La meilleure résolution à prendre cette année ? Bouger plus. Ainsi que le démontre le nouveau livre De Beweegreden, au cours des cent dernières années, nous nous sommes mis à rester assis de plus en plus à cause de toutes sortes d’innovations technologiques. Et ça nous rend malades. Mais dès qu’on se remet en mouvement, les conséquences sont impressionnantes.
Allons droit au cœur du livre : depuis cent ans, nous participons tous à une expérience dangereuse. À cause de nombreuses inventions technologiques, de la voiture aux robots qui tondent notre pelouse, nous avons adopté un mode de vie sédentaire. Et cela nous rend malades. En effet, 99 % de notre ADN correspond encore à celui du chasseur-cueilleur. Et cela requiert un corps qui bouge suffisamment.
La bonne nouvelle : toute personne qui se rend compte qu’elle ne bouge pas assez peut encore corriger cela à tout âge. Avec un effet clairement perceptible après seulement quelques semaines.
C’est le point de départ de De Beweegreden, le livre d’Eline Lievens, professeure de physiologie de l’exercice, et de son collègue Wim Derave, professeur de physiologie (tous deux à l’UGent). Grâce à sa victoire à la Vlaamse PhD Cup, un concours destiné aux doctorants, Lievens a appris à expliquer ses recherches de manière claire à un large public. « Beaucoup de scientifiques se complaisent dans un langage compliqué », rit-elle. « Avec mon collègue Wim, nous voulions justement expliquer l’importance du mouvement de la manière la plus simple possible. »
La diffusion large de ces connaissances est urgente dans notre pays. Le mois dernier, l’OCDE a publié le rapport Health at a Glance. Ce fut douloureux pour la Belgique.
Eline Lievens : « Il y avait en effet beaucoup de chiffres inquiétants. Nous investissons à peine 1,8 % du budget de la santé dans la prévention afin d’éviter que les gens ne tombent malades. C’est l’un des pourcentages les plus bas parmi les trente-huit pays étudiés. En Angleterre, par exemple, c’est trois fois plus. En Belgique, nous développons en moyenne notre première maladie chronique — souvent évitable — à quarante-cinq ans. Il y a une génération, c’était encore à cinquante-cinq ans. Entre-temps, nous avalons des pilules en masse. Pour le diabète, la dépression, le sommeil, le poids… »
Nous savons tous que le sport est bon pour la santé. Comment se fait-il que nous en fassions trop peu ?
Lievens : « L’une des raisons, selon moi, est que les personnes qui vivent aujourd’hui ne savent plus que notre physiologie est toujours la même que celle de nos ancêtres chasseurs. Tout comme certains requins meurent s’ils cessent de nager, l’être humain doit bouger pour rester en bonne santé. Notre corps est programmé ainsi.
Mais les emplois de bureau et les applications qui livrent notre nourriture à domicile sont devenus notre nouvelle norme.
On peut penser que notre corps peut s’y adapter, mais cela demande des millions d’années. Autrement dit, la réduction de l’activité physique nous a pris de court. Ces dernières décennies, heureusement, de nombreuses études ont porté sur la force du mouvement pour une vie saine. Aujourd’hui, la quantité de raisons de bouger davantage est écrasante. Il faut à nouveau en convaincre les gens. »
Mieux que les médicaments
Votre livre vante tant ce que bouger plus fait pour le cœur, les muscles et les vaisseaux sanguins que, à dix heures du soir, j’ai dû arrêter de lire et aller faire une promenade.
Lievens : « C’est aussi ce que nous ont dit nos premiers lecteurs. C’est pourquoi nous avons entre-temps réalisé un livre audio à écouter pendant la marche. De telles réactions font plaisir à entendre, mais il reste absurde que ces connaissances soient si peu connues.
À l’échelle mondiale, un tiers des adultes ne respecte pas la recommandation de l’OMS de 2h30 d’activité physique par semaine.
