L'âge venant, sa petite chienne Proute semblait dire : " Maintenant ou jamais ! " Alors ce fut tout de suite et très loin... " Deux semaines avant de démarrer, je ne savais pas quelle route emprunter, avoue Pierre Gaspard. Et puis, j'ai découvert le E3. Ce chemin européen de grande randonnée qui relie Schengen à la mer Noire. " L'homme raconte posément son périple de 3 700 bornes, 25 kilos sur le dos pour 22 kilomètres par jour. Son regard, intense et clair, scrute un horizon que lui seul devine. " J'ai toujours été attiré par la mer Noire. Et je voulais voyager sans contraintes frontalières. Aller à la rencontre de cultures que je ne connaissais pas ", explique cet architecte de formation qui, avant son expédition, travaillait comme maraîcher à la ferme bio à l'Arbre à Lantin.
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L'âge venant, sa petite chienne Proute semblait dire : " Maintenant ou jamais ! " Alors ce fut tout de suite et très loin... " Deux semaines avant de démarrer, je ne savais pas quelle route emprunter, avoue Pierre Gaspard. Et puis, j'ai découvert le E3. Ce chemin européen de grande randonnée qui relie Schengen à la mer Noire. " L'homme raconte posément son périple de 3 700 bornes, 25 kilos sur le dos pour 22 kilomètres par jour. Son regard, intense et clair, scrute un horizon que lui seul devine. " J'ai toujours été attiré par la mer Noire. Et je voulais voyager sans contraintes frontalières. Aller à la rencontre de cultures que je ne connaissais pas ", explique cet architecte de formation qui, avant son expédition, travaillait comme maraîcher à la ferme bio à l'Arbre à Lantin. Le natif de Liège quitte donc Schengen en juillet dernier avec l'objectif d'éviter l'hiver. Cap au sud-est. La canicule le rattrape sur les sentiers boisés de l'Eiffel. " Je marchais de nuit, à la lueur de la pleine lune, des moments irréels et inoubliables avec la nature ", relate-t-il. En plus de son sac, Pierre trimballe un bagage autrement plus encombrant : la peur. Peur de lâcher physiquement, peur de l'Est et de ses gens. Ces craintes s'effaceront les unes après les autres, au fil des rencontres et des kilomètres. Comme dans ce village de Hongrie qui vit sans eau courante et où tout le monde se rassemble près du puits. Comme en Serbie où il est pris en charge par des associations pédestres. L'accueil des Balkans : " En Bulgarie, j'ai passé une nuit dans un village rom. Jamais je ne me suis senti plus en sécurité. " Le trentenaire avance, tiré par sa chienne, courte sur pattes mais dont l'énergie est sans faille. Nos deux marcheurs se parlent à longueur de journée, avec la voix et avec les yeux. Proute et sa vaillance suscitent la sympathie et l'étonnement des autochtones. Cette " autre Europe ", Pierre la découvre vraiment à partir de la Roumanie. Lorsque la neige le surprend. Novembre est arrivé. Les monts Tatras sont pris par le givre. Le globe-trotteur repère des empreintes de loups et d'ours dans la neige. Des rumeurs naissent. " Un marcheur belge et sa chienne se sont perdus et sont en danger ", peut-on lire dans la presse locale. Les followers de son profil Facebook s'inquiètent mais l'homme dément - " Ce fut le début de ma médiatisation. " Et d'ajouter : " Je n'ai pas rencontré le fantasme de l'aventurier ; le mode survie, sans vivres, sans moyens de communication et sans abri. Il ne faut pas provoquer ces moments-là. " Il rencontre alors Bruno Adamczek, alpiniste de renom qui a affronté l'Himalaya et qui lui prodiguera moult conseils. Car le Belge doit encore gravir le pic Botev, 2 400 mètres, point culminant du parcours, en plein centre de la Bulgarie. Et la couche de neige se renforce. Le duo n'y croisera personne ou presque. La dernière frontière psychologique à vaincre. Le 9 décembre, à la tombée de la nuit, au sommet d'une crête battue par les vents, la tente casse. " Ne pas paniquer, se mettre à l'abri des rafales, réparer comme je peux. Un froid terrible. " Proute dort emmitouflée dans le sac à dos couvert d'une veste. Tout gèle, même le réchaud à essence. Quarante centimètres de flocons s'abattront sur eux en quelques heures. " Alors s'enchaîne la descente vers la mer Noire, c'est la décompression. Je fête le Nouvel An et l'anniversaire de ma chienne dans un petit village. Inoubliable ", poursuit le voyageur. Les montagnes et le climat s'adoucissent. Pierre et Proute déboulent à Varna, petite station balnéaire. La plaine et enfin la plage. Ainsi le projet est abouti. Pierre ne parle que très peu des derniers jours. Il rentrera au pays par le train et un minibus de travailleurs roumains. Il rêve de partir à nouveau. Avec sa fidèle compagne bien sûr. La route de la soie, pourquoi pas ? " Le film de mon voyage rejoue constamment. Il est difficile de redevenir sédentaire. La préparation de l'exposition photo m'aide à garder un pied dedans... " Par Jérôme Mardaga