Le jeu vidéo étend inlassablement son empire. Même quand le reste du monde s'arrête, il se maintient au sommet grâce à son statut de "loisir de salon" indépendant des lieux publics. Et même s'il se souvient qu'on l'a longtemps considéré comme un dangereux hobby pour ados attardés, il brandit désormais ses personnages phares comme de véritables étendards de la pop culture, de Mario à Sonic, en passant par Pikachu ou Pac-Man. Ainsi, son emprise est totale sur des générations qui n'en finissent plus de refuser de grandir. Pendant ce temps-là, les développeurs assurent la relève à coups de jeux aux allures d'oeuvres d'art, aidés par des budgets colossaux dignes de productions hollywoodiennes. Et pour les fans qui n'ont pas envie de fraîcheur, existe l'option "rétro-gaming", cette bulle intemporelle où renaissent les cartouches de l'enfance et qui n'a jamais été autant habitée qu'aujourd'hui...
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Le jeu vidéo étend inlassablement son empire. Même quand le reste du monde s'arrête, il se maintient au sommet grâce à son statut de "loisir de salon" indépendant des lieux publics. Et même s'il se souvient qu'on l'a longtemps considéré comme un dangereux hobby pour ados attardés, il brandit désormais ses personnages phares comme de véritables étendards de la pop culture, de Mario à Sonic, en passant par Pikachu ou Pac-Man. Ainsi, son emprise est totale sur des générations qui n'en finissent plus de refuser de grandir. Pendant ce temps-là, les développeurs assurent la relève à coups de jeux aux allures d'oeuvres d'art, aidés par des budgets colossaux dignes de productions hollywoodiennes. Et pour les fans qui n'ont pas envie de fraîcheur, existe l'option "rétro-gaming", cette bulle intemporelle où renaissent les cartouches de l'enfance et qui n'a jamais été autant habitée qu'aujourd'hui... Même quand il décide de s'aventurer vers d'autres supports, le jeu vidéo triomphe. On a pu le constater au cinéma avec Tomb Raider, Resident Evil, l'infatigable saga Pokémon et même des films comme Pixels ou Ready Player One, tandis que Netflix prend le relais avec la série The Witcher, un blockbuster tout droit inspiré d'un immense succès sur console. Reconnaissance suprême: dans les bacs des disquaires, les bandes originales de jeux vidéo côtoient maintenant les B.O. de films, tandis que des orchestres symphoniques s'emparent des thèmes célèbres - comme celui de Zelda - pour en faire des tournées mondiales... lorsque la Covid le permet. Quant à la réalité virtuelle, elle est tout simplement en train de faire entrer le jeu vidéo dans une nouvelle dimension, encore une. Curieusement, il y a pourtant un domaine que le secteur n'avait pas encore vraiment marqué de son empreinte: le tourisme. Peut-être qu'il ne se sentait pas légitime. Peut-être parce qu'il était convaincu que ses gamers n'étaient pas vraiment intéressés par l'idée de quitter leur salon. Ou peut-être que, tout simplement, il attendait d'approcher la cinquantaine pour soigner sa timidité, puisqu'on considère que le jeu vidéo a officiellement poussé ses premiers cris avec Pong, cette sorte de ping-pong virtuel commercialisé par Atari en l'an de grâce 1972. Toujours est-il que, désormais, de gigantesques compétitions d'e-sport (Fifa, Fortnite, etc.) attirent à la fois des joueurs et des spectateurs des quatre coins du globe. Les gamers se délectent également lors de vastes festivals comme le Comic Con (dont la version bruxelloise est prévue en octobre) ou le Made in Asia (aussi en octobre) qui réunit tous les mordus de pop culture asiatique au Brussels Expo et consacre une arène à de fiévreux tournois de Tekken ou de Gran Turismo. De leur côté, des titres comme Red Dead Redemption ou Assassin's Creed, grâce à leurs décors