"Vue de l'extérieur, la vie nocturne évoque généralement surtout les plaisirs hédonistes, l'alcool qui coule à flots et les nuisances en tout genre, mais on ne pense jamais à sa plus-value, s'étonne Mirik Milan. Pourtant, pour les esprits créatifs, la nuit est aussi un temps propice aux rencontres, aux collaborations, à l'épanouissement des talents. Après avoir commencé, vers mes 20 ans, à organiser des soirées punk, je me suis mis à participer à des séances photo et autres événements culturels. Je suis convaincu qu'une vie nocturne animée est essentielle pour booster l'économie locale. "
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"Vue de l'extérieur, la vie nocturne évoque généralement surtout les plaisirs hédonistes, l'alcool qui coule à flots et les nuisances en tout genre, mais on ne pense jamais à sa plus-value, s'étonne Mirik Milan. Pourtant, pour les esprits créatifs, la nuit est aussi un temps propice aux rencontres, aux collaborations, à l'épanouissement des talents. Après avoir commencé, vers mes 20 ans, à organiser des soirées punk, je me suis mis à participer à des séances photo et autres événements culturels. Je suis convaincu qu'une vie nocturne animée est essentielle pour booster l'économie locale. "Après avoir grandi le long du Keizersgracht, en plein coeur d'Amsterdam, Mirik Milan en a été élu bourgmestre de la nuit en 2012. Initialement plutôt ludique, le titre est devenu, sous sa tutelle, une institution à part entière, subsidiée par la ville, qui sollicite désormais régulièrement ses conseils pour des décisions touchant aux heures d'ouverture, aux nouveaux lieux de sorties, aux mesures de lutte contre les nuisances et même à la durabilité. " Mon rôle est de connaître les besoins, d'assurer une fonction de médiation, de rassembler les uns et les autres, explique le trentenaire. Il faut que tout le monde puisse s'asseoir autour de la table : les responsables politiques, les fonctionnaires, l'horeca, les organisateurs des quelque quatre cent cinquante festivals qui se tiennent ici chaque année et, plus largement, tous ceux qui veulent développer des activités créatives jusqu'aux petites heures. Non pas pour évaluer ou adapter les décisions a posteriori, mais en amont, pour élaborer une politique en concertation et en connaissance de cause. Notre but n'est pas de multiplier les fêtes et les soirées, mais d'en améliorer les conditions pour tout le monde. " On lui doit notamment la mise sur pied d'un sommet international des bourgmestres de la nuit, l'introduction d'hôtes(ses) d'accueil dans les zones où se concentre la vie nocturne, de moments de networking pour les entrepreneurs, de portes ouvertes dans les clubs à l'intention des habitants, ainsi que la Nacht voor de Nacht, un événement annuel où un pass unique donne accès à une foule d'établissements. Récemment, l'expert a été consulté par Louis Vuitton pour son nouveau City Guideconsacré à Amsterdam. Mais la plus grande fierté de ce citadin dans l'âme est toutefois l'introduction, en 2014, d'autorisations spéciales qui permettent à une dizaine d'adresses de rester ouvertes jour et nuit, sans interruption. " Cette initiative a permis à notre ville de se profiler comme pionnière dans la vie by night. Au-delà du constat que le public des dancings sort de plus en plus tard, ces heures d'ouverture élargies permettent de développer des projets multifonctionnels réfléchis. On peut faire des tas de choses la nuit : le concept de la "simple" discothèque est dépassé ! " nachtburgemeester.amsterdam nachtvoordenacht.nl" L'élégance, ce n'est pas notre fort : la plupart des Italiens s'habillent plus cool à 50 ans qu'un Amstellodamois à 25 ans ", plaisante Mirik Milan. Pour lui, 2PR est LAboutique de mode masculine idéale, avec son offre décalée sans être tape-à-l'oeil. On y trouve les collections de Rick Owens, Damir Doma, Masnada ou encore Lost&Found et un assortiment cohérent, souvent dans des tons sombres. Propriétaire des lieux depuis une vingtaine d'années, Miro est un ami de Mirik Milan : " Il me propose toujours trois pièces, et j'en achète deux. " A la fois maison d'édition, label de disques, enseigne lifestyle et webshop, Mary Go Wild a ouvert ses portes en 2014 au coeur du quartier chinois. Ce concept store fait le bonheur des amateurs de dance grâce à ses livres, vinyls, DVD, tee-shirts et objets-souvenirs de toutes sortes... mais peut-être aussi et surtout grâce à ses séances de dédicaces avec des DJ locaux ou internationaux, et aux raves organisées