A l'approche du mois de décembre, au début duquel les autorités réévalueront les mesures de sécurité en vigueur dans le pays, la population semble partagée en deux camps: ceux qui attendent les nouvelles recommandations avec le couteau à huîtres entre les dents, et la ferme intention de les contourner en les réinterprétant à leur avantage - et les autres. Ceux qui ne se sont pas fait trop d'illusions en voyant l'affaire venir de loin, et qui se préparent à une période des fêtes en demi-teinte, où personne ne prendra un air docte pour se féliciter de la finesse des bulles au moment de trinquer (vous êtes autorisés à recycler cette vanne pour égayer l'apéro, c'est ...

A l'approche du mois de décembre, au début duquel les autorités réévalueront les mesures de sécurité en vigueur dans le pays, la population semble partagée en deux camps: ceux qui attendent les nouvelles recommandations avec le couteau à huîtres entre les dents, et la ferme intention de les contourner en les réinterprétant à leur avantage - et les autres. Ceux qui ne se sont pas fait trop d'illusions en voyant l'affaire venir de loin, et qui se préparent à une période des fêtes en demi-teinte, où personne ne prendra un air docte pour se féliciter de la finesse des bulles au moment de trinquer (vous êtes autorisés à recycler cette vanne pour égayer l'apéro, c'est cadeau). Soyons honnêtes, cette digne résignation, certains l'accueillent même avec une pointe de soulagement, surtout dans la région hépatique, étant cette année autorisés à faire l'impasse sur le traditionnel marathon de gueuletons.Mais tout de même. Pas de bombance à répétition, ni de marchés de Noël réchauffés au glühwein ou de parcours d'illuminations, l'air de rien, c'est tout un secteur qui tire violemment la tronche ; un peu comme George Michael dans le clip de Last Christmas, quand la vue d'une broche en forme d'edelweiss au revers de son ex lui rappelle l'insouciance du réveillon précédent ; c'est si loin, "il y a un an".Se riant de l'actuel marasme, un type précis de business typiquement de saison se porte pourtant comme un charme: celui des calendriers de l'Avent. Depuis quelques années, les marketeurs de tous horizons s'en donnent à coeur joie et l'exercice a largement dépassé le cadre des produits de bouche - mais reste une excuse très valable pour s'empiffrer et/ou picoler en toute impunité. Maquillage et beauté, bibelots, énigmes et casse-têtes, déco DIY, bijoux, pierres ésotériques, cannabis légal, chaussettes Harry Potter, sans oublier la variante zéro déchets ou celle destinée aux animaux de compagnie, il y en a pour tous les goûts - même les plus épicés, en témoignent le nombre d'éphémérides dits "coquins" garnis de sextoys et d'autres distractions à tester. Et il est assez amusant de constater que les trésors d'imagination ainsi déployés ne le sont pas à l'intention de ces chères têtes blondes, mais à celle de leurs parents. Or, le calendrier de l'Avent fut inventé au milieu du XIXe, justement pour aider les enfants à patienter jusqu'au 25. Cent cinquante ans plus tard, on pourrait arguer que les adultes d'aujourd'hui sont considérés, sans doute à raison, comme des gosses dotés de pouvoir d'achat, tout aussi infoutus que leur progéniture à attendre le soir de Noël pour déballer quelques bricoles. Mais après tout, il n'y a pas de mal à se faire plaisir, surtout si cela contribue à maintenir en vie une tradition centenaire bien de chez nous, à l'heure où certains s'indignent trois jours par an que nos racines chrétiennes soient bafouées sous prétexte qu'un marché de Noël a été renommé. C'est en partie vrai, à un détail près: l'Avent était à l'origine un temps liturgique, quatre semaines de purification et de pénitence marquées par le jeûne et l'abstinence. Soit, en gros, l'exact contraire de ce que nous réservent les 24 cases de ces fameux calendriers. Caramba, encore raté.