époustouflants, donnent la bougeotte aux geeks les plus encroûtés. En jouant au premier, surgit l'envie de foncer au Colorado pour s'immerger dans sa poussiéreuse et brûlante ambiance de western. Le second, avec ses reconstitutions minutieuses de villes entières à des époques diverses, constitue une intense invitation au voyage. La saga Assassin's Creed, avec plus de 155 millions d'exemplaires vendus dans le monde et son adaptation au cinéma en 2016, n'a d'ailleurs pas fini de conquérir le globe. Ici, les professeurs d'histoire en utilisent une version éducative (amputée des passages narratifs violents) spécialement conçue pour les élèves ayant l'Egypte ancienne dans leur programme scolaire. Là, ce sont carrément les offices de tourisme qui s'emparent du jeu afin d'élaborer leurs campagnes promotionnelles. Comme l'Irlande qui, il y a quelques semaines, mélangeait les paysages réels et les images du tout neuf Assassin's Creed Valhalla - La colère des druides se plongeant dans les terres irlandaises du IXe siècle. Un spot magnifique qui promène nos mirettes à travers la célèbre chaussée des Géants, les collines de Tara ou sa capitale de Dublin. La promo pixelisée pour séduire les jeunes globe-trotteurs: il va sans dire que l'idée est parfaite. Autre preuve que le jeu vidéo a des fourmis dans les jambes: la création de véritables temples du divertissement inspirés de ses mascottes. C'est à Osaka, au coeur du parc Universal Studios Japan déjà existant, que vient de s'ouvrir l'une des aires ludiques les plus attendues de ce début de siècle: un Super Nintendo World où cohabitent Mario, son frangin Luigi, son pote Toad, ses ennemis Goombas et bien sûr son éternelle princesse en péril, alias Peach. Des personnages qui, depuis maintenant plusieurs générations, séduisent des gamers par millions à travers le monde, et que l'on croise ici tout au long de parcours remplis de tuyaux verts et de plantes carnivores. Le créateur du célèbre jeu vidéo Nintendo, Shigeru Miyamoto, a lui-même supervisé la création des lieux, imaginant notamment une chasse aux trésors à travers le Royaume Champignon sur le dos du valeureux Yoshi, mais aussi un ébouriffant circuit de Mario Kart dans le château du colérique Bowser. Utilisant à la fois des vrais décors et des technologies numériques ultramodernes, le parc propose même à ses visiteurs d'accumuler les fameuses pièces d'or du jeu via des bracelets intelligents connectés à leur smartphone. Face à l'écrasante demande de tickets, Universal a déjà prévu d'agrandir sa cour de récré - en créant par exemple une jungle dédiée à Donkey Kong - et va évidemment ouvrir d'autres parcs du même genre à travers le globe. Hollywood (en 2023) et Singapour (en 2025) figurent déjà sur la liste des destinations "à voir avant de mourir" des joueurs nostalgiques... ou incurables. Ce n'est pas tout. Ouvert il y a moins de cinq ans à Amsterdam, The Arcade Hotel est considéré comme le premier hôtel du monde entièrement dédié aux jeux vidéo. Autant dire que les mordus du joystick lui vouent un véritable culte, surtout qu'on peut y passer une nuitée pour à peine 75 euros - dans cette ville-là, c'est cadeau. Entre ses murs? Des dizaines de consoles d'hier et d'aujourd'hui, disséminées à la fois dans le lobby, le bar et la gigantesque salle de gaming permettant de s'adonner à des batailles virtuelles sur deux écrans géants. Régulièrement, sont organisés des tournois de FIFA ou des ateliers de gaming qui cartonnent. Imaginé comme une "grande maison où l'on se sent comme chez des potes" - dixit le patron -, l'hôtel propose de prolonger le bonheur jusque dans ses 42 chambres. Non seulement les salles de bains sont éclairées par des néons psychédéliques, mais en plus, il est possible de connecter son téléviseur à n'importe quelle