement un homme. On se construit nos propres prisons.

Dans votre métier, comment vous positionnez-vous face à cette question?

J'essaie de rester moi-même au-delà du genre. Jeune et débutante, je découvre les choses par moi-même et je n'ai pas d'idées figées même si certains gardent des idées préconçues. Récemment, un professionnel renommé du cinéma m'a dit: +Joan, c'est incroyable, tu es restée féminine+. Comme si une femme réalisateur perdait une partie de sa féminité!