Se faire détatouer, c'est tendance, et sans douleur, c'est désormais possible

15/02/19 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Source: Afp

Un tatouage mal vieilli ou passé de mode, une allergie, un prénom plus du tout chéri et voilà l'heure arrivée du détatouage : l'opération, traditionnellement douloureuse, peut désormais être effectuée sans mal grâce à une technologie nouvelle, mise au point dans le sud-ouest de la France.

Se faire détatouer, c'est tendance, et sans douleur, c'est désormais possible

. © iStock

"On sent juste un petit picotement", assure à l'AFP Julie Cabiro, une jeune Bordelaise qui ne supporte plus les motifs tribaux réalisés sur tout son flanc, sur un coup de tête il y a neuf ans.

La jeune femme a été volontaire pour tester la machine laser de la société Irisiôme, une jeune pousse basée à Dax (Landes) et Talence (Gironde). "Ca fait quatre ou cinq ans que je pensais enlever ces motifs mais une amie avait eu à l'époque super mal en se faisant détatouer un petit huit sur le poignet". "Là, j'ai eu des petites cloques qui ont disparu en quelques jours la première fois, et sur les autres séances, rien du tout", ajoute la Bordelaise qui tient néanmoins à garder sa flèche sur le bras et ses chiffres romains tatoués à l'intérieur du doigt.

Car normalement, le détatouage fait mal.

"Aujourd'hui, les techniques sont douloureuses car le laser déclenché à nanosecondes vient détruire les particules du pigment en le faisant exploser par effet photoacoustique", explique Cyril Maire, dermatologue à Arras, en contact avec la start-up sans pour autant encore utiliser cette nouvelle technologie.

A Irisiôme, "on amène l'énergie différemment grâce à des impulsions ultracourtes d'une dizaine de picosecondes. On ne détruit pas la peau. On attaque uniquement le pigment et les environs pour un traitement efficace, sans douleur", explique Romain Royon, son jeune PDG.

"L'intérêt est aussi de pouvoir rapprocher les séances : au bout de trois semaines, on peut retraiter la zone quand les autres techniques nécessitent jusqu'à deux mois d'attente afin que la peau ait cicatrisée", fait valoir l'ex-chercheur du Celia (Centre Lasers Intenses et Applications), un laboratoire partenaire du CNRS, du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) et de l'Université de Bordeaux.

Une demande en hausse

La machine, soumise à des tests cliniques au CHU de Nice, est commercialisée depuis l'été dernier, et trois dermatologues l'utilisent actuellement. Coût de la séance : 100 à 500 euros en fonction de la taille. Le nombre des sessions varie selon les encres et le type de tatouage.

Irisiôme a remporté dès sa création en 2015, le concours d'innovation i-Lab du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et travaille depuis avec les équipes du laboratoire de recherches en dermatologie d'AquiDerm et du CHU de Bordeaux.

Aujourd'hui, pour se développer, la jeune pousse a bouclé, fin 2018, une levée de fonds d'1,8 million d'euros. Objectif : déployer cette année une vingtaine de machines vendue au-delà des 100.000 euros pièce.

Côté chiffre d'affaires, la start-up aux 12 salariés, active dans des salons professionnels en Europe, vise entre un et deux millions d'euros en 2019, puis une croissance de 50% par an. Elle a aussi prévu d'entrer sur le marché de l'effacement des tâches de vieillesse ou de l'épilation définitive avec son laser nouvelle génération.

Alors que le Mondial du Tatouage, dont la 9e édition se tient à Paris de vendredi à dimanche, draîne chaque année entre 30 et 35.000 personnes, la demande de détatouage "augmente sensiblement en même temps qu'augmente le nombre de gens tatoués", assure le dermatologue Cyril Maire.

Car le marché du tatouage a explosé ces dernières années. Selon une étude de l'Ifop pour La Croix, 18% des Français (et 29% des moins de 35 ans) étaient tatoués en 2018, contre 10% en 2010. Outre-Atlantique, un tiers des Américains le sont, et même 52% des 25-34 ans dont 5% se sont déjà faits retirer un marquage.

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