L'Effronté qui sort en France mercredi prochain est consacré au photographe (1920-2004), juif rescapé de l'Allemagne nazie dont l'esthétique du triomphe a marqué sa façon de représenter les femmes, ses provocations anti-bourgeoises et son humour au second degré.

"C'est un bon moment pour ce film parce que l'époque dans laquelle nous vivons devient de plus en plus politiquement correct et prude. Il y a une tendance à contrôler et censurer nos goûts", avance auprès de l'AFP le réalisateur allemand Gero von Boehm.

Seules témoignent les femmes qui ont travaillé avec Helmut Newton, un parti pris de ce documentaire. "Avant ce film, il n'y avait pas de témoignages de femmes sur Helmut et je me suis demandé "Pourquoi ne pas leur donner carte blanche"?", raconte le réalisateur.

., Belga Images
. © Belga Images

Misogyne?

Dans une émission à la télévision française en 1979, dont une séquence est montrée dans le film, la romancière et militante américaine Susan Sontag lance à Helmut Newton que ses images sont "misogynes".

Mais ses célèbres muses défendent, nuancent et expliquent l'importance de telles images qui interpellent ou explorent les fantasmes masculins. "Il exposait et expliquait ce que ressentaient les hommes. "Tu me plais - je te maudis". Le machisme est l'expression d'une culture", raconte ainsi Isabella Rossellini. "Féministe", elle acceptait d'être l'objet d'un tel exercice.

Mais quelle est la lecture de ces photos à l'ère de Metoo?

"On est complètement dans le thème. Dire qu'on n'est pas dans le féminisme, c'est "mécomprendre" les photos de Helmut Newton", estime auprès de l'AFP la mannequin autrichienne et muse du photographe Silvia Gobbel.

Interrogé par l'AFP, le directeur du musée Helmut Newton à Berlin, Matthias Harder, dit que l'établissement n'a "pas eu moins de visiteurs" depuis le mouvement #MeToo, et "les photographies d'Helmut Newton continuent d'être publiées dans de nombreux magazines et présentées dans des expositions à travers le monde."

Helmut Newton, photographe de mode à l'influence capitale dans la seconde moitié du XXe siècle, Getty Images
Helmut Newton, photographe de mode à l'influence capitale dans la seconde moitié du XXe siècle © Getty Images

Metoo "était et reste un débat très important pour dénoncer les agressions sexuelles. Ni Helmut Newton en tant que photographe ni notre travail au sein de la Fondation n'ont été la cible d'accusations dans ce contexte", a-t-il souligné.

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Force de la nudité

"De grandes actrices comme Isabella Rossellini ou Charlotte Rampling, (la mannequin) Claudia Schiffer et (la rédactrice en chef de l'édition américaine de Vogue) Anna Wintour racontent comme moi leurs expériences de travail avec Helmut Newton. On est toutes d'accord pour dire qu'il était très respectueux vis-à-vis des femmes", déclare Sylvia Gobbel.

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Sur ces photos où quatre femmes posent habillées en haute couture, puis nues dans la même posture, la nudité révèle la force des femmes, selon la muse du photographe. "Elles ne regardent pas l'objectif pour séduire le photographe, mais au-dessus, loin, c'est elles-mêmes qui décident", souligne-t-elle. Le photographe travaillait "avec des femmes fortes qui géraient elles-mêmes leur image".

Certaines photos provoquent un tollé, même à l'époque de toutes les libertés, comme celles de la mannequin Nadja Auermann, en pleine santé et des talons vertigineux aux pieds, représentée avec des béquilles ou en fauteuil roulant. Ces images étaient censées dénoncer l'effet handicapant des chaussures inconfortables pour les femmes, mais elles ont heurté les handicapés.

"Il était un peu pervers, mais moi aussi, alors ça va", plaisante Grace Jones, chanteuse, mannequin jamaïcaine et icône des années 70 et 80. "Sexiste, raciste, je n'ai rien ressenti de tout cela. J'ai déjà attaché des hommes blancs", dit-elle pour commenter la photo qui la représente nue et attachée avec une chaîne à la cheville.

