Ce n'est pas être en panne d'imagination que de boucler une valise pour gagner le sud de la France le temps d'un long week-end. Au contraire, quand son armée de badauds n'y bronze pas encore, c'est le moment parfait pour (re)découvrir une région qui fredonne ses charmes fous à qui veut bien les entendre.
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Ce n'est pas être en panne d'imagination que de boucler une valise pour gagner le sud de la France le temps d'un long week-end. Au contraire, quand son armée de badauds n'y bronze pas encore, c'est le moment parfait pour (re)découvrir une région qui fredonne ses charmes fous à qui veut bien les entendre. Depuis Bruxelles, 1 h 40 de vol suffit pour rejoindre Nice. Après, il y a la mer, les apéros et les balades sous la tiédeur du décor provençal. Nous avons dessiné un petit itinéraire en cinq étapes pour profiter des évidences, mais aussi des instants qu'on oublie trop souvent de dérober à nos besoins d'insouciance... Dominant la baie de Pampelonne et sa célèbre plage, Ramatuelle fait partie de ces villages où l'on arrive en se disant qu'on aura vite fait le tour, mais où l'on finit par flâner sans voir le temps qui coule. Pour rejoindre son centre historique, on traverse des routes décorées d'oliviers, de chênes et de vignes, où se cachent des maisons qui aiment la discrétion. Les résidences secondaires constituent 75 % des logements d'une commune qui compte à peine plus de 2 000 habitants.Johnny Hallyday, Pierre Arditi ou Michel Berger y ont longtemps habité, tandis qu'Alain Delon et Romy Schneider ont tourné les scènes torrides de La Piscine dans une villa des environs. Difficile, hors saison, d'imaginer que les pavés de la cité aiment le glamour : il règne là une quiétude qui s'invite dans chaque ruelle. Un petit bijou, où l'on se perd servilement en s'arrêtant dans les boutiques d'artisans, en acceptant l'ombre offerte par les habitations au charme médiéval, en poussant la porte de l'église Notre-Dame, et surtout, en profitant des couleurs de ce " village fleuri " perché à flanc de colline. Pour la pause culinaire, direction la rue Victor Léon et ses petits restos avec terrasse. Chantée par Henri Salvador, Les Chats Sauvages ou même... Pink Floyd, la célébrissime cité balnéaire a bâti son mythe dans les années 50 et 60, en attirant les artistes et les intellectuels parisiens, avant de devenir le rendez-vous préféré de la jet-set festoyante. Sous les platanes de la place des Lices, aujourd'hui, les parties de pétanque conservent leur arôme de pastis, et le marché - chaque mardi et samedi matin - procure olives, fromages frais ou légumes du pays qui n'ont en rien le goût de chez nous. Les terrasses du port, elles, ne désemplissent pas, même au printemps. " Saint-Tropez, c'est devenu un paradoxe : on croise des riches qui aiment qu'on les regarde, et des familles qui adorent regarder les yachts ", nous confie Vincent Maillard, chef du restaurant étoilé Rivea. "Il y a ceux qui viennent pour le luxe, et ceux qui passent juste pour manger une glace." L'ambiance chic et bohème, jadis chère à Bardot ou Picasso, n'y est plus vraiment, mais ici ou là, on se laisse gagner par la nostalgie. Notamment du côté du Musée de la Gendarmerie et du Cinéma, où de Funès et compagnie partagent leurs souvenirs posthumes pour 4 euros à peine.Encore un contraste : le lieu se trouve juste à côté de la Maison Dior, installée dans un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle et dont le restaurant régale de sa gastronomie méditerranéenne dans un magnifique jardin. A déguster sous un parasol, avant de quitter la ville pour s'en aller errer, un peu plus au sud, sur les rivages sereins de la baie, où les eaux turquoise épousent des sentiers de promenade aux reliefs sauvages vivifiants. L'itinéraire qui relie la plage de Gigaro au Cap Taillat est chaudement conseillé : les yeux s'y baignent dans des broussailles, des fleurs et des petites criques