Ce week-end, une foule dense se pressait déjà entre les chalets de la 450e édition du marché, place de la cathédrale, s'interpellant dans toutes les langues sous le regard vigilant de nombreux policiers.

"Quand une attaque terroriste se produit quelque part, c'est ensuite l'endroit le plus sûr où aller, il y a de telles mesures de sécurité !", remarque en souriant Sandra Felber, cache-oreilles sur la tête et vin chaud entre les mains. Venue de Suisse avec une amie suédoise, la jeune femme s'était aussi rendue à Paris peu de temps après les attentats de novembre 2015.

"Il y a du danger partout, nous avons eu les mêmes problèmes à Berlin", où un camion avait foncé dans la foule au marché de Noël en 2016, constate Bernhard, venu presque en voisin, de Karlsruhe en Allemagne. "D'habitude, je n'aime pas quand on voit trop de policiers, mais là je trouve que c'est normal", enchaîne sa femme Andrea, qui dit se sentir en sécurité sur ce marché protégé par un dispositif record.

Les marchés de Noël d'Alsace drainent environ quatre millions de visiteurs, dont deux millions pour la seule ville de Strasbourg, avec environ 30% de touristes étrangers.

L'an dernier, malgré l'équipée meurtrière de Cherif Chekatt qui avait fait cinq morts et une dizaine de blessés dans la capitale alsacienne, les touristes n'avaient pas déserté ces marchés.

Décembre 2018 était même "le meilleur mois de décembre observé en Alsace depuis la création de l'événement "Noël en Alsace". C'était un excellent cru", constate Fatiha Kritter, chargée de la communication de "Destination Alsace" au sein de l'Agence régionale de tourisme Grand-Est.

Les retombées économiques du marché strasbourgeois tournent autour de 250 millions d'euros et les acteurs économiques étaient inquiets. Mais les chalets n'avaient gardé leurs volets baissés que pendant les deux jours de la cavale de Cherif Chekatt, finalement tué par une patrouille de police.

Grèves et gilets jaunes

Pour Noël 2019, "le "trend" des réservations hôtelières est bon, il est dans les mêmes eaux que ce qu'on a les autres années. Il n'y a pas de retard sur quelque clientèle que ce soit en lien avec le drame qu'on a vécu", insiste Paul Meyer, maire adjoint en charge du tourisme.

L'attentat avait pourtant créé une onde de choc mondiale. Un touriste thaïlandais, un journaliste italien, un Strasbourgeois d'origine polonaise, un garagiste franco-afghan et un père de famille strasbourgeois avaient perdu la vie.

Mais alors que les attentats sont perçus comme des phénomènes "ponctuels" et que l'ensemble de l'Europe est considéré comme une zone à risque, ce seraient plutôt les grèves à répétition et les gilets jaunes - ces Français qui manifestent depuis un an tous les samedis -, qui effaroucheraient les visiteurs de pays lointains, notamment asiatiques, explique-t-on à l'office du tourisme de Strasbourg.

"Je suis allé à Paris pendant les manifestations des gilets jaunes et je pense que c'est tout aussi dangereux", confirme Napat Harinsuit. Ce Thaïlandais qui étudie dans la banlieue parisienne était émerveillé vendredi soir par la ville qui se parait de toutes ses lumières, rue après rue, au cours de l'inauguration du Christkindlsmärik (marché de l'Enfant Jésus en alsacien).

Pour Caroline Paul, de Talents Travel, spécialiste du tourisme chinois en France, une profonde mutation limite l'impact des attentats terroristes: la majorité des Chinois voyagent désormais en individuels et non plus en groupe.

En cas d'attentat, "le marché des touristes de groupes est le premier touché" car "les assureurs des tour-opérateurs ne suivent plus" mais ce marché est en train de s'amenuiser, explique-t-elle. Lui succède une nouvelle génération de touristes, âgés de 25 à 45 ans, "qui continuent à voyager malgré ce qui se passe dans le monde".