Les mots sont des artificiers, capables à eux seuls de faire jaillir des images, à la manière de ces odeurs qui vous surprennent au détour d'une rue et vous kidnappent vers des souvenirs oubliés. A propos de Gabrielle, nouvelle fragrance de la maison Chanel, on a parlé de " fleur rêvée, enrobée de baumes, de vibration solaire, d'onctuosité et de bois lacté ". Un vocable qui emprunte au registre de nos cinq sens, loin de l'empilement artificiel d'une liste de matières premières aux noms souvent abstraits. Comme si pour s'adresser à l'odorat, il fallait convoquer par la pensée d'autres sensations. Pourtant, lorsqu'il a créé ce jus déjà mythique, Olivier Polge a cherché à se prémunir autant que possible des influences extérieures qui nourrissent au quotidien son imaginaire. " On prend très vite conscience de la fragilité de l'odorat, ce sens que l'on maîtrise naturellement le moins, face aux quatre autres et à l'intellect aussi ", confie-t-il.
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