L'Effronté qui sort en France mercredi prochain est consacré au photographe (1920-2004), juif rescapé de l'Allemagne nazie dont l'esthétique du triomphe a marqué sa façon de représenter les femmes, ses provocations anti-bourgeoises et son humour au second degré. "C'est un bon moment pour ce film parce que l'époque dans laquelle nous vivons devient de plus en plus politiquement correct et prude. Il y a une tendance à contrôler et censurer nos goûts", avance auprès de l'AFP le réalisateur allemand Gero von Boehm.Seules témoignent les femmes qui ont travaillé avec Helmut Newton, un parti pris de ce documentaire. "Avant ce film, il n'y avait pas de témoignages de femmes sur Helmut et je me suis demandé "Pourquoi ne pas leur donner carte blanche"?", raconte le réalisateur. Dans une émission à la télévision française en 1979, dont une séquence est montrée dans le film, la romancière et militante américaine Susan Sontag lance à Helmut Newton que ses images sont "misogynes".Mais ses célèbres muses défendent, nuancent et expliquent l'importance de telles images qui interpellent ou explorent les fantasmes masculins. "Il exposait et expliquait ce que ressentaient les hommes. "Tu me plais - je te maudis". Le machisme est l'expression d'une culture", raconte ainsi Isabella Rossellini. "Féministe", elle acceptait d'être l'objet d'un tel exercice. Mais quelle est la lecture de ces photos à l'ère de Metoo? "On est complètement dans le thème. Dire qu'on n'est pas dans le féminisme, c'est "mécomprendre" les photos de Helmut Newton", estime auprès de l'AFP la mannequin autrichienne et muse du photographe Silvia Gobbel. Interrogé par l'AFP, le directeur du musée Helmut Newton à Berlin, Matthias Harder, dit que l'établissement n'a "pas eu moins de visiteurs" depuis le mouvement #MeToo, et "les photographies d'Helmut Newton continuent d'être publiées dans de nombreux magazines et présentées dans des expositions à travers le monde."Metoo "était et reste un débat très important pour dénoncer les agressions sexuelles. Ni Helmut Newton en tant que photographe ni notre travail au sein de la Fondation n'ont été la cible d'accusations dans ce contexte", a-t-il souligné. "De grandes actrices comme Isabella Rossellini ou Charlotte Rampling, (la mannequin) Claudia Schiffer et (la rédactrice en chef de l'édition américaine de Vogue) Anna Wintour racontent comme moi leurs expériences de travail avec Helmut Newton. On est toutes d'accord pour dire qu'il était très respectueux vis-à-vis des femmes", déclare Sylvia Gobbel. Sur ces photos où quatre femmes posent habillées en haute couture, puis nues dans la même posture, la nudité révèle la force des femmes, selon la muse du photographe. "Elles ne regardent pas l'objectif pour séduire le photographe, mais au-dessus, loin, c'est elles-mêmes qui décident", souligne-t-elle. Le photographe travaillait "avec des femmes fortes qui géraient elles-mêmes leur image".Certaines photos provoquent un tollé, même à l'époque de toutes les libertés, comme celles de la mannequin Nadja Auermann, en pleine santé et des talons vertigineux aux pieds, représentée avec des béquilles ou en fauteuil roulant. Ces images étaient censées dénoncer l'effet handicapant des chaussures inconfortables pour les femmes, mais elles ont heurté les handicapés."Il était un peu pervers, mais moi aussi, alors ça va", plaisante Grace Jones, chanteuse, mannequin jamaïcaine et icône des années 70 et 80. "Sexiste, raciste, je n'ai rien ressenti de tout cela. J'ai déjà attaché des hommes blancs", dit-elle pour commenter la photo qui la représente nue et attachée avec une chaîne à la cheville.