"Le voisin c'est Jacques Prévert, le propriétaire c'est le Moulin Rouge", décrit Nicole Bertolt, émue aux larmes, pour présenter cette trentaine de mètres carrés, à l'étage du 6 bis de la cité Véron, où l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes et L'Arrache-coeur a vécu de 1953 à 1959, date de sa mort.

La directrice du patrimoine et mandataire pour l'oeuvre de ce touche-à-tout de génie a autorisé une visite exceptionnelle des lieux pour ponctuer sa conférence de presse dévoilant les évènements de 2020, rassemblés sous le mot d'ordre "Vian, toujours vivant". Pour le grand public, et seulement sur demande par courrier à Mme Bertolt - beaucoup de demandes, peu d'élus - il faudra attendre les samedi 16 et 23 novembre pour une découverte commentée.

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

Une sortie à l'arrière du Théâtre Ouvert, 4 bis Cité Véron, permet d'accéder à un escalier étroit. Passée la porte d'entrée, l'émotion étreint le visiteur. Le large bureau où il travaillait est entouré d'étagères fabriquées par ses mains. Car il ne roule pas sur l'or et l'endroit est vide quand il s'installe avec sa seconde épouse Ursula dans ces anciennes loges du Moulin Rouge.

Les murs sont aujourd'hui toujours cachés par des centaines de livres, dictionnaires, tableaux surréalistes et instruments, comme ce piano-bastringue ou cette guitare-lyre.

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

La quincaillerie

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

Direction la "quincaillerie". C'est une petite pièce qui renferme marteaux, clous et autres objets récupérés à droite à gauche: morceaux de chaînes de vélo, couvercles de boîtes en ferraille pendent ici et là. On n'y reste pas longtemps, il faut vite sortir et refermer la porte pour "que l'odeur d'origine reste" comme le veut Mme Bertolt. Pour prendre l'air, direction la terrasse. La vue est exceptionnelle. A droite, l'appartement de Jacques Prévert - dont les volets sont tirés ce jeudi, interdisant tout coup d'oeil curieux à l'intérieur - et sur la gauche, le dôme de la coupole du Théâtre ouvert (dont l'intérieur est fait de bols renversés et dorés à l'or).

Et devant... le Moulin Rouge, "vu de dos, comme on ne le voit jamais", avec ses ailes de l'autre côté, comme l'a exposé un peu avant Nicole Bertolt.

Retour à l'intérieur, dans le salon. On s'arrête devant les 78 tours. Le jazz domine avec les séries des Oscar Peterson, Count Basie et autres Louis Armstrong. Mais en lorgnant un peu à côté, c'est un disque de Fernand Raynaud qui apparaît.

Figurines de Coline et Chloé

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

Au plafond, un échiquier renversé, placé là par Mme Bertolt, car l'écrivain-musicien-metteur en scène adorait y jouer. Des objets attirent le regard. Comme ces deux petites figurines en métal-aimanté, un petit garçon et une petite fille. Ils représentent Colin et Chloé, personnages de "L'Ecume des jours" et sont en couverture de l'édition de poche. "Boris n'a jamais mis les pieds aux Etats-Unis, c'est Ursula, qui était danseuse, qui lui avait ramené de là-bas", nous souffle-t-on.

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

Un tableau avec des petites boîtes en métal collés dessus, ouvertures vers le visiteur, interpelle. "Il était malade du coeur depuis son adolescence, il prenait des cachets continuellement pour ça, il les a collées au mur", nous explique-t-on. "Il avait dit à mon père, en 1954, qu'il ne vivrait pas au delà de 40 ans", a raconté récemment à l'AFP Françoise Canetti, dont le célèbre producteur de père poussa Vian à chanter sur scène. Il est mort en 1959, d'une crise cardiaque, à 39 ans.

L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP
L'appartement de Boris Vian, rue Veron à Paris © AFP

D'où une créativité débordante, dont l'appartement témoigne. On s'arrête devant une maquette de bateau née de son imagination, mais la visite est limitée dans le temps, d'autres personnes attendent dans la fébrilité au pied de l'escalier. Il faut partir.