A Istanbul, la traversée par bateau entre l'Europe et l'Asie ne prend que vingt minutes et vaut à elle seule le spectacle. Les quais encombrés de la Corne d'or et les " grands classiques " de la rive européenne - dôme de Sainte-Sophie, toits du palais de Topkapi et tour génoise de Galata - s'éloignent à l'horizon. Au revoir l'Occident, cap sur l'Orient. A bord du Vapur, le ferry qui assure la liaison, les passagers profitent du paysage unique de cette parenthèse flottante entre deux continents. Tout est prévu pour que ce moment magique se déroule parfaitement : des serveurs déambulent avec du thé et des simits, les pains au sésame légèrement briochés en forme d'anneau. Des musiciens jouent des airs traditionnels. Sur le pont, on fait la course avec les goélands et on contemple avec effroi le passage des pétroliers sur le Bosphore.
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A Istanbul, la traversée par bateau entre l'Europe et l'Asie ne prend que vingt minutes et vaut à elle seule le spectacle. Les quais encombrés de la Corne d'or et les " grands classiques " de la rive européenne - dôme de Sainte-Sophie, toits du palais de Topkapi et tour génoise de Galata - s'éloignent à l'horizon. Au revoir l'Occident, cap sur l'Orient. A bord du Vapur, le ferry qui assure la liaison, les passagers profitent du paysage unique de cette parenthèse flottante entre deux continents. Tout est prévu pour que ce moment magique se déroule parfaitement : des serveurs déambulent avec du thé et des simits, les pains au sésame légèrement briochés en forme d'anneau. Des musiciens jouent des airs traditionnels. Sur le pont, on fait la course avec les goélands et on contemple avec effroi le passage des pétroliers sur le Bosphore. La célèbre tour de Léandre nous accueille en Asie. La Kiz Kulesi a servi de tour de garde puis de phare, avant d'être convertie en restaurant. Son histoire est liée à une légende. Un empereur avait appris qu'un sort avait été jeté à sa fille adorée. Elle mourrait d'une morsure de serpent avant ses 18 ans. Pour la sauver, ce père attentionné fit construire l'édifice sur un rocher au milieu de l'eau. En vain. Le reptile maléfique parvint à s'immiscer dans un panier et tua la princesse. L'impressionnante façade fantomatique de l'ancienne gare de Haydarpa?a signale notre arrivée à Kadiköy. Construite en 1909 dans un style néo-renaissance propre à l'architecture allemande, c'est d'ici que partait la ligne Istanbul-Bagdad. L'édifice n'est plus en fonction mais une surprise nous y attend : le restaurant Mythos et ses mezzés, ses calamars frits et son poisson frais, le tout servi sur de grandes tables communautaires avec du raki, l'alcool anisé local. Parfait pour se mettre dans l'ambiance du quartier, entre terre et mer. En s'enfonçant dans ses ruelles, on tombe sur le marché permanent : une ruche à ciel ouvert où faire le plein de produits du cru : fruits et légumes, poissons, épices, olives, miel, eau de rose... et bien sûr les fameux Turkish delights, les loukoums colorés à la noisette, à la pistache ou à la noix de coco. Belge installée en Turquie depuis neuf ans, Melody De Visscher adore déambuler le long des étals de ce " bazaar ", dans un climat très animé. " Il y a une énergie géniale. Les commerçants vous connaissent, ils vous appellent par votre nom, ils prennent des nouvelles. Ça vous met tout de suite de bonne humeur ", explique-t-elle. La première fois qu'elle a posé le pied en Turquie, la jeune femme a eu un sentiment de déjà-vu. " Le paysage, les habitants, la langue, le parfum dans l'air, la nourriture, tout me disait quelque chose. " Aventurière dans l'âme, elle a tout fait pour venir vivre dans ce pays. Rêve exhaussé. Deuxième coup de foudre : elle épouse un Turc et donnera plus tard naissance à un fils, Jazz. Le couple décide un jour de quitter la rive européenne d'Istanbul pour le côté anatolien et le quartier de Moda, sorte de presqu'île donnant sur la mer de Marmara. Sa marina, sa promenade le long du rivage, ses jardins de thé, ses terrasses de café et son célèbre glacier Ali Usta, on s'y sent comme en vacances. " Nous sommes entourés d'eau. Cette partie de la ville est plus plate et plus verte que son côté européen. C'est cela que j'apprécie le plus. Et on se déplace en Vespa ! ", se réjouit la désormais Stambouliote. Ancienne journaliste reconvertie en conseillère en allaitement, l'expatriée a relaté ses premiers pas là-bas à travers son livre en ligne Istanbulle. Sorte de journal intime numérique, il compte une centaine d'anecdotes pour " montrer une Turquie que les Belges ne connaissent pas ", précise l'auteure, dont l'aventure se poursuit entre Orient et Occident. C'est aussi un coup de foudre qui lie Didem Sengun Turan à ce pays. Il y a un an et demi, la Belge d'origine turque croise le regard de Ferit dans un bar au bord de la mer Egée. Le grand amour est au rendez-vous. Douze mois plus tard, ils se marient et élisent domicile près du fameux stade de football de l'équipe de Fenerbahçe, côté