en petit comité dans ses caves. " C'est aussi une bonne source de renseignements pour les oiseaux de nuit, que le personnel se fait toujours un plaisir d'orienter vers les fêtes les plus branchées. " Installé dans une maison de guilde du XVIIe siècle, le hub du célèbre label de design Droog est l'un des lieux favoris du bourgmestre de la nuit. Avec des créations comme la Rag Chair et le Chest of Drawers de Tejo Remy ou encore le Tree-Trunk Bench de Jurgen Bey, Droog a joué un rôle déterminant dans l'explosion du design néerlandais dans les années 90. Sa gamme de produits se retrouve non seulement dans le magasin au rez-de-chaussée, mais aussi dans l'agréable café qui occupe le premier étage et dans l'unique chambre d'hôtel installée sous les combles. Une ancienne école des sciences domestiques, des meubles vintage et une cuisine ouverte où se mitonnent des classiques de la cuisine franco-flamande - poussin grillé, onglet, soupe de poisson bretonne et purée à l'ostendaise. Autant d'ingrédients qui font du Rijsel une perle de ce que le quotidien néerlandais Het Parool a surnommé un jour le " nouveau brut ". Installé dans l'est de la capitale, ce resto est aussi le préféré de Mirik Milan. " Ces sept ou huit dernières années, on assiste à Amsterdam à un véritable boom des établissements de qualité, mais le Rijsel reste l'un des meilleurs, avec une mention spéciale pour son atmosphère détendue, sa carte des vins et son service très peu amstellodamois. " Compacte et revue à intervalles réguliers, la carte propose un menu 3 services à 34,50 euros. Si les locaux amateurs de poisson n'ont longtemps guère eu le choix qu'entre de simples snacks et des maisons de bouche hors de prix, le quartier ouest s'est enrichi, depuis 2015, d'une intéressante troisième voie avec ce " fish & chips " branché aux accents new-yorkais. " Le chef utilise les captures "accessoires" de la criée d'IJmuiden : des poissons qui n'ont pas la taille requise ou des espèces retrouvées dans les filets par accident. Une belle philosophie en ces temps de surpêche. " " Les jeunes poissons ont en outre l'avantage d'avoir beaucoup de goût et d'être digestes ", précise Maarten Melo, copropriétaire des lieux. En sus de trois plats de fish & chips, la carte comporte des suggestions telles qu'une salade de lentilles au poisson fumé ou un tartare de maquereau. Mirik Milan, lui, s'installe volontiers au bar pour une bière et un en-cas sur le pouce... histoire de bien commencer la nuit. Toujours dans le quartier ouest d'Amsterdam, cette brasserie s'est installée dans l'ancienne salle des machines de la société communale des eaux. Elle dispose, à l'avant, d'un café et d'un espace lecture, à l'arrière, d'un resto aux tables garnies de nappes en papier. " La cuisine est simple mais sans mauvaise surprise. On vous servira un steak sans sourciller jusqu'à minuit en semaine, et jusqu'à une heure du matin le week-end. " L'avantage : c'est immense. Du coup, on n'est même pas obligé de réserver pour profiter en toute tranquillité du cadre industriel mais élégant. " Beaucoup d'autochtones le fuient à cause de l'animation excessive, des touristes éméchés, des sex-shops et des vitrines de prostituées, mais De Wallen reste non seulement le quartier chaud de la ville, mais aussi l'un des plus anciens ", rappelle le bourgmestre 2.0. La commune s'efforce depuis quelques années de développer la mixité de ses commerces. C'est ainsi qu'est né le Mata Hari, sorte de café-resto des artistes au look bohème et intimiste, qui commence généralement à s'animer en fin d'après-midi, et où l'on sirote sa boisson entre les tableaux de dames de compagnie et les néons des maisons closes. " Nulle part je ne me sens plus Amstellodamois qu'ici ", conclut Mirik Milan. A un jet de pierre de la Leidseplein, ce bar à cocktails à l'élégance détendue tire son inspiration du roman Le monde de Suzie Wong (publié par Richard Mason, en 1957) et du film éponyme. Il doit son décor exotique - rideaux de velours, plafonds-miroirs, lampes chinoises et bambous - à l'architecte d'intérieur Eric Kuster. Un lieu à l'ambiance feutrée, où entamer la soirée avec un bon mojito (tarifé à 5 euros au lieu de 9 tous les mercredis), un cocktail fruité ou quelques amuse-bouches asiatiques. Ultrabranché, ce club installé juste en face du Suzy Wong a déjà accueilli une belle brochette de célébrités, dont Rihanna et Justin Timberlake. Un succès amplifié par quelques rumeurs : bien avant l'ouverture en 2003, il se murmurait déjà que " Mr. Woo " était un riche homme d'affaires de Hong Kong, doublé d'un baron de l'opium, également maître du kung-fu. " Malgré un tri assez strict à l'entrée, le public est très varié, nous dit Mirik Milan. Alors que nombre de clubs se concentrent sur une cible spécifique, ici, on accepte aussi bien les hipsters que les gays ou les costumes-cravates. " Le rez-de-chaussée abrite un bar lounge avec coins fauteuils et lampes d'ambiance, qui s'adjoint, à partir de 1 heure du matin, d'un bar-discothèque en sous-sol. Le plafond est recouvert de quelque 12 000 ampoules à incandescence qui s'illuminent au rythme de titres hip-hop, R'N'B' ou urban pop. " Pour ceux qui préfèrent ne pas prendre de risques, il y a toujours le Disco Dolly, poursuit Mirik Milan. Le club est ouvert sept jours sur sept et ses DJ proposent un mix accessible de disco, funk, soul, house et hip-hop. " Une adresse toujours très animée, au premier étage habillé de tapis d'Orient, qui ouvre ses portes de 23 à 4 heures en semaine et une heure de plus le week-end. " Je ne fais plus la fête comme il y a quelques années, mais la piste de danse du Disco Dolly ne désemplit pas, même au beau milieu de la nuit. " Voisin du Disco Dolly, le Bloemenbar affiche les mêmes heures d'ouverture mais attire globalement un public plus jeune. " C'est vraiment l'endroit par excellence pour un flirt ", commente Mirik Milan en riant. L'intérieur fait un peu négligé avec ses canapés, son bric-à-brac de seconde main, son aquarium, son papier à fleurs et ses fresques. A l'arrière, un vaste espace est réservé aux fumeurs. " Les choix musicaux des DJ sont aussi capricieux et bruts de décoffrage que le décor lui-même. Pourtant, en dépit d'un public a priori moins exigeant, c'est un lieu de rencontres qui reste éclectique, surtout aux petites heures, et qui fonctionne un peu comme un aimant. " Parmi la dizaine de lieux qui disposent d'une autorisation d'ouverture 24 heures sur 24, figure ce centre culturel à cheval sur les quartiers West et Nieuw-West. Installé dans une ancienne école technique des années 60, le complexe dispose d'une boîte de nuit assez sombre et un peu brute, d'une salle de concerts, d'une salle de sport, d'un café et d'un jardin intérieur. Dans un ancien atelier, le restaurant DS s'inscrit dans un décor industriel qui contraste avec ses nappes élégantes et la douce lumière des bougies. " Il faut une vingtaine de minutes pour arriver jusqu'ici depuis le centre-ville, mais c'est de loin l'endroit le plus branché d'Amsterdam. " Reconvertis en hôtel en 2014, les bureaux occupés pendant quarante-deux ans par le quotidien De Volkskrant accueillent désormais un public de hipsters dans un cadre dont les matériaux industriels et le décor de pages de journaux surdimensionnées rappellent le glorieux passé. A quelques pas de l'Oosterpark, ce bâtiment des sixties fut également un foyer de créativité... et cet esprit n'a pas complètement disparu, puisque le lobby/réception fait également office de café et de bureau ouvert, où chacun peut venir s'installer gratuitement, même sans loger sur place. Le dernier étage, lui, abrite le club-restaurant Vanvas, et la cave, le bar Doka. Pour la plus belle vue, demandez une chambre sur le coin. Une " grande dame " du secteur hôtelier amstellodamois, qui a eu le privilège d'accueillir au fil des années plusieurs hôtes de marque, dont la reine Elisabeth et la chanteuse Diana Ross. Fondé en 1867, cet établissement de luxe à la déco très française ne compte " que " 79 chambres - somptueuses -, les trois autres ailes prévues à l'origine n'ayant finalement jamais vu le jour. Le lobby et la piscine, au niveau de l'Amstel, sont des petits bijoux. " Même s'il doit aujourd'hui faire face à la concurrence du Waldorf Astoria et du W, ce palace au bord de l'eau reste unique en son genre. " En plus de ses deux adresses londoniennes, The Hoxton a décidé, en juillet 2015, d'ouvrir un hôtel dans le centre historique d'Amsterdam. Installé dans un complexe de cinq bâtiments anciens au coeur du quartier commerçant De 9 Straatjes, le lieu accueille ses clients dans des chambres de caractère au mobilier design... et tout ce que la ville compte de hipsters vient en masse siroter des cocktails dans les canapés et fauteuils du Lotti's, son bar à mi-chemin entre un salon privé et un gentlemen's club. " Alors que les bars des hôtels étaient jusqu'ici des établissements fermés à la population locale, le Hoxton a vraiment changé la donne ", commente Mirik Milan. PAR WIM DENOLF