« À quel âge commencer le Botox », et autres questions sur ce traitement qui fait toujours plus d’adeptes

à quel âge faut-il commencer le botox
Le Botox, quand, pour quoi, comment ? Unsplash (Andrej Lišakov)

Le Botox est bel et bien de retour, même s’il n’a jamais vraiment disparu. Mais selon des chiffres récents, le seuil pour y recourir n’a jamais été aussi bas. Qu’en est-il exactement des vérités et des idées reçues autour de cette substance ? Nous avons mené l’enquête et rassemblé les réponses dans un guide complet.

Tout le monde connaît quelqu’un qui y a recours, et en ligne, le terme est utilisé à tout-va. Depuis des années, le Botox est encensé comme un frein aux rides. Mais aujourd’hui, il semblerait qu’il faille s’y mettre encore plus tôt. Sous le slogan « mieux vaut prévenir que guérir », l’idée du Botox préventif gagne de plus en plus de terrain. Un concept qui fait — ironiquement — lever plus d’un sourcil.

Pourtant, le nombre de jeunes utilisateurs de Botox ne cesse d’augmenter. En 2008, 3,1 % des utilisateurs de Botox et de produits de comblement avaient moins de 25 ans. Moins de dix ans plus tard, ce chiffre était déjà passé à 8 %.

Tout vient à point à qui sait anticiper?

Vouloir paraître un peu plus jeune est une chose. S’entêter à tout prix à le rester en est une autre. Le Botox est-il réellement un frein et un moyen de prévention contre les rides? Ou s’agit-il simplement d’une injection habilement marketée ? Où s’arrête la réelle valeur ajoutée et où commence la propagande anti-âge ?

Botox or not Botox, telle est la question.

Commençons par préciser que le Botox est en réalité une marque, l’une des nombreuses existantes. Le terme correct est toxine botulinique. Ci-dessous, une équipe d’experts répond aux questions les plus fréquentes concernant son utilisation.

À partir de quel âge est-il « recommandé » de commencer les injections?

Actuellement, en Belgique, il faut avoir 18 ans pour y avoir recours. C’est trop jeune, dénonce le Docteur Jan Vermeylen. Chrirurgien plasticien à l’AZ Turnhout, il plaide pour un relèvement de cette limite. « Je n’arrive pas à imaginer qui pourrait avoir besoin d’injections à cet âge-là. Sauf, peut-être, en cas de malformation congénitale. À partir de 25 ans, voire même de 30 ans, cela me paraît déjà beaucoup plus responsable. Il faut savoir qu’une personne qui reçoit trop longtemps et trop fréquemment des injections de toxine botulinique court le risque d’un vieillissement cutané prématuré. Et d’un overstretching (étirement excessif de la peau, NDLR). C’est exactement l’inverse de l’effet recherché. »

« À mon sens, il doit y avoir un début de ride visible. Et je ne parle pas d’un examen à la loupe grossissant cinq fois », argumente le Dr Vermeylen. « Notre peau est comme une feuille de papier que l’on plie. On peut la déplier, mais la trace du pli restera toujours légèrement visible. Dans cette optique, le Botox préventif est tout à fait défendable. Il faut simplement veiller à ne pas en abuser. À ne pas neutraliser complètement le muscle sous-jacent, et à préserver les expressions du visage. Mais si vous voyez une ride qui vous gêne, alors on peut certainement intervenir. »

La Docteure Samira Baharlou, cheffe de clinique en dermatologie au CHU de Bruxelles, encourage les jeunes à réfléchir également à d’autres techniques de prévention. « Tout commence par la protection solaire, le nettoyage de la peau, une bonne hydratation. Et la consultation d’un spécialiste en cas de problème… Autant d’aspects auxquels nous devons prêter attention, car la toxine botulinique n’agit que sur les muscles. »

Quelle est la différence entre le filler et la toxine botulique?

Dr Vermeylen : « Le filler, comme son nom l’indique, est un produit de comblement. Le principal filler utilisé actuellement est composé majoritairement d’acide hyaluronique et son rôle se limite à remplir. Les fillers sont principalement utilisés au niveau des deux tiers inférieurs du visage. C’est-à-dire les joues, les sillons nasogéniens, les lèvres elles-mêmes, le nez… »

« La toxine botulinique, en revanche, agit comme un relaxant musculaire. Un muscle est commandé par un nerf, qui envoie une impulsion lui indiquant de se contracter — ce qu’il fait alors. La toxine botulinique bloque ce signal. En esthétique, elle est principalement utilisée dans le tiers supérieur du visage. Soit la ride du lion, le front et le contour des yeux. »

La Dre Baharlou ajoute : « Les dermatologues utilisent également la toxine botulinique pour des affections cutanées inflammatoires. Par exemple, la couperose et les bouffées vasomotrices (flushing). Ou pour réduire la traction au niveau des cicatrices. Elle peut aussi être utilisée en cas de commissures labiales tombantes, afin d’éviter un air trop sévère à la Angela Merkel. »

Quels sont les dangers de la toxine botulique?

