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La détermination a parfois d'étranges manières de se manifester. Percutée par une voiture à quelques heures de notre interview, Sofiia Manousha a simplement demandé, entre deux pompiers, à modifier notre lieu de rendez-vous. L'adepte du no make-up nous a donc ouvert sa porte dans sa tenue préférée, un legging, avec un bracelet des urgences pour accessoire. L'action avant tout. Le volontarisme, c'est ce qui lui a plu chez Laila, le personnage qu'elle interprète dans Insoumise, de Jawad Rhalib. Arrivée du Maroc pour travailler comme saisonnière en Belgique, Laila a emporté dans ses bagages ses valeurs et le besoin de les faire respecter. " Indignée " face au régime de son pays d'origine, la voilà révoltée face aux conditions de travail dans le verger. " Je me reconnais dans ce côté survolté et qui ne lâche rien,explique la trentenaire qui a un jour décidé qu'elle serait actrice et a abandonné un emploi dans la communication pour y arriver. Pour Laila, c'est le combat avant tout. Son combat de Marocaine, de femme, son combat d'humain. " Dans cette universalité des causes, elle trouve également un écho. " Je suis profondément européenne et intensément marocaine. Je suis un pur produit occidental, mais je sais d'où je viens. Je ne me sens pas perdue entre deux cultures, je suis dans ma culture, la culture 2017. On a tendance à penser que, si tu es Marocaine, soit tu vis à Marrakech dans la médina et tu manges du couscous, soit tu vis en Europe, dans une cité avec trois grands frères et tu te bats pour faire Sciences-po. Moi, grâce à Dieu, j'ai une soeur plus jeune, mes parents m'ont mise au piano quand j'étais petite, ils m'ont inculqué des valeurs de vie. Insoumise aborde les choses d'une manière plus juste que ce que l'on voit parfois dans les médias. " Avec Jawad Rhalib, Sofiia a également tourné 7, rue de la Folie et prépare un documentaire avec le réalisateur belgo-marocain. " Il me dit souvent que je fais de la politique sans le savoir ", rapporte la jeune femme. Leur projet, intitulé Au temps où les Arabes dansaient, s'intéresse " au positionnement de la femme arabe dans l'art à travers son corps ". Un axe singulier qui semble dessiné pour l'actrice qui pratiquait le yoga et privilégiait les aliments végétariens bien avant que l'univers ne découvre Instagram. " Pendant longtemps, je n'osais même pas en parler, les gens associaient ça à des histoires de gourous ", explique-t-elle. " Mon physique est mon outil de travail, j'ai besoin de me sentir bien. Je suis dévouée à mon métier, au fait de raconter des histoires. Je mets mon corps au service de cette dévotion en faisant attention à ce que je mange, en dormant bien. En revanche, je suis contre les excès. Il ne faut pas "trop" bien manger et être aseptisé, tout est question d'équilibre. " Multitâche, l'inconditionnelle du vinyasa, adepte du chocolat et de bons repas, peaufine la mise en ligne d'un site sur lequel elle partagera ses recettes et bons plans. Elle est également en train de terminer le montage de son premier long-métrage, Brûle, dont elle partage la réalisation avec Al Bronsky. Une nouvelle étape dans la vie de l'artiste qui a des allures de clin d'oeil karmique, car c'est sous la caméra du jeune homme qu'en 2009 elle tourna, presque à contrecoeur et comme un service, le clip qui lui insuffla " l'urgence de faire du cinéma ". A l'époque, elle incarnait " la soeur d'un petit mec " nommé Tahar Rahim. Longue vie à la fratrie. PAR CÉLINE FION