console disponible: NES, Megadrive, Xbox, Playstation... et on en passe beaucoup. Après, il ne reste plus qu'à aller piocher ses jeux préférés dans une ludothèque contenant plus de 1 000 jeux. Voilà sans doute pourquoi le prix de la nuit est si bas: en fait, on ne dort pas vraiment. La célèbre entreprise franco-américaine Atari, elle, n'a pas seulement été une pionnière en matière de divertissement ludique: elle gère aujourd'hui un portefeuille de quelque 200 jeux ou licences, et elle vient d'annoncer qu'elle était en train de plancher sur une toute nouvelle forme de... chaîne hôtelière. Son idée: bâtir des établissements entièrement dédiés au rétro-gaming et aux vieilles cartouches qui continuent à exciter les férus de la marque, de Pong à Paperboy, en passant par Asteroids. Si elle n'a pas encore révélé les dates d'ouverture ou les plans des lieux, Atari a déjà confirmé ses implantations à Dubai, à Gibraltar ou en Espagne. Quant aux murs, ils renfermeront aussi bien des salles d'arcade que des espaces de co-working, une boulangerie ou même un cinéma. Le tout emballé dans une atmosphère "divertissante et luxueuse" afin de ne pas décevoir les hommes ou les femmes d'affaires que sont devenus les joueurs d'antan... Même en Belgique, on a fini par saisir l'énorme potentiel du jeu vidéo en tant qu'objet culturel capable d'attirer les foules. Ainsi, il y a moins d'un an, le copieux Pixel Museum s'installait dans les sous-sols du site bruxellois de Tour & Taxis, avec l'ambition de raconter l'histoire du gaming à travers un parcours ludique du plus bel effet. Une initiative que l'on doit à un certain Jérôme Hatton, véritable passionné de jeux vidéo qui a réuni là une impressionnante collection personnelle de consoles, de jeux, d'accessoires ou de produits dérivés. Après avoir tenté sa chance à Strasbourg (où la crise sanitaire ne l'a guère aidé), l'homme a déplacé ses trésors dans notre capitale, juste à côté de la méconnue Ludus Academy, une école qui forme des développeurs en jeux vidéo. Si les pièces rares sont disposées dans des vitrines, les bornes d'arcade, elles, sont allumées et permettent aux visiteurs de se lancer dans une partie de Space Invaders, de Mario Kart, de Street Fighter ou de Just Dance. En tout, ce sont plus de 20 000 pièces qui trônent dans cet écosystème de 1 600 m2 qui ne s'adresse pas uniquement aux geeks, mais aussi à tous ceux qui souhaitent comprendre la manière dont le jeu vidéo a conquis la planète, à coups de réussites fulgurantes mais aussi, parfois, d'échecs cuisants. Et comment il n'a jamais cessé d'accroître son territoire, un peu comme quand Pokémon Go! a un jour transformé notre propre environnement en terrain de jeu infini. L'air de rien, même si sa scénographie peut encore être peaufinée, le Pixel Museum rejoint une liste assez restreinte, puisqu'il faut aller jusqu'à Berlin, Rome, voire Montréal pour dégotter un tel attirail d'objets vintage. "Je pense que nous avons même la collection la plus complète du monde", affirme le directeur Jérôme Hatton. Et on a encore beaucoup de choses en stock, c'est un lieu qui est amené à évoluer. Le but n'est pas seulement de faire venir ou revenir les Belges, mais aussi d'attirer les Français ou les Allemands, par exemple. Les fans sont partout, c'est à nous d'aller les chercher. Mais on a le temps: on vient à peine de s'installer!" Belle promesse, donc, pour ceux qui prétendent avoir été au bout de tous les stages et avoir affronté tous les boss: il y aura des niveaux bonus. Un peu comme dans le film Free Guy, actuellement dans les salles, où le héros décide de s'offrir le citytrip ultime en s'échappant de l'univers virtuel dans lequel ses créateurs l'emprisonnent. Les spécialistes sont unanimes: avec le jeu vidéo, le voyage ne fait que commencer...