de toute beauté... Ce vieux village exige une petite dose de courage. Une fois que l'on s'y gare, les pieds passent une bonne partie de leur temps à gravir des ruelles et des escaliers. Mais l'énergie dépensée vaut son pesant de jolies photos. Les façades en pierre sont innombrables, de l'église Saint-Michel à la Placette, en passant par la mairie, la place du Gros, la chapelle des Pénitents ou la rue de la Pompe où, jadis, fut bâti l'un des premiers hospices du golfe de Saint-Tropez, destiné à accueillir les pauvres et les orphelins. Les jambes les plus motivées ne manqueront pas de rejoindre le château médiéval qui, sur son haut promontoire, veille sur toute la cité. Classé " monument historique ", le bâtiment en ruine a traversé des décennies entières - ses premières pierres ont été posées au XIe siècle - d'aménagement, de batailles, d'abandon et de fortifications. Aujourd'hui, chaque été, au sein de son théâtre en plein air, il accueille le festival Les Grimaldines consacré aux musiques du monde. En redescendant, pourquoi ne pas se sustenter au restaurant Les Santons, sur la route Nationale ? Cette propriété du chef Claude Girard sert des assiettes de gastronomie française dont la réputation dépasse largement les épais murs de Grimaud... Certains osent avancer le terme de " Venise provençale ". On est obligés de tempérer : cette cité lacustre, imaginée par l'architecte François Spoerry à la fin des années 60, décevra quelques mirettes par son côté " artificiel " auquel il manque le vécu, l'histoire, la sève. Entièrement piétonnier, le coeur de la cité mérite pourtant le détour, notamment pour apprécier la manière dont cette marina a été façonnée de toutes pièces... sur un marécage. Les toits des maisons atteignent chacun des hauteurs différentes, et c'est voulu. Tout comme le fait qu'aucun bâtiment ne soit parfaitement vertical, et que les rues refusent tout tracé rectiligne, épousant les dénivellations du sol. Objectif du bâtisseur originaire de Mulhouse : faire croire aux passants que l'ensemble est anarchique, alors que chaque façade s'imbrique dans l'autre au centimètre près. Egalement pensées, les couleurs des murs, fenêtres, balcons ou fresques en trompe-l'oeil forment finalement une mini ville pour le moins insolite. L'atmosphère ? Un mélange plutôt agréable de cornet de glace, de boutiques à souvenirs et de soleil. A fuir, paraît-il, durant les mois d'été. Mais qui, sinon, se laisse facilement apprivoiser en acceptant de siroter un soda ou un verre de rosé face à la brise qui caresse les voiles des bateaux... Voire en empruntant, justement, une " coche d'eau " qui navigue au bord des quais en racontant la genèse du lieu. Elève modèle de la très sérieuse association Les plus beaux villages de France (qui, à ce jour, en répertorie 156), Gassin dégaine ses appâts dès qu'on y pose un orteil. Aucun centimètre carré n'est à négliger : tout, ici, invite à la flânerie. A commencer par le nom des endroits traversés, comme la rue Troubadour Rollet de Garcin, la place des Pierres Marines, l'impasse Farigoulette, le pont de la Tortue, le chemin de Barbeyrolles ou la porte des Sarrasins. La prose s'écrit à chaque recoin, que ce soit à travers les façades des maisons aux teintes pastel, les voûtes, les balcons fleuris ou les micocouliers centenaires, qui peignent un dédale d'" androuno " (terme provençal qui désigne les ruelles pavées) aux allures de carte postale.L'authenticité varoise, c'est ici. Même lorsqu'on parvient à s'extraire du charme intemporel du village, la contemplation continue, notamment du côté de la place Deï Barri, qui offre une vue magnifique sur le massif des Maures et les îles d'Or. Notons que, chaque mercredi, Gassin peut se visiter - gratuitement - en compagnie d'un guide qui connaît les lieux et leurs environs comme sa poche. Et se révèle de précieux conseil pour aborder, entre autres, la rue la plus pentue de la cité, qui répond au délicieux nom de... Rompe Cul.