En février 2016, Kevin Faingnaert, d'origine gantoise, s'embarquait pour Copenhague puis pour Vágar, dans l'archipel des Féroé. Un chapelet de dix-huit îles perdues dans l'Atlantique nord et reliées entre elles par des tunnels ou des ferrys. Durant un mois entier, au coeur de l'hiver, le jeune trentenaire allait tenter d'apprivoiser les rituels de leurs paisibles habitants, entre la blancheur de la neige et la rage tempétueuse de l'océan.
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En février 2016, Kevin Faingnaert, d'origine gantoise, s'embarquait pour Copenhague puis pour Vágar, dans l'archipel des Féroé. Un chapelet de dix-huit îles perdues dans l'Atlantique nord et reliées entre elles par des tunnels ou des ferrys. Durant un mois entier, au coeur de l'hiver, le jeune trentenaire allait tenter d'apprivoiser les rituels de leurs paisibles habitants, entre la blancheur de la neige et la rage tempétueuse de l'océan. Premier objet de fascination du photographe : les hameaux reculés de Mykines, Svínoy ou Fugloy. " Les plus petits sont probablement voués à disparaître à relativement brève échéance, constate-t-il. Certains villages, qui comptaient encore trois cents habitants il y a une dizaine d'années, n'en ont aujourd'hui plus qu'une trentaine, les Féringiens étant de plus en plus nombreux à partir s'installer dans des agglomérations plus importantes comme Tórshavn, la capitale. C'est évidemment un phénomène qui s'observe partout dans le monde, mais il est particulièrement frappant ici. Mon but était de capturer l'abandon progressif de ces minuscules entités, mais aussi ce qui fait la beauté de leur quotidien : les maisonnettes en bois, l'omniprésence et la puissance de la mer, ou encore l'impatience de la jeunesse... " Pour tisser des liens avec ces insulaires farouches et souvent introvertis, Kevin Faingnaert s'est invité dans leurs journées, assistant à la messe avec les fidèles, aidant à déblayer la neige ou accompagnant les pêcheurs lors de leurs sorties en mer. Chaque soir, il logeait chez un hôte différent. " Au début, je trouvais un endroit où dormir via couchsurfing.com, mais comme les Féringiens se connaissent à peu près tous entre eux, ils ont rapidement commencé à m'orienter eux-mêmes vers un ami ou un parent susceptible de m'accueillir. J'avais l'impression de voyager avec une sorte de sésame qui m'ouvrait des portes un peu partout. "La vie quotidienne sur l'archipel est régie par le rythme d'une nature qui connaît parfois les quatre saisons en l'espace d'une même journée. Au cours des mois d'hiver, tout se passe essentiellement à l'intérieur. En février, le soleil ne se montre que pendant six heures environ. Cela n'a pas empêché le jeune homme de sortir tous les jours, s'aventurant dans un paysage désolé, avec les doigts et les orteils gelés à peu près en permanence. " Au-delà des décors, ce sont les habitants qui m'ont offert des souvenirs impérissables, confie-t-il. L'histoire de ces enfants scolarisés sur une autre île, qu'il fallait transporter par hélicoptère. Ou celle de ces ados piétinant d'impatience de quitter leur morne village pour aller étudier dans la capitale. Mais aussi les polémiques liées à la traditionnelle chasse aux baleines, qui provoque des conflits avec les organisations de défense de l'environnement... Le récit le plus touchant reste néanmoins celui de Simun Hanssen, un marin à la retraite qui vit avec onze autres personnes sur l'île de Svínoy et qui arpente le rivage chaque matin en quête des bouteilles à la mer qui viennent s'y échouer. L'homme a déjà récolté une multitude de lettres d'amour, de poèmes et de dessins en provenance du Canada, de Norvège, d'Islande ou d'Ecosse. Et quand le message mentionne une adresse, il ne manque jamais d'y répondre. Cette image de Simun et de sa collection de flacons résume bien la vie sur ces petits morceaux de terre : les villages ont beau se vider, ceux qui y restent forment une communauté unie où les histoires se propagent comme une traînée de poudre. " Et façonnent, chacune à leur manière, la personnalité d'un lieu où tout ne s'envole pas forcément dans le vent... PHOTOS : KEVIN FAINGNAERTPour découvrir toutes les photos de Kevin Faingnaert, ainsi que ses autres reportages au Portugal, au Pérou ou en Bolivie : Lienwww.kevinfaingnaert.com/Lien /ParaPara