Dr Baharlou : « La toxine botulinique existe depuis très longtemps. Parmi tous les traitements que nous pratiquons, c’est celui qui a été le plus étudié et dont l’usage est le plus sûr. De plus, les concentrations utilisées à des fins esthétiques sont ridiculement faibles par rapport à l’usage médical. »

Une réaction indésirable ou allergique ne peut bien sûr jamais être totalement exclue. Assurez-vous donc de consulter un médecin fiable. Des conseils à ce sujet seront donnés plus loin dans cet article.

Peut-on développer une résistance au produit?

Dr Vermeylen : « Il pourrait y avoir un effet de type “vaccination”. Je l’ai observé chez mes propres enfants, qui ont subi des lésions cérébrales à la naissance. Ils reçoivent régulièrement des injections de toxine botulinique pour paralyser les muscles de leurs jambes et prévenir les crampes. À l’origine, l’effet durait 8 à 9 mois. Aujourd’hui, il s’estompe déjà après 4 à 5 mois. Mais pour des usages cosmétiques, les doses sont beaucoup plus faibles. L’organisme ne développe généralement donc pas d’habituation. »

« À condition de ne pas en abuser », ajoute la Dre Baharlou. « Sinon, il est en effet possible de provoquer la formation d’anticorps. C’est pourquoi nous recommandons de laisser au moins quatre mois entre les injections. »

Y a-t-il un risque qu’il migre ailleurs dans le corps?

Dr Vermeylen : « La toxine botulinique se dissout. Elle devient l’un des déchets du corps, comme ceux que nous produisons chaque jour. Cela ne présente absolument aucun danger. On peut comparer cela à l’insuline. C’est également une substance étrangère au corps que l’on injecte en continu. Certes, il se peut que certaines personnes réagissent à certains conservateurs présents. Mais cela reste négligeable. »

Les muscles ne deviennent-ils pas « paresseux », à force?

Dr Vermeylen : « Si l’on injecte trop fréquemment de la toxine botulinique pendant des années, les muscles deviennent beaucoup plus fins. Un muscle plus fin laisse la structure osseuse beaucoup plus visible. Pensez à une vieille dame dans une maison de retraite. On voit ses orbites, son crâne, et pour quelqu’un de 90 ans, c’est normal. Mais en cas d’utilisation intensive, on risque un vieillissement prématuré déjà vers 45 ou 50 ans. »

« L’idée est de toujours laisser vos muscles récupérer, pour que la toxine botulinique puisse agir. Oui, vos rides réapparaîtront temporairement. Mais laissez passer un mois avant la dose suivante. Ainsi, les muscles auront retrouvé un peu de force. Comparez cela à quelqu’un qui a été un mois en soins intensifs. Il ne peut pas marcher immédiatement. Il n’est plus assez fort, il doit renforcer ses muscles. Si vous ne faites pas cela et que vous injectez trop fréquemment, vos muscles sont continuellement paralysés. Et les muscles que l’on n’utilise pas fondent. »

« C’est pourquoi je trouve important de répéter : n’en abusez pas », avertit Dr Vermeylen. « Des muscles qui ont fondu ne peuvent pas être corrigés avec nos connaissances médicales actuelles. Peut-être que ce sera possible à l’avenir. Mais je tremble déjà à l’idée de voir comment certaines jeunes personnes pourraient apparaître dans vingt ans. »

Pourquoi voit-on tant de visages tirés?

Quand on parle de toxine botulinique, on ne peut pas ignorer la connotation que le mot a désormais acquise. Tout le monde peut se représenter une célébrité au visage un peu trop « plastique ». « C’est aussi la faute des médias », répond la Dre Baharlou. « On aime montrer les exemples négatifs parce que ça attire l’attention et génère des clics. Mais la toxine botulinique est utilisée quotidiennement dans le monde entier. On n’entend tout simplement pas assez parler des millions de cas où tout se passe bien. Il faut sortir de ce stigma. Et partager aussi les bonnes expériences. »

« Comparez cela à l’effet du runner’s high », ajoute le Dr Vermeylen. « L’attention que les personnes reçoivent après une injection libère de la sérotonine. Ce qui procure une sensation de bonheur. Et cette attention peut devenir addictive. Regardez les Rolling Stones : cela fait vingt ans qu’ils annoncent leur dernière tournée. Ils ne peuvent pas s’en passer. De bons médecins sauront alors poser des limites. Mais le problème, c’est que là où il y a de l’argent à se faire, il y aura toujours beaucoup de produits et de gens douteux. Ce qui finit souvent par donner des résultats catastrophiques. »

Comment obtenir le résultat le plus naturel possible?