Pour motiver, voici quelques chiffres : une activité physique suffisante — la marche soutenue compte aussi — réduit le risque de mortalité de 40%, ajoute quatre années d’espérance de vie, diminue par trois à quatre le risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire, et réduit considérablement le risque de démence ainsi que celui des trois cancers les plus fréquents. »
Le livre est structuré en chapitres consacrés notamment au diabète, à la dépression et au cancer. Vous démontrez, à l’aide d’études impressionnantes, que l’activité physique a souvent le même effet sur ces maladies que les médicaments. Comment ?
Lievens : « Quand on bouge, on utilise ses muscles. Et des muscles actifs produisent des substances qui déclenchent des effets dans de nombreux organes en même temps, de notre cœur jusqu’à notre cerveau. Prenons le diabète. Nous avons tous du sucre dans le sang, et c’est nécessaire pour le cerveau. Mais un excès de sucre entraîne une “glycation” des organes et le diabète de type 2, dont souffre aujourd’hui un Belge sur dix. Les recherches montrent qu’une activité physique d’intensité modérée retire littéralement ce sucre du sang.
Pour le prédiabète, cela fonctionne donc aussi bien qu’un traitement médicamenteux. La pression des entreprises pharmaceutiques pour tout transformer en pilules est énorme. Mais pour toute personne qui n’est pas alitée, notre conseil est clair : bougez. Le cerveau en profite lui aussi : meilleure irrigation cérébrale, hippocampe plus volumineux, meilleure mémoire et apparition plus tardive du risque de démence. »
Après le troisième chapitre, j’ai de nouveau dû arrêter ma lecture, car vous conseillez de vérifier ses valeurs sanguines sur la plateforme Cozo.
Lievens : « On peut parfaitement ne ressentir aucun symptôme et pourtant avoir un sang “malsain”, que l’on peut améliorer par l’activité physique. En cas de cholestérol trop élevé, on nous prescrit par exemple des statines sous forme de comprimés, mais les gens ignorent que le mouvement agit lui aussi comme une sorte de statine.
En bougeant, les muscles produisent en effet des enzymes qui empêchent l’accumulation des graisses dans le sang.
Autrement dit, on peut littéralement faire baisser de mauvais taux de cholestérol en marchant, en laissant ces enzymes faire leur travail. Le même effet vaut pour une tension artérielle trop élevée, qui peut elle aussi diminuer grâce à davantage d’activité physique. »
Un impact sur le cancer
Votre étude montre que nous pouvons même rajeunir notre âge biologique.
Lievens : « Exact. Notre âge chronologique est fixé. Mais notre âge biologique — autrement dit l’âge de nos cellules sanguines — peut être “remonté dans le temps”. Nous avons demandé à un groupe de participants sédentaires de faire du vélo pendant six mois. Avant cela, nous avons mesuré leur horloge épigénétique, une méthode qui permet d’évaluer, via le sang, l’âge biologique de l’ADN. Après six mois, ils étaient biologiquement deux mois plus jeunes qu’au départ. Autrement dit, bien qu’ils aient pris six mois sur le calendrier, leur âge biologique avait reculé de huit mois. Leurs vaisseaux sanguins étaient en outre 3,5 ans plus jeunes. »
Trouvez-vous frustrant que ces connaissances scientifiques ne soient pas plus largement diffusées ?
Lievens : « Cela me motive. Ces dernières décennies, de magnifiques études ont été publiées sur l’effet de l’activité physique sur la santé, mais il est vrai qu’elles restent souvent confidentielles.
Même les étudiants en médecine n’apprennent pas ces notions dans leur cursus.
Heureusement, ce n’est pas le cas partout. En Australie, les enfants apprennent déjà à l’école primaire les bases du renforcement musculaire avec un manche à balai. Autre source d’inspiration ? Dans le Japon ancestral, les médecins étaient rémunérés pour maintenir leurs patients en bonne santé de manière préventive. »
Les effets de l’activité physique sur le cancer sont eux aussi frappants : être actif réduit le risque de treize cancers. Comment cela s’explique-t-il ?
