Les rues sont pavées d’humeurs, de rencontres, de silences ou d’aveux. Lisette Lombé s’y abandonne et s’y émerveille, humant l’air du temps de sa prose nomade.
Ma sœur a réussi son Dry January et moi, mes résolutions de ne pas reprendre une vie au pas de course n’auront pas tenu la route. Mon agenda a recommencé à me pousser dans le dos. Jours qui ne se ressemblent pas, rencontres fortuites, kilomètres vers des lieux inconnus. J’avoue: j’adore.
Lundi, Bruxelles, atelier dans une association qui accompagne des femmes sans logement. Une participante se demande comment elle pourra joindre son assistante sociale si celle-ci choisit de se retirer des réseaux sociaux mainstream et de couper la messagerie liée à son compte. Nous commençons la séance en tirant des souhaits de la poétesse Mélanie Leblanc. Je te souhaite des rides de sourire qui viennent encore t’embellir. Je te souhaite de saines colères. Je te souhaite d’aller dans l’amour comme on se jette à l’eau. La femme qui a tiré ce vœu raconte qu’elle faisait le poirier après chaque rapport sexuel pour optimiser ses chances de tomber enceinte de son premier enfant. Eclats de rire. Qui, de notre génération, n’a pas entendu parler de ce procédé?
Jours qui ne se ressemblent pas, rencontres fortuites, kilomètres vers des lieux inconnus. J’avoue: j’adore.
Mardi, Libramont, initiation au slam, sur le thème de l’engagement en littérature, dans une école secondaire. Je me sens en devoir d’optimisme face à cette jeunesse comme avec mes enfants. J’avoue que l’actualité me plombe énormément en ce moment et que je dois batailler contre une lassitude croissante. Tempêtes de désolidarité. Forces de division. Opulence indécente. Serpent-capital qui se mord la queue. Que peut la poésie, sinon réaffirmer que l’argent n’achète pas tout? Le souffle. La vibration. Le chant des rimes. Je suis consciente que je peux porter cette parole car j’entre dans mon automne. Les besoins des ados sont de l’autre côté de ma rive.
Mercredi, performance de cabaret à Anvers. Le concept s’appelle Bordel de la Poésie. Je l’ai déjà expérimenté à Paris, invitée par des copines poétesses, rôdées à l’exercice. Une alcôve, des clients, un unique service proposé: un texte lu. Cette fois-ci, j’ai ajouté un tirage de cartes et un poème bilingue lu ensemble. Mon personnage s’appelle Madame. Elle a l’âge de vos artères et elle donne la fessée en français, dit-on dans sa présentation. Je m’amuse. Dans un monde qui tangue, il est bon de jouer à être une femme qui se vit hors des diktats en tous genres.
Jeudi, spectacle Brûler Danser avec la musicienne Cloé du Trèfle, à Stavelot. Chaque représentation nous rapproche de la centième. L’enthousiasme est intact. On le sent, quand on incarne une proposition qui sort du commun et qui nous grandit artistiquement. Au moment des dédicaces de livres et d’albums, une fidèle lectrice de ce magazine me fait remarquer que, sur scène, je suis très différente de l’autrice calme qu’elle lit dans cette chronique. Désormais plus aucune halte de la tournée sans rencontrer une personne qui arpente ces trottoirs philosophes, me fait remarquer ma collègue. Joie. Fierté.
Vendredi, résidence de création à Montreuil. Nouvelle forme. Nouvelles thématiques. Nouveau duo. Pour moi qui ai quasi exclusivement travaillé avec des femmes, l’association avec un rappeur est inédite. Appel du risque, du challenge, de la fulgurance. La première personne qui nous attend au tournant du renouvellement, c’est nous-même. C’est à nous que nous devons prouver quelque chose, pas aux autres.
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