asiatique. Un choix évident pour eux : " La mer est à cinq minutes à pied. Istanbul est une mégapole de 18 millions d'habitants. Ici, on peut se sentir en harmonie avec la nature. Et je vais travailler en bateau, c'est un des grands avantages de vivre à cet endroit ! ", raconte-t-elle. Ce bol d'air, le couple en profite ensemble tous les week-ends. Leur habitude : commencer la journée par un serpme kahvalti, le petit-déjeuner traditionnel. Celui-ci, plutôt salé, se compose de plusieurs mets : tomates, concombres, assiettes de fromages frais, olives noires ou vertes, salam ou sucuk (sorte de chorizo sans porc), omelettes ou oeufs brouillés, miel, confiture de cerise, accompagnés de pain ou d'un gözleme, une galette fourrée aux légumes, à la viande ou au fromage, et arrosés de thé à volonté. " On mange d'abord avec les yeux. Je n'échangerais ce rituel pour rien au monde ", avoue-t-elle. Une de ses adresses préférées à Moda : Modavan kahvalti, où l'on peut goûter à tous ces délices sous une jolie treille, à cinq minutes de la jetée. Didem et Ferit empruntent ensuite la promenade qui longe la côte, dans le parc Moda Sahil (plage de Moda en turc). Pas de sable mais de la verdure et des rochers d'où l'on peut admirer la mer et les voiliers. Les résidents s'y retrouvent pour des cours de yoga, de taï-chi et même de tango en plein air. Flâner dans les rues est aussi ressourçant. Il suffit de lever le nez pour découvrir une foule de détails d'architecture et de belles fresques murales. Et les galeries d'art et boutiques ne manquent pas. Lors des occasions spéciales, Didem réserve une table au jardin, chez Viktor Levi, un restaurant turc qui propose une carte internationale - et produit son propre vin - dans un très riche décor Art déco. En remontant le Bosphore, on recule aussi le temps. Trois mosquées impériales nous attendent à Üsküdar. Deux sont signées par Sinan, célèbre architecte ottoman, favori de Soliman le Magnifique. La plus imposante est celle de l'Escale, Iskele Camii en turc, construite en 1548 non loin de l'embarcadère. On l'appelle aussi Mihrimah, du nom de la fille de Soliman et de Roxelane, en l'honneur de laquelle elle fut construite. L'architecte Sinan a également réalisé la mosquée miniature du Grand Vizir Semsi Pacha, édifiée directement à fleur d'eau. Enfin, un peu plus récente, la mosquée Yeni Valide terminée en 1710 est un havre de paix dans le quartier populaire d'Üsküdar. C'est là que repose la sultane Emetullah Gulnus, mère du sultan Ahmed iii, qui avait demandé à être enterrée dans un mausolée à ciel ouvert, sous un lit de roses. Cet écrin en fer forgé, situé dans le complexe de l'édifice religieux, est un ouvrage unique en son genre. Pour une pause dans cette ambiance historique, il n'y a qu'à gravir l'escalier raide derrière la mosquée de l'Escale, jusqu'au seuil du Payedar Kahve, un salon de thé au style ottoman, sur plusieurs étages. Sur le toit-terrasse, les serveurs vous apportent votre breuvage dans un samovar (théière double), puis le versent, doux ou corsé, dans des petits verres en forme de tulipe. A l'heure de la prière, on est aux premières loges pour écouter le chant du muezzin.Plus au nord, nous atteignons Kuzguncuk, un vieux quartier stambouliote, symbole de tolérance. Ici, une synagogue et des églises grecque orthodoxe et arménienne coexistent avec les mosquées. Ses maisons en bois peint de l'époque ottomane et son magnifique jardin potager communautaire font le bonheur des photographes. La rue principale est bordée de cafés stylés. Derrière l'entrée sculptée de la librairie Nail Kitabevi & Café, on sirote un petit noir du label Julius Meinl en feuilletant un livre ou en prenant simplement plaisir à être là, dans ce décor de film. En chemin vers le petit port de Beylerbeyi, Annick Vandendorpe salue tout le monde sur son passage : " Merhabalar ! " Du chauffeur de taxi croisé en route aux employés des cafés et restaurants, jusqu'aux chiens des rues. " Celui-là, je le connais ", explique la Belge, qui a recueilli Blacky, un grand berger noir, ainsi qu'un chat errant, venus trouver refuge chez elle. Un signe, sans doute, de son adaptation à son nouveau pays. Après une vie professionnelle de vingt-six ans chez nous, Annick a suivi son mari, Raf, envoyé par sa compagnie là-bas. " Je ne voulais pas vivre dans un complexe avec des expatriés. Je voulais habiter dans une rue avec des locaux ", se souvient-elle. Après maintes recherches, le couple est séduit par une ancienne maison ottomane sur les hauteurs de Beylerbeyi, lieu de villégiature des sultans ottomans, sur la rive est de l'ex-Constantinople. Ils tombent sous le charme authentique du coin, de son palais en marbre, de sa mosquée et de son hammam traditionnel datant de 1778... toujours chauffé au bois ! " Nous nous rendons bien sûr dans le vieux centre qui grouille de monde et de touristes, sur la rive européenne. Mais quand nous rentrons chez nous, tout est calme. Vivre côté asiatique est une des meilleures décisions que nous ayons prises ".