Lievens : « Pour chaque type de cancer, des mécanismes différents entrent en jeu. Une activité physique suffisante assure par exemple un transit intestinal plus rapide, ce qui fait que les substances cancérigènes que nous ingérons par l’alimentation restent moins longtemps dans l’intestin et réduit le risque de cancer colorectal. Le cancer du sein, quant à lui, est hormono-dépendant. Les femmes qui bougent beaucoup voient leur taux d’œstrogènes légèrement diminuer, ce qui réduit la quantité d’hormones présentes.
De manière générale, une activité suffisante réduit de 10 à 40 % le risque de cancers de l’estomac, de l’œsophage, du sein, de l’utérus, du côlon et du rein.
Des études sur les souris montrent déjà qu’une activité physique suffisante ralentit la croissance tumorale. De plus, lors de l’effort, les muscles libèrent des myokines, des substances capables notamment de reconnaître et de “marquer” les cellules cancéreuses. Cela permet à nos cellules tueuses naturelles (natural killer cells) de mieux repérer et détruire les cellules malignes. »
Le livre ne risque-t-il pas de culpabiliser les gens ? Après tout, le cancer touche une personne sur trois.
Lievens : « Il n’est absolument pas conçu comme un discours culpabilisant. La génétique et la malchance jouent aussi un rôle. Mais l’activité physique est également cruciale pendant un traitement : elle augmente les chances de guérison et réduit la fatigue, l’effet secondaire le plus fréquent. Même si vous ne pouvez faire qu’un simple tour du quartier, continuez à bouger. »
Vous conseillez même de renforcer un peu sa condition physique avant de commencer un traitement contre le cancer.
Lievens : « Si c’est possible, absolument. Le principe est : mieux on y entre, mieux on en sort. Ceux qui commencent avec une bonne condition s’en sortent mieux.
Les tumeurs “dévorent” les muscles. Un petit coup de pouce en force ou en endurance avant le traitement aide.
Autrefois, les médecins pensaient que se reposer suffisamment était plus sûr quand on est malade. Ce n’est pas toujours vrai. »
Plus de sport moins de stress
Est-ce que ce que nous faisons comme activité fait une différence ?
Lievens : « Chaque pas supplémentaire fait déjà la différence. Monter les escaliers, courir un petit sprint pour attraper le bus, garer sa voiture un peu plus loin.
Mais l’idéal est une combinaison d’exercices de renforcement musculaire et d’endurance.
Faites quelque chose qui vous fasse légèrement transpirer, qui vous mette à bout de souffle — cela varie d’une personne à l’autre. Et surtout, faites quelque chose qui vous procure du plaisir. »
L’activité physique réduit aussi notre stress. Comment ?
Lievens : « D’un point de vue évolutif, notre corps a appris à être économe en énergie. Ceux qui bougent beaucoup utilisent déjà une grande partie de cette énergie, ce qui en laisse moins pour stresser à propos de cette réunion importante ou ruminer cette conversation difficile. Il existe un lien fort entre un mode de vie actif et un niveau de stress plus faible. »
Le gouvernement belge a augmenté la TVA sur les abonnements de fitness et de sport afin de combler le déficit budgétaire. Qu’en dites-vous ?
Lievens : « C’est incompréhensible.
Rendre le sport plus cher signifie simplement que davantage de personnes tomberont malades et que les coûts de la santé exploseront plus tard.
Notre priorité est complètement faussée : nous consacrons 98 % du budget des soins aux personnes malades et moins de 2% à la prévention, alors que plus de la moitié des Belges prennent quotidiennement des médicaments souvent évitables. Les pouvoirs publics doivent de toute urgence miser sur la santé par le mouvement, et non sur encore plus de pilules ou sur des mesures qui rendent la pratique sportive plus difficile. »
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