Dr Baharlou : « Une seule et même procédure pour tout le monde, ça n’existe pas. Cette idée est un peu à la mode en ce moment, c’est dans l’air du temps. On veut du rapide, direct, immédiat. Comme Uber Eats. Mais ici, ce n’est pas un restaurant. Il n’y a pas de menu et vous ne pouvez pas commander n’importe quoi. La toxine botulinique doit être à la carte. Un bon médecin ou dermatologue examine chaque cas individuellement. Nous analysons votre visage, observons vos muscles et la position de vos sourcils, et prenons en compte vos souhaits. C’est ainsi que nous personnalisons le traitement. »

La dermatologue pousse un soupir à l’évocation du mot « naturel ». « Les patients sont effrayés par ces cas extrêmes et nous disent : ‘Je veux un résultat naturel, je veux que personne ne voie rien.’ Je ne peux pas le prendre au pied de la lettre. S’il n’y a rien de visible, c’est que je n’ai rien fait. C’est comme aller chez le coiffeur. Il faut que ce soit visible, mais simplement pas de manière négative. Si vous voulez avoir l’air moins fatigué, moins sévère ou plus jeune, cela doit se voir un minimum, non ? Sinon, autant injecter de l’eau. »

La toxine botulique peut-elle empêcher de (trop) transpirer?

Dr Baharlou : « Pour ce type de problème, il est toujours important de commencer par un diagnostic auprès d’un dermatologue ou d’un endocrinologue. Il faut en identifier la cause. Le patient a-t-il une prédisposition à une transpiration généralisée sur tout le corps ? Dans ce cas, il peut y avoir un problème hormonal. La toxine botulinique n’est pas la solution et il faut explorer d’autres traitements. Si la transpiration est localisée, par exemple aux mains, aux aisselles ou aux pieds, alors cela peut être une option. »

« En principe, il faut toujours commencer par chercher à améliorer la situation. Par exemple avec des déodorants adaptés, car la toxine botulinique n’est ni remboursée ni indolore sur ces zones. Il faut répéter le traitement deux fois par an, et cela coûte environ 400 euros par séance. Donc oui, cela peut aider en cas de transpiration localisée. Mais nous commençons toujours par un diagnostic et tentons d’abord d’obtenir une amélioration par d’autres méthodes. »

Quid des migraines?

Dr Baharlou : « Pour cela, il vaut mieux consulter un neurologue. Nous sommes des médecins de première ligne, responsables de la santé de nos patients. Si un patient me dit : ‘J’ai des migraines, injectez-moi du Botox’, je réponds : ‘Non, vous devez d’abord consulter un neurologue.’ Il en va de même pour quelqu’un souffrant de douleurs à la mâchoire. Je l’oriente vers un orthodontiste. Une personne souffrant de douleurs chroniques doit toujours voir le spécialiste concerné en premier. Il est important d’écarter d’abord les autres causes. Ensuite, seulement, nous pouvons envisager des traitements. »

Dr Vermeylen acquiesce : « Il m’arrive parfois de constater une réduction des migraines dans ma pratique. Par hasard, comme effet secondaire d’un traitement cosmétique du front. Mais en cas de migraine sévère, les points d’injection sont différents. Par exemple à l’arrière de la tête, où la dimension esthétique n’a pas d’importance. À cet endroit, il n’est pas gênant que le muscle perde un peu de force. On peut donc y injecter plus fréquemment. Mais ce n’est pas mon domaine. Cela relève de la neurologie. »

À quelle fréquence est-il recommandé d’enchaîner les injections?

Dr Baharlou : « Il est important d’être transparent et d’établir un programme adapté à chaque patient. Tout est très individuel. En principe, il ne faut pas bloquer continuellement les muscles. Deux fois par an suffit amplement, éventuellement trois pour des occasions particulières. »

Et le Dr Vermeylen confirme : « Personnellement, je n’injecte jamais plus de trois fois par an. Jamais. »

Que se passe-t-il quand on arrête?

Dr Baharlou : « Rien, vous arrêtez simplement ! » (rires) « Vos rides ne sont de toute façon jamais complètement bloquées. Seules des phases intermédiaires sont activées. Ce n’est donc pas comme si vous vieillissiez plus vite d’un coup. Vous avez simplement ralenti le vieillissement de votre peau ou la formation de rides. Si vous avez utilisé de la toxine botulinique pendant dix ans, vous avez freiné le vieillissement de votre peau de dix ans. Vos muscles n’ont pas été sollicités pendant un moment. Mais dès que vous arrêtez la toxine botulinique, ils se réactivent et les rides continuent à se former. L’effet de la toxine botulinique est totalement réversible, elle n’a aucun impact durable. Vous pouvez toujours arrêter. Si vous l’essayez une fois et que cela ne vous plaît pas, vous aurez juste perdu un peu d’argent. »

Qu’est-ce que le « baby Botox »?

Dr Baharlou : « Pour le baby Botox, nous utilisons une demi-dose. Que nous injectons à des points stratégiques du visage, afin de limiter au maximum l’inhibition musculaire. Comme la dose est plus faible, les patients ont souvent l’impression que c’est plus naturel et moins cher. C’est vrai en soi, mais c’est simplement parce qu’il y a moins d’unités… Ce qui fait que l’effet dure aussi moins longtemps. Les patients qui choisissent le baby Botox doivent donc souvent revenir plus rapidement. Et sur un an, cela revient finalement au même prix qu’avec des doses complètes. De plus, en cas d’injections trop fréquentes, le risque de provoquer des anticorps est toujours plus élevé. »

Comment s’assurer d’être entre de bonnes mains?

Dr Vermeylen : « En Belgique, trois groupes de médecins sont autorisés à injecter de la toxine botulinique. Les chirurgiens plasticiens et les dermatologues, qui possèdent un numéro INAMI reconnu. Les médecins esthétiques, en revanche, ne sont pas officiellement reconnus. Et il existe beaucoup de dénominations douteuses. Ce qui compte là, c’est le bouche-à-oreille. »

« Il faut aussi faire attention au lieu », avertit Dr Vermeylen. « Par exemple, ne participez jamais à une “botox party”. Celles-ci sont interdites par la loi belge. Les actes médicaux doivent être réalisés uniquement dans un cabinet médical. Souvent, ces événements s’accompagnent d’un verre de cava ou de champagne. C’est totalement interdit. L’alcool fluidifie le sang et augmente le risque d’effets secondaires comme les bleus ou les asymétries. »

La qualité avant tout

Le Dr Baharlou souligne également l’importance de la relation médecin-patient. « Il faut trouver un médecin qui partage votre vision esthétique. Cela permet d’être correctement informé. Au CHU Bruxelles, par exemple, nous réalisons d’abord une consultation esthétique. Je prends le temps d’expliquer tout et d’écouter les attentes du patient. Une première consultation est importante pour se faire une idée de la manière de travailler de votre médecin et de sa fiabilité. »

« Le problème avec les spécialistes, c’est que les délais d’attente sont souvent longs », reconnaît la dermatologue. « Cela pousse certains à aller chez le médecin le plus rapidement disponible. Méfiez-vous. Réfléchissez à l’accessibilité et au prix d’une clinique. Si vous pouvez choisir dans un “menu bon marché”… ça ne me paraît pas fiable. »

Et le Dr Vermeylen de conclure : « Privilégiez la qualité à la quantité, plutôt que de vous retrouver dans un environnement douteux. Comme pour un vêtement : il vaut mieux acheter un beau vêtement qui dure qu’en acheter cinq qui s’usent tout de suite. C’est un peu la même chose pour tout. Y compris pour la toxine botulinique. »

Mais au fond, la toxine botulique, kézako?

La toxine botulinique est un poison produit par la bactérie Clostridium botulinum. De nos jours, le Clostridium botulinum est quasiment absent grâce à un bon contrôle de la sécurité alimentaire. Mais autrefois, quiconque entrait en contact avec cette bactérie tombait malade du botulisme. cette maladie paralysante et potentiellement mortelle a fait de nombreuses victimes aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Après une épidémie de botulisme à Elzele, en Belgique — causée par du jambon fumé — la bactérie a été découverte en 1895 par Emile Pierre van Ermengem, professeur à l’Université de Gand.

Et comment passe-t-on du jambon aux rides?

« La toxine botulinique était à l’origine utilisée pour de nombreux autres usages », raconte le Dr Vermeylen. « Son application esthétique a été découverte par hasard lors d’une étude ophtalmologique dans les années 1970. À l’époque, on injectait de la toxine botulinique dans les petits muscles autour de l’œil pour traiter le strabisme (un désordre musculaire, NDLR). On a remarqué que les patients ne pouvaient plus bouger leur front du côté traité », explique le chirurgien plasticien. « En 2002, la toxine botulinique a été officiellement approuvée à des fins esthétiques par la Food and Drug Administration américaine. »

Article : Lara Laporte

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