" Did I tell you that you let me get close and I let you get closer ? " Tôt le matin dans une rue de New York du début des années 90, la très jeune fille de 18 ans a pris place dans le taxi, contre le garçon. Pour Harper's Bazaar Uomo, Kate Moss et Marcus Schenkenberg jouent le jeu du shooting mode, sous le regard de Stephanie Pfriender Stylander qui les prend en photo comme elle l'a toujours fait, avec le désir impérissable de découvrir leur essence puis de la raconter en image. Mais n'est-ce pas là la quête ...

" Did I tell you that you let me get close and I let you get closer ? " Tôt le matin dans une rue de New York du début des années 90, la très jeune fille de 18 ans a pris place dans le taxi, contre le garçon. Pour Harper's Bazaar Uomo, Kate Moss et Marcus Schenkenberg jouent le jeu du shooting mode, sous le regard de Stephanie Pfriender Stylander qui les prend en photo comme elle l'a toujours fait, avec le désir impérissable de découvrir leur essence puis de la raconter en image. Mais n'est-ce pas là la quête inavouée de tout artiste muni d'un appareil et décidé à se confronter au genre humain, fût-il fashion ? Sauf qu'avec l'Américaine, la chose n'est pas tue. " J'étais curieuse, j'ai commencé à photographier les gens, j'avais besoin de savoir qui ils étaient. " Formée à la School of Visual Arts de New York et un temps assistante d'Art Kane, elle plonge ses racines dans les séances de cinéma de quartier qu'elle s'est offertes sur les Champs-Elysées, des lambeaux de nouvelle vague, de néo-réalisme italien et de John Cassavetes. " Tout sur écran était poétique, séduisant, mystérieux, douloureusement beau. L'histoire humaine, pleine d'imperfections, les réalités de la vie, c'est cela qui m'a poussée à la photographie. " Et c'est cela aussi qu'elle traque, en noir et blanc souvent, derrière les visages et les corps des modèles qui, pour elle, ont des prénoms et des artistes qui posent devant elle pour Newsweek, Esquire, GQ, les Keith Richards, Béatrice Dalle, Nicole Kidman, Bjork et Heath Ledger qu'elle contraste, dénudés, c'est une métaphore. Ses narrations argentiques prouvent en une vibration silencieuse que le noir révèle les paysages intérieurs, si ce n'est alentour. En 138 photos, The Untamed Eye paru aux éditions MW cartographie son travail de l'époque, de 1990 à 2006, tandis que la Galerie de l'Instant, à Paris, l'expose. Stephanie Pfriender Stylander ne vient pas de nulle part, elle dédie son oeil sauvage, notamment, à ses grands-parents italiens, Amelia et James Federici, qui les premiers lui " firent découvrir the European way of life ". Et aligne les mots qui font écho à ses tirages, débutant par ce souvenir-ci : " Did I tell you the moon was full and bounced across the dark sky lighting up the bedsheets filled with pages of paper and word ? " et se clôturant sur celui-là : " Did I tell you it was uncomfortably desirable ? "