Né fin 2016 en forêt de Compiègne (nord de la France), le collectif Ava (Abolissons la vénerie aujourd'hui) revendique 700 militants. Son objectif: en finir avec une pratique jugée cruelle et archaïque, qui consiste à lancer une meute de chiens aux trousses d'un animal sauvage (cerf, sanglier, lièvre) jusqu'à épuisement de ce dernier, et, en cas de réussite, à le tuer à l'arme blanche.

"Ils ne s'attendaient pas à nous voir", résume Stan Broniszewski, l'un des porte-parole. "Avant, les opposants faisaient l'aller-retour de Paris pour organiser ponctuellement une action en forêt. Nous, nous avons décidé d'occuper le terrain en partant des nuisances subies par les habitants pour créer une résistance locale et protéger l'animal", explique le militant.

Ainsi, quand un cerf est abattu fin 2017 dans un jardin de l'Oise, sans l'accord du propriétaire, une vidéo d'Ava fait le tour des réseaux sociaux. Bien que le maître d'équipage ait été sanctionné en interne, l'indignation fait tache d'huile.

Depuis, les Ava se rendent chaque semaine en forêt pour "mettre la pression" sur les équipages, gêner la chasse, tenter de sauver le gibier et filmer les scènes jugées choquantes. Le tout en "respectant la loi", assurent-ils. "Leur présence, c'est un peu comme si, au moment de tirer à la pétanque, quelqu'un criait "Olé" et vous ratez votre coup", commente Antoine Gallon, chargé de communication de la Société de vènerie, précisant toutefois que cela concerne "moins de 5% des équipages".

S'ils se différencient des "hunt saboteurs" anglais, les Français reconnaissent une filiation avec ce puissant mouvement anti-chasse né dans les années 1960, dont certains membres les ont soutenus.

Guerre de l'information

"Leur image est plus virulente que la nôtre car ils sont habillés de noir et se masquent le visage", précise Stan Broniszewski. A la différence des Anglo-Saxons qui sonnent la trompe ou utilisent des leurres olfactifs pour désorienter les chiens, les Ava disent ne pas intervenir dans la chasse.

Ce que réfute Hervé Schwerer, de l'équipage de chasse à courre Rallye Bretagne, qui assure les avoir vus "asperger les chiens de citronnelle".

Philippe Prioux © AFP

Les deux camps s'accusent mutuellement de manipulation et se livrent une guerre de l'information, comme au Royaume-Uni. Pour Jimmy Nédellec, originaire de Bretagne (ouest de la France), Ava est un mouvement "pacifique de citoyens, qui n'a rien à cacher". Parmi les griefs, ce défenseur des animaux cite "des chevaux lancés sur des terrains impraticables", du gibier "déchiqueté vivant", ou la "privatisation" des forêts publiques louées aux veneurs par l'Office national français des forêts.

"Les Ava mènent une lutte des classes qui ne correspond à rien", estime de son côté Antoine Gallon, pour qui la pratique s'est féminisée et démocratisée. Il critique aussi l'approche "indifférenciée du bien-être animal" chez des militants qui "jouent de cette émotion qui appelle condamnation". Il relève que les chasseurs n'ont prélevé l'an dernier que 62.000 des 96.000 cerfs qu'ils étaient autorisés à prélever, dont "moins d'un millier par la vénerie".

Depuis septembre, les tensions sont montées d'un cran, les uns et les autres s'accusant de violences physiques. Rien qu'en Bretagne, une soixantaine de plaintes auraient été déposées. Cinq participants à une chasse comparaîtront devant la justice en juillet à Rennes (ouest). Ils sont soupçonnés d'avoir plongé plusieurs fois "la tête d'une militante dans l'eau d'une petite mare" tandis qu'un homme a eu "le cou serré".

Les Ava dénoncent des coups de poings, de fouets, des pneus crevés, des représailles à leur domicile. Les chasseurs se disent aussi victimes d'agressions et de représailles. "Les gens ont un contrôle d'eux-mêmes variable", reconnaît Antoine Galon, pour qui "la majorité des 10.000 veneurs se retrouve entachée du comportement de quelques-uns".

En France, 10.000 personnes pratiquent la chasse à courre au sein de 390 équipages, pour un total d'1,2 million de chasseurs. Samedi, quelques centaines de manifestants anti et pro-chasse à courre ont défilé dans les rues de Rambouillet (région parisienne), séparés par un important dispositif policier pour éviter tout débordement, a